‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 13 sur 236 · TYPOGRAPHE · texte numérisé non relu

TYPOGRAPHE

CITOYENS ÉLECTEURS

Voici ce qui vient de m'être dit : «Comment! tel et tel se présente, et vous ne vous présenteriez pas? » Il ne fallait pas moins que cette Lien veillante excitation pour triompher de ma timidité, pour m'inculquer un peu de confiance. Je me suis rappelé ce que j'avais lu, que pour avoir droit de prétendre à l'incomparable honneur de représenter la France à la face du monde, la condition première n'était pas le talent, mais un grand zèle au service d'une probité sévère et d'un patriotisme éprouvé. J'ai fini par me dire que ma candidature aurait peut-être cela de bon, qu'elle empêcherait de moins dignes encore de s'asseoir à une place éminente.

Ouvrier et lettré, lour-à-tour compositeur et correcteur, c'est aux plus lettré» des ouvriers que je demande leurs sufirages ; à vous, Typographes de Paris et de la Banlieue, qui avez bien voulu me confier votre drapeau, lorsque nous allâmes porter au Gouvernement provisoire notre adhésion, nos vœux, nos espérances.

Ceux d'entre vous dont je ne suis pas connu personnellement, me permettront d'arrêter leur attention sur deux faits seulement, petits, mais significatifs.

Le 9 octobre 1840, au moment de saluer d'un dernier adieu la tombe de notie camarade P.-L. JAMAIS, je m'exprimai ainsi : I.

c... Dans notre siècle d'égalité naissante, messieurs et affectionnés confrères, les oraisons funèbres sont chose rare, très-rare : ce luxe menteur a fait place à un court éloge prononcé sur la fosse du défunt; hommage consacré à la mémoire d'hommes plus ou moins dignes, que le plus souvent la fortune, rarement leur mérite, a placés plus ou moins haut sur notre branlante échelle sociale. Ce moderne usage, plus modeste et plus fréquent, n'est point encore descendu jusqu'à nos humbles rangs, parce que nous autre?, producteurs d'utiles ouvrages, nous nous entendons peu la plupart à faire de belles

phrases ; parce que ceux qu'il faut bien appeler nos maîires, car ils s'offenseraient de la qualiUcation dexpbitetuSy ne savent point communément honorer de leur présence nos ob?cuies funérailli s, tandis qu'ils comptent sur le futur honneur dèire escortes par nous jusqu'au dernier gîte; et parceque, d'ailleurs, bon nombre d'entre eux, tiès peu lettrés aussi, se trouveraient fort embarrassés pour raconter en termes convenables une noble vie douvriL-r.

•le no devais, je ne pouvais faire ni un panégyrique ni nn éloge, pas même essayer une très courte biographie : mais j'ai cru

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devoir aux sentiments de cetlit i]m m'étoir- \ trois autres toôti, dont vous n abuserez pas, tent j'ai promis à ma reconnaîs-ance per- messieurs.;., trois grands mots, qui commensonnclle de dôp6ser trois mots d'.-slime et cent, Dieu merci, à se relever du discrédit d;mntié sur le cercueil de Pierre-L(Mii6,|d- .dans lequel ils n'étaient tombés que f)aice ^^j^jj, , ^.. ■. . - qy'Qp ne les avait pas encore assez longue-

Telle fut naturellement ma première pen- ment étudiés, pas assez bien compris : sé<'- JM me suis dit ensuite' qtîe fe T-rais bien LtBBRTÉ, égalité ,

de conclure et te cordiale a'iocution par FRATERNITE surtout et avant tout.

Le dimanche 6 février dernier, veille de mon départ de Corbeil, j'étais admis à chanter en public une Marseillaise typographique âe ma composition, dont le sujet avait élé fourni par l'imprimear du Heu, dénoncé par moi, le samedi, au procureur du roi. Avant de faire entendre mes vers aux nombreux habitués de la Coguclte de Corbeil, je leur lus cette prose :

tt iMe.-si.riJis, avant de inonti-r ^ 1 aute c'est à dire avant d'aller implorer solennel lenitMit le Père célesifv W^ p^rt? è lou&v It . pùift tMut-pui>saril, oh X^iv^'yr de t^fi^ pauvre

es iina espèce de bnîto de Pandore, laissant échaf)pfîr les biens matf^riel^ dont notre folie Ç^iit si souvent des irtaiix : tu donnes tout, t(i lâches tout, même l'espérance, si louie-^

léaiurc. )e fwèiFe» «iiuvi I«j cyiriulèœçsttojj. ^,fois lu, l'as jamais hébergée dans tes plis, jours infinimt'nt respeGUiUJe, sinou sa pçij- , soiiDO, le piène.jnet pardi^^^sus sil t'bûbiné" spsiiuLils pon^ilicau^. sj^cer dotaux, ses liabits piopreicientdils (te pi'êlrë, dé p/)rtlift% d'dboid une îobe de fin blanc tt' fin, r|«'on a(>pel!e wuGlxuy^ çrtstiîfe tin^'ctffrft*»^, tirtè élole, et fina'ement un \êtompnl quelquf^fois riclif» et tnagndlqiw!, 'émaillôdes plus vives coiilt-Hi«, lotji nlriljsanurorétd'ftrgent, étincelrmt de pinrreriis, une c/irMwt/e oi^U»)] » — El moi auhM j'ai uue espèce de *nc*s(; à di^'u ; j»' Vriis, avec voire agrément, revêtir une is|iëco iWcoJ»luu»e syccfl"d<ila I. <..«•.. . É<i,ii, -»

Ki, atix yt'ojt d'yiie cgniaiue «î auditeurs t Iwliis. j'<)l ti;ç d^ Jes6ou8 UiOii paletQl él endôflsé ma btousc» noire, puînée/ 1*(^ i^itf'^'ritiir«, lo)îgu(; iif trois mctteM un nîèlre ifl?»<,'' un iiicnh- blanc, un inëue rouge^ et j'ai couliniié : ■..■:•':

« l:f(.t)sp! tio!)îe iîhasuble d« l'ouvrier, co prôfn» Infyli^ôhlc (te I mdusti i^, c\^t d« tes pau\rps pifs que sV(?)ulc, à (lots imh iut»Mi()in|iiis, tO'it ce hl\c, si prodi^ieusemcni varié, oi se cuuip'Jiti \ \ d('da'gfieu"-e oi;'i\oté des hciirtJX «lu siùile. Bitinsv ! f»l«MiM««! tu

-cëtiQ douce amie, supiême consolation du tVialti^ureux. ' ^ ...

Mais qui noufe empêche, Ô bti'Wféhé I de Yà posséder, de la conquérfr, cette fafraîrhiéf»nti te espérance?,. Et non pas s< ulemeni Une Owibiè^, tjuirs Un corps, mais rot>jel mêmedef respérancp. mais la réalité du bonheur, maïs votre contingent (le bien-èue, votre modesie place au soleil? Navez-vous pus une lèle^ un cœur, des mains? . ,

.Vou.« (josséilez le verbe, la parole, mira--! culeux outil qui refoigea le monde, il y a dix-buit siècles, au feu rutilant de la céUi.sié ch.nilé : gardez-vousdele hisser se rouiller. I5sf2 feft làr^eiff^nt, éne^giquoment, et tjueN qtrefi^fs trièiîl^ bvfitaiemeui, : l'apô t^, desn.i- ♦ r<»n8 Vô4j^ y {rutoriî>e : /m.sIw vpfiOtiitkè, it»» porluiiè écMvait-il a un disciple, «liaigé de (;ontiitu('r la popwgimdeévMngélic^ue. Usezen sans relâche, hjus sa double forme de lun» gaiie et d'écriture. "! ^aon

Un dernier mot, ô ouvriers I Faites une' bonne fois l'invetUairo de vos faeult 'S, de vos tessourcos, et pluigness-vous si vous^ l'os-ez!.,.»

CîloVens fhcHUirs] je tte tCuX pas fatiglit^ votre attention par un plus long-

discours; soulcnu'ht trois mots cruore î ce sera, si vOiTs'voule/, trva profession' de foi.

Hi' lis loiis nos tJroils clans 6es doiiit hiols : Lli^EKTÊ, ÉGALITÉ; pour hioi le

Icoisiîuic, l'UATl'.ilMJÉ, esl Un iésuaié de fouS les Devoirs. lîtj^ar dessus totil

la COi\SCiivJ\CJii| divin instinct, dominant toutes Ips notions dr devoir et de droit.'

■.;■!' .... loin divoiié ùncUoycn, [. Nicolas ClUlER., '

Imp. (lEd. Bautriichc, rue de la Harpe, 'JO.

AUX ELECTEURS

CITOYENS

Une profession de foi politique n a de valeur morale qu'à la condition d'être tout à la fois le témoignag(i du passé , la manifestation du présent, et le lien d'avenir de l'homme qui aspire à lélecliop.

Le pn<<sé, le présent, tels sont les deux termes d'un raisonnement rigoureux dont Vavewr doit être la conséquence.

Je serais fier de vos suffrages si vous m'en jugiez digne; jepp les solliciterai point.

Pendant dix années j'ai appartenu à la classe ouvrière; j'ai vécu de sa vie; participé de toutes ses émotions. Compagnon , j'ai parcouru les grands centres de population ouvrière; là, j'ai connu, j'ai ressenti ses besoins. — L'élévation de ses sentiments , la noblesse de son caractère , la justesse de son sens , et par-dessus tout son admirable résignation, m'ont étroitement uni à elle, et je me suis voué théoriquement et pratiquement à l'amélioration incessante de sa position morale et matérielle, devant aboutir à l'organisalion^définilive du travail.

La Révolution de Juillet me trouva à Nantes le fusil à la main. Deux ans après, indigné des persécutions qu'eut à subir la société des Amis dn peuple, j'entrai dans les écoles de droit pour obtenir un titre officiel qui me permît d'être le défenseur des opprimés politiques Je devins avocat. Si je n'eus pas l'occasion de porter la parole dans aucun procès politique, je ne suis pas pour cela resté silencic ux. Inspiré par les sentiments du plus pur républicanisme , j'ai pendant quinze ans exercé une active et complexe propagande par la plume et par la parole. Mis à l'index par les hommes du passé à cause de l'énergie de mes convictions, je fus frappé d'ostracisme au barreau.

Je me reléguai dans l'industrie : le hasard me porta dans une des contrées où la misère exerce par l'insuffisance du salaire ces ravages les plus extrêmes sur les travailleurs. Je n'ai point suivi ces errements du pays. Quand sonna l'heure de notre n génération sociale, je travaillais à créer dans la localité que j'habite une association dans le but d'améliorer matériellement et moralenrienl le sort des travailleurs. Mon programme avait pour résumé final : Enrichir l'ouvrier sans appauvrir le maîire.

Voiià ce que j'ai été, ce que je suis : maintenant concluez.

Je ne me dissimule pas combien est grande la tâche imposée aux futurs Représentants, et si j'aspire à votre mandat , ce n'est point pour parader dans une assemblée d'élite, c'est pour contribuer de tous les elforls de mon intelligence élucidée par la discussion , de toule la puissance de mes sentiments profondément démocratiques, à la formation d'une Constitution républicaine dans son unité, dans son indivisibilité, d'une Constitution qui soit le développement et la mise en pratique de ces dogmes saints : Libkrté, Egalité, Fratkrmtk.

Citoyens, j'ai toujours pensé que la vie privée devait être comme la pierre de touche , la garantie de l'homme politique. J'ollre à votre examen la mienne tout entière.

Salut et fraternité. BLIN, de Quiinperlé.

Mars 1848.

Qu Qipei:é , imp, de GUFFAiNTI-BRETON.

MANIFESTE ELECTORAL

de M. Gabriel Salvador.

CITOYENS

Comme vous, je suis enfant de la Provence; c'est dans un des cantons du département des Bouches-du-Rhône que je suis né.

Mais j'ai besoin de vous faire connaître mes antécédents. Quelques mots suffiront.

Elève de l'Ecole Polytechnique en 1832, j'ai puisé dans ses traditions les principes de palriolisme, d'indépendance personnelle, d'ordre, de travail, les sympathies démocratiques qui dans tous les temps, sous tous les régimes, ont formé le patrimoine commun de tous les élèves.

Capitaine d'artillerie en 1842, attaché depuis à la Direction centrale des pou-

, qui' agi ^

j)n paraient les voies nouvelles où devait se développer le triomphe de la démocratie.

Ce passé est hicn simple, mais lilvrc de tout engagement politique; instruit aux enseignements de la chute de deux monarchies, il me permet de contribuer, de toutes mes forces et sans entraves, à l'édification de l'ordre nouveau que la République doit constituer.

La connaissance de mon caractère personnel pour quelques-uns de nos concitoyens, le désir pour un plus grand nombre de donner, en ces moments difficiles, un témoignage d'union, d'estime et de sympathie à l'armée en choisissant un homme dans ses modestes rangs, m'ont fait olfrir l'honneur d'une candidature à celte Assemblée nationale qui, fidèle expression de la démocratie, doit réunir dans un fraternel ensemble les représentants de tous les travailleurs de la société française.

Sans méconnaître les di/ficultés d'une pareille candidature, prélude seulement d une tache j)ius difficile encore, il était du devoir d'un homme de cœur de ne pas reculer.

foute idée de présomption ou d'ambition vulgaire s'<^fl*ace doant la haute respoiisnbilitè qu'impose une pareille résolution.

Voila, citoyens, les garanties que je i)uis présenter à votre confiance. Voici nus principes :

Cons.rralioii (N- la souveraineté du peuple par l'établissement d'une République ond.e sur des bases déniocratiques, et appuyée aussi sur le respect de la famille et de la propriété.

j>iherlé religieuse, civile, politique, dans sa plus large et plus loyale accc'ption. I.ducalion gratuite donnée par l'Etat à tous les cilovens et à tous les degrés,

mais avec une division intfliigento adaptée à la nature des esprits et aux besoins sociaux. Fondation d'écoles professionnelles.

Assiette de l'impôt mieux adoptée aux principes démocratiques et républicains.

Simplification de tous les rouages administratifs.

Ressources générales et ordres généraux centralisés par le pouvoir dirigeant, mais extension des libertés communales.

Position convenable et graduée suivant les services pour tous les fonctionnaires de la République.

Institution de crédit agricole et manufacturier pour associer dans leur liberté la propriété, le capital et les bras.

Amélioration du sort de tous les travailleurs, ouvriers des villes et des campagnes, de la marine et de l'armée, qui tous à des titres divers travaillent pour la grandeur et la prospérité de la patrie.

Pour parvenir de la manière la plus prompte et la plus sûre a la fois à ce noble résultat, afïcrmissement de l'ordre intérieur, développement de l'agriculture qui donnera les substances alimentaires à meilleur marché. Développement de notre commerce intérieur et maritime, qui ouvrira de nouveaux débouchés aux produits. Enfin, extension des crèches, des salies d'asile, des caisses de mutualité, de prévoyance et de retraite pour venir au secours de toutes les faiblesses, de toutes les infirmités.

Colonisation de l'Algérie, facilité donnée à tous les systèmes d'y faire des essais dont l'exjîérience fera apprécier la valeur.

Appui sympathique de la France assuré à tous les peuples qui marchent dans la voie de la liberté.

Enfin, consacrer le triomphe de la démocratie, mais le triomphe sans injustice et sans violence; répandre la richesse et non la détruire; élever le niveau social et non l'abaisser; en un mot, tendre à ce qu'il n'y ait plus ni pauvreté ni misère : voilà quel sera le but de tous mes efforts.

Citoyens, il m'a été donné de juger de trop près les graves diflicultés de la situation actuelle, pour n'être pas convaincu que la France aura de laborieuses épreuves à traverser; mais j'ai une foi profonde dans l'avenir de la patrie, et j'ai l'intime conviction que la République parviendra à consacrer par les faits la noble et sainte devise qu'elle a inscrite sur le fronton du nouvel ordre social ; Liberté, Egalité, Fraternité.

Je serais heureux et fier d'être envoyé par vous, par le département où je suis né, pour concourir à cette grande et difficile tâche, pour siéger à l'Assemblée nationale.

Soldat à la frontière ou citoyen à l'Assemblée, ce serait pour moi un devoir également sacré de résister à l'ennemi de la France ou à l'ennemi de la Liberté.

VIVE LA RÉPURLIQUE

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