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Paris, le 13 mars 1848.
Ce BULILETIN paraîtra tons les deux jours.
LIBERTÉ, ÉG'ALUÉ, FRATERNITÉ
La République ouvre an peuple une ère nouvelle. Jusqu'ici déshérité desdroits politiques, le peuple, le peufile des campagnes surtout, ne comptait pas dans la nation, ou ne comptait que jiar les impôts qui pesaient sur lui. Laborieux ariisau de la fortune publique, r;igriculleur ne coniniuniquaitavec le gouvernement que parl'intermédiaire du percepteur. C'était un perpétuel sacrifice sans aucune com[iensalion. Une fois que le peuple avait payé, le gouvernement ne lui parlait plus. Ni enseignements, ni conseils, ni sympathies, ni leçons n'arrivaient jusqu'à lui. La presse même, cette grandeconquèle de laciviii.-alion, était muette pour lui, et la [)aroie de la vérité ne retenti>s;)it pas à ses oreilles; car la vérité coûtait trop cher.
La première mission du gouvernement républicain, et c'est là ce qui rend sa tâche si dijjficiio, est de réparer de séculaires injustices. A ce peuple si longtemps oublié, il doit non-seu!enii;iit une aide matérielle, mais mieux encore un aliment s[)irituel.
Habitatits des campagnes, o.ivriers des cités industrielles, la vie politique qui commence pour vous a sa morale, ses lois, ses obligations. A qui appartient-il mieux de vous les faire connaître qu'à ceux que votre confiance a placés à votre tète? Chaque jour le gouvernement va se mettre eu communication d'recte avec vous.
Chaque jour sa parole, multipliée
dans vos hameaux, dans vos car* refours, ira vous porter des encouragements et des conseils. Vos rues seront autant de tribunes, el vos murs autant de voix. Le plus solide lien entre un gouvernement et le peuple, est un perpétuel échange d'idées et de sentiments. La royauté qui dédaignait lepeujile, n'avait pas besoin de lui parler; le gouvernement républicain, qui est une émanation du peuple, doit lui parler sans cesse pour l'éclairer; car l'éclairer c'est le rendre meilleur, el le rendre meilleur c'est le rendre plus heureux.
La chute si rapide de l'ex-roi Louis-Philippe, tombé en quelques heures de son trône, et chassé de France parle mépris public, est un grand enseignement.
11 y a peu de jours encore, il figurait parmi les monarques les jilus puissants de 1 EurO])e. Il en était le plus riche; il se plaisait à vanter la proleciion de la Provi-.
denco , qui l'avait préservé de nombreux dangers, qui l'entourait d'une f imiile florissante. Fier de son habileté, il s'appuyait d'une main sur une chambre docile, de l'autre sur une armée formidable. Il annonçait par la bouche de ses ministres qu'il ne céderait pas; et il semblait que Paris, regorgeant de troupes, entouré de forteresses, dût nécessairement plier devant lui.
Qu' est-il arrivé pourtant?
Quelques hommes de cœur ont fait appel au peuple. Le peuple est descendu dans la rue pour protester avec eux. L'ex-roi a donné l'ordre de le dissiper par la force. Aussitôt, el comme par enchantement, sur tous les points de la grande ville, la résistance la plus énergique a commencé. Les barricades se sont élevées.
Le sang a coulé. Mais le peuple ne craint pas la mort; il donne volontiers sa vie pour la liberté.
Bientôt les soldats se sont émus.
Eux aussi sont le peuple. Ils n'ont pas voulu égorger leurs frères. A part un petit nombre qu'on avait égaré, tous ont livré leurs armes et se sont jetés dans les bi'as de leurs concitoyens. Les coupables minisires qui avaient préparé l'anéantissi^ment de Paris se sont enfuis honteusement. Aucun n'a payé de sa personne; aucun n'a cherché à protéger son maître :
celui-ci est demeuré seul dans T^on palais abandonné. Le peuple approchant, il a fui à son tour, sans escorte, sans serviteur, sans ami. U a gagné en toute hâte le rivage de la mer, d'où il espérait se saflver en Angleterre. Pendant près d'une semaine Dieu a déchaîné une elfroyable tempête qui a empêché sa traversée. Il a erré de ferme en ferme, déguisé, recourant à mille ruses pour se cacher, jusqu'à ce que, profilant du i)remier bateau pécheur qui a pu l'embarquer, il estallé [ileurer à l'étranger la perte de sa couronne, eljouirde tous les millions
qu'il a enlevés à la France.
Comment doncs'est brisé si vite son pouvoir qui semblait si fort?
Comment a-l-il été précipité du rang le plus élevé au dernier degré derabieclion?Cestqu'il avait perdu l'affection et l'estime du peuple. Fils de la révolution qui avait abattu Charles X, il n'avait été élu qu'à la t ondition de rendre la nation libre et heureuse.
Au lieu de ce'a, il s'est constamment appliqué à la tromper pour lui arracher un à un ses privilèges et ses écus. Accroître son pouvoir personnel et sa fortune, tel a été le but constant de ses efforts.
Pour y parvenir, il a employé mille moyens fallacieux ; il a consacré urfe partie de ses trésors à corrompre. Il s'est cru inattaquable parce qu'il avait des fonctionnaires servîtes. Vainement Ks hom mes indépendants rénétaien t- . ils que lanatio:i souffrait, qu'elle était abais-ée au dehors, 0[iprimpe au-dedan?. Il ne voulait rien entendre. La moindre améliorati >n aurait porté atteinte à ses intérêts, et il la refusait obstinément.
Le peuple s'est détaché de lui, il acompris qu'il avait en lui un ennemi. 11 s'e^ levé, et la monarchie a disparu.
Ainsi périra tout pouvoir qui ne reposera pas sur la confnnce et l'estime du pays. Or, après l'expérience de Louis XVI, qu'on disait honnête et qui trahissait la France ; de Napoléon qui nous enivrait de gloire, mai* nous asservissait; de Louis XVlll et de Charles X, qui promettaient des institutions libres et qui les retiraient; de Louis-Philippe, qui devait être le premier citoyen et qui a cherché à nous escamoter nos libertés et notre argent , après la ruine successive de ces trônes, dont la chute amène tonjoursun déplorable ébranlement, l'expérience est faite. Nous n'admettons plus que le droit de gouverner une nation intelligenteet forte appartienne à un prince parce qu'il est fils d'un roi, fùt-il un scélérat ou un imbécile. Nous n'acceptons pas la comédie d'une royauté qui serait représentée par un enfant ou par une femme.
■Toutes ces fictions ont fait leur temps. Nous les repoussons comme impossibles , comme dange-
reuses. Nous sommes assez éclai- ' rés pour être nos maîtres et choisir ceux auxquels nous remettrons le pouvoir.
Que dirait-on dans une commune si le maire se prétendait appelé à demeurer jusqu'à la fin de ses jours à la tète de ses administrés ? Que dirait-on si , après lui, ceux-ci étaient contraints de subir sa descendance ?
La raison publique se révolterait.
Tout le monde est d'accord pour reconnaître qu'une commune ne sera bien gouvernée que par un homme sage, laborieux , honnête; que cet homme ne peut être désigné que par le libre choix de ses concitoyens. Investi d'un pouvoir temporaire, responsable de ses actes, il s'attachera à justifi-îr l'honneurdoni ilest l'objet; il se montrera axessible, ju>te et réservé; jl s'entourera de bons conseils et fuira les intriguants ; il tà'jhera de signaler bon administration par d'utiles travaux.
Eh bien ! votre commune, cest riu)age de la nation. Un roi de France est aussi contraire à la raison que le serait un roi de village ; il y est aussi dangereux; et, tout de même que la commune, la nation sera d'autant plus heureuse, que tous ses magistrats, sans exception, seront pris parmi les plus dignes et les plus tclairés.
La victoire du peuple de Paris donne donc à la France le gouvernement le plus rai:=onnable et le plus solide. La monarchie, appuyée sur l'intérêt d'un seul, s'écroule au premier choc sérieux; la Republique, foudée sur rintérèt de tous , garantie par l'exercice de toutes les libertés, ne peut périr. Le peuple se régit lui-même, il n'a pas d'ennemis, il gouverne par les magistrats qu'il nomme; qu'il s'attache donc a les choisir parmi ceux qui sont instruitsde ses besoins etsympathiques à sa cause et les revolutious sont désormais impossibles et inutiles.
Nous n'avons pas cru devoir reproduire ici la circulaire aux Commissaires des départements, qui se trouve il la page 430 des Murailles révolutionnaires. ^^<"« "i"^* e<iiieurs. i