‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 147 sur 236 · G. PAUTHIER · texte numérisé non relu

G. PAUTHIER

Propriétaire-cullivalcur à Ville-Evrard, commune de Neuilly-sur-Marne, canton de Gonesse, déparleuienl de Seine-et-Oise, délégué depuis plusieurs années au Congrès central d'Agriculture.

15 mors 1848.

Versailles. — Imp. de Beau, jeune, rue Satory, 28.

Paris. — Imp. Lacour et C», rue SoulTflot, 46.

Médaille en cuivre servant de carte d'enirée au Club Blanqui.

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BULLETIN DE LA RÉPUBLIQUE

Liberté, Égalité. Fraternité.

MINISTERE

DE L'INTÉRIEUR

Paris, le i^ mars 1848.

Si le peuple avait renversé le trône de f-ouis-Phi'ippe pour établir sur ses ruines un gouvernement tout semblable, il eût fait acte de folie.

Mais le peuple est intelligent autant que brave.

Ce qu'il a voulu, il le veut encore; le voici :

Au lieu du pouvoir d'un seul, le pouvoir de tous.

Au lieu du privilège d'une famille, le droit de la nation, où tous les citoyens sont frères.

Au lieu du règne de la faveur et de la corruption, l'application sincère des principes de justice et d'égalité.

Le peuple a horreur du sang et des vengeances, il ne persécute pas ses ennemis. Mais aujourd'hui qu'il a recouvré sa force, il n'en cuniiera l'exercice qu"'à ceux dont il connaît le dévouement et la probité.

Aussi quelle a été sa conduite après la victoire?

Tout fumant encore de la bataille dans laquelle il venait de verser son sang, il a envahi la chambre des député:-;, où quelques partisans aveugles de la monarchie essayaient de faire descendre la couronne sur la tète d'un enfant de dix ans. Il s'est trouvé en face de ce troupeau servilc qui avait constamment appuyé l'ex-roi et ses ministres dans toutes leurs entreprises contre nos libertés. Et cependant aucune violence n'a été commise. Seulement, au soufUe du vainqut;ur s'est écroulé ce frêle éJilice d'une régence surprise à la [leur d'une majorité tremblante. Les princes se sont sauvé.s, et nul ne s'est souvenu de leur longue et insolente domination; ils n'ont été l'objet ni d'une attaque, ni d'un

outrage. Tout entier à sa grande

tâche, le peuple a désigné par ses acclamations ceux des députés qu'il savait être ses amis. Il les a siliiés membres du Gouvernement provisoire.

C'est ainsi que s'est constitué le pouvoir révolutionnaire dont la mission a été d'installer un ordre nouveau ; les hommes qui l'ont accepté étaient depuis longtemps prêts à donner leur vie pour arracher la France au système qui la perdait. Leur premier acte a été de marcher au milieu de la cité soulevée vers i'Hôtel-de-Yille où les attendaient des milliers de citoyens. Là, leur autorité a été consacrée avec des transports d'enthousiasme, et le peuple a proclamé l'abolition de la monarchie et la constitution de la République.

Pourquoi la foule immense qui couvrait la place de Grève et les quais a-t-elle accueilli cette proclamation avec ivres.-e? Pourquoi cette nouvelle, volant de bouche en bouche, a-t-elle l'ait couler des larmes de tous les yeux? Pourquoi les armes sont-elles tombées de toutes les luiiios? Pourquoi depuis nul désordre sérieux?

Et partout, au contraire, la medératiou,rhuruanité, la patience?

C'est qu'en se constituant République, le Gouvernement a pris l'obligation de satisfaire tous les inteièts légitimes, de donner du pain au travailleur, d'effacer toute distinction de classes, d'abolir tous les privilèges, de réduire les impôts, ou du moins de les répartir avec plus d'équité, d'appeler enfin tous lesciloyens à l'exercice complet des droits politiques.

Comment, en présence d'un pareil avenir, le peuple ne serait-il [tas calme et plein de confiance?

Aussi ce mot magique a calmé en quelques heures celle masse

d'hommes armés dont la grande ville était inondée, et qui e4 aussitôt rentrée dans ses paisibles habitudes. Les barricades se .«ont abaissées, et sur l'aile des télégraphes le récit prodigieux de ces grands événements s'est répandu dans toute la France.

La France entière a tressailli.

Ce sublime spectacle, donné par la population de Paris, a rencontré partout des admirateurs. Chacun se sentait fier d'être l'enfant d'une famille ainsi repréienJée.

Et si, un instant, quelques esprits mal préparés à un changement si brusque ont pu s'inquiéter, ils ont été bien vite rassurés.

Le Gouvernement provisoire a montré immédiatement la droiture de ses intentions et la force de son autorité. Chacun de ses actes a porté la double empreinte du dévouement à la cause du peuple, et delà fermeté à en défendre les droits.

Il a adopté les enfants des citoyens morts pour la patrie, pourvu largement au sort des blessés, anéanti pour jamais la royauté, appelé sous les drapeaux de la garde nationale mobile vingt-cinq mille volontaires,

11 a converti le palais des Tuileries, séjour de la royauté, en une maison d'asile pour tous les ouvriers vieux ou infirmes.

Il a pris pour sa devise ces trois mots enipruntés à l'Évangile : Liberté, Égalité, Fraternité.

Il a maintenu le drapeau tricolore, celui que nos pères ont illustré sous la République et à fombre duquel les glorieux soldats de l'Empire ont fait le tour de l'Europe.

Enfin, annonçant au monde avec un noble orgueil que la nation française, reprenant possession d'elle-même, était assez puis- ' santé pour demeurer magnanime,

il a proclamé rabolition de .'a peine de mort.

En même 'temps il ouvrait des ateliers nationaux où tous les bras pouvaient être occupés, et constituait au Luxembourg, dans le palais même de la pairie, une commission permanente chargée d'examiner et de résoudre toutes les questions relatives au sort des travailleurs. Celte commission, composée d'ouvriers de toutes les professions, Vcst mise tout de suite à Tœuvre, Elle va préparer les éléments de la législation nouvelle qui doit changer la face de l'industrie et de l'agriculture.

Le peuple a donc vraiment remporté une belle, une fructueuse victoire. Il a conquis ?a place qui ne lui sera plus enlevée.

il est devenu son maître; c'est pour cela qu'il est modéré. Il a besoin de calme pour déo-iuvrir et appliquer les meilleurs principes d'crganisaîion.

Dans quelques jours tous les Français vont être afipelés à déléguer leurs pouvoirs àdes députés qui formeront l'Assemblée constituante. Ici, plus de catégories, plus de privilèges. Tous sont .

électeurs , tous sont éligibles, hors ceux que la justice a frappés. L'arm.ée elle-même partiel |;e à l'exercice de ce droit. Elle en usera avec indépendance, et cet acte de liberté resserrera plus intimement encore les liens étroits qui Tunissentau p';upl8 dontelle sort.

Confiance donc. Citoyens, applaudissons à la régénération de noire chère [latrie ! Unissoiis nos cœurs et nos volontés pour demeurer digues de la souveraineté que nous avons recouvrée ! Préparons-nous avec un noble enthousiasme à pénétrer nos mandataires de l'esprit révolutionnaire qui, d'un bouta l'autre de notre France, fait bondir tous les cœurs généceux ! La Révolution, c'est la gloire nationale ! la Révolution, c'est la Richesse du pays décuplée par l'abolition des impeîts iniques et la sage répartition des proiluits! la Révolution,c'est lu i»aix et la concorde, c'est la grande loi de lafratcrniié, c'est le couiuii'uoemcnl d'une ère de grandeur et de prospérité

dont les siècles passés ne peuvent nousfournir aucunexemple.

Confiance donc, et serronsnous tous autour du drapeau de notre sainte République!

ADRESSE présentée au Gouvernement provisoire par les Démocrates allemands.

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