COMITÉ
DE
BELLE^E (Orne).
Nous ne dewns donner nos suffrages qu'à des hommes (éprouvés, amis sincères des institutions républicaines. Presque tous se disent républicains depuis que la république est proclamée, mais devons-nous ajouter foi à leur assertion? devons-nous accorder notre confiance à ces républicains d'un jour ? non.
Après chaque révolution, n'a-t-on jDas vu des hommes ennemis du parti vainqueur se mêler frauduleusement dans ses ran^^^pour le trahir ensuite? gardonsnous donc de confier les destinées de la République «à des hommes dont les sentiments républicains ne sont pas éprouvés, qui n'ont pas de conviction, ou qui en ayant une la cachent et n'embrassent la République que pour mieux l'étouffer.
Nous ne devons pas non plus accorder notre confiance indistinctement aux députés de toute l'opposition. Cette opposition, quoique combattant sous le même drapeau, était partagée en deux corps. La gauche radicale ou répubUcaine, et la ganche dynastique qui protégeait le Roi, qui voulait un roi à tout prix, qui était convaincue que la France ne pouvait être qu'une misérable monarchie.
Que la reconnaissance que nous devons avoi;.- pour la gauche dynastique ne nous aveugle pas, si elle nous faisait choisir quelques-uns des membres de celte fraction de l'ancienne chambre pour représentants du jKniple : ces représentants porteraient malgré eux à l'Assemblée nationale leurs convictions anciennes, leurs anciennes relations d'amitié, pouvant être si funestes dans les circonstances actuelles, et égarer l'homme à son insu.
Une constitution républicaine ne peut être l'œuvre que d'hommes sincèrement, profondément républicains, et ayant médité longtemps sur les principes républicains. Si la convention nationale n'avait qu'une foi douteuse\ qu'un amour tiède pour la république, bientôt l'espoir se réveillerait dans les partis ennemis, la France se diviserait en deux camps, et nous ne pouvons le dire sans horreur : nous aurions peut-être la guerre civile.
Notre comité a pour mission :
1° De rechercher les antécédents politiques des citoyf is qui aspirent à l'honneur de devenir les représentants du peuple;
2" De repousser la candidature de tous les anciens députés dynastiques pour n'admettre que des candidats franchement républicains ;
3° De préparer, de surveiller les élections, de préserver le peuple d'être dupe de ceux qui n'ayant la république que sur les lèvres, porteraientau fond du cœur la régence ou toute autre royauté.
Ce comité ne se mettra en rapport qu'avec des comités qui suivront la même ligne de conduite.
Sa devise sera toujours : tout pour le peuple, tout par le peuple.
VIVE LA RÉPUBLIQUE
Les membres du Comité,
BARVILLE-COHIN, banquier, président,
HENRY, principal clerc de notaire, secrétaire, PITOU , huissier, BOUSSARD , huissier, PAIGNARD ThéopHïle , fabricant, GUERIN, propriétaire, SIROU, épicier-cultivateur.
Mamers, imp. de Jules Fleury. — 1848.
MANIFESTE DE lA SOCIETE MEMENNE.
A l'heure solennelle des élections, au moment où le peuple souverain va choisir les hommes destinés à fonder la constitution politique et sociale de la l'rance; nous. Meusiens de naissance et de sympathie, nous avons jugé qu'il était de notre droit et de notre devoir de déclarer à nos frères, à nos amis, à nos concitoyens, notre opinion sur les événements passés, et sur ce que Dieu réserve à notre chère patrie.
Nous ne publions point ce manifeste dans le but de nous poser en délégués de la population parisienne; souhaitons au contraire que nos élections départemenlalessoienl aussi franchement meusiennes que profondémenldémocratiqucs.
Mais, témoins de la révolution du !2/| février , ouvriers dévoués à ce mouvement universel qui fait chanceler tous les trônes despotiques de l'Europe, nous venons rassurer Uîs esprits timides, les âmes elfrayées qui n'ont vu dans le mot de République qu'une sanglante «'t fatale évocation de 179.^. Des craintes, des terreurs existent; datis cet instant on pourrait cherchera les exploiter au profit d'opinions dangereuses, devant l'urne électorale. Il nous importe donc de dire la
vérité, cette vérité que nous avons sous les yeux, -et qui, seule, doit répondre à tous les bruits alarmistes, productions de l'ignorance ou de la secrète trahison.
La première République française née au milieu des abus amoncelés durant quatorze siècles, — ^jetée dans une lutte ardente contre 1 egoïsme des castes usurpatrices delà souveraineté populaire, — obligée de démolir et d'édifier à la fois sous le feu de la guerre civile, sous le feu des coalitions européennes, — la première Piépul)lifjUe française dut avant tout constituer l'unité de l'indépendance du territoire. Elle n'eut pas la liberté des moyens; — ; en présence de dangers inouïs, elle se rallia violemment à celte maxime éternelle : le salut du peuple est la loi suprême !
La République de 1848 n'a aucune de ces terribles nécessités à subir.
Fille de la Révolution de 1789 parles principes, elle est venue à son heure; elle n'a eu qu'à apparaître pour dissiper ce qui semblait s'opposer à son avènement; elle n'a jDas à lutter contre de sérieuses résistances. Par conséquent elle n'a point de vengeance à exercer.
Son premier acte est l'abolition de la peine de mort en matière politique.
La première manifestation de son existence a été la commission de gouvernement des travailleurs.
Parla force des circonstances, la révolution de 1793 fut essentiellement politique ; la révolution de 18/;8 est plutôt sociale. C'est la réalisation de la prophétie du martyr de Sainte-Hélène : avant cinquante ans, la France sera république ou cosaque l
Pays de frontière, pays de glorieux soldats, notre Meuse a déjà répondu à ce doute; elle ne sera jamais cosaque.
Maintenant, si l'on nous demande ce que nous entendons par le socialisme de la Répu])lique nouvelle, nous répondrons ainsi : la constitution sociale doit, en respectant le droit de propriété, assurer du pain parle travail , la moralité par l'instruction, à tous les enfants de la France. C'est à ce but parfaitement réalisable que doivent concourir tous les esprits, toutes les volontés.
Or, pour y arriver, il nous faut une République dont le pouvoir exécutif soit fort pour le bien et impuissant pour le mal , il ne nous faut point une République entourée d'institutions monarchiques ; nous avons expérimenté souvent et trop longtemps les royautés pour .croire qu'elles sont possibles, pour croire encore à leurs promesses. Admettre le contraire, c'est semer l'anarchie, susciter la guerre civile, compromettre le salut public, désorganiser la France.
Aussi, devant de semblables éventualités, quand il s'agit de fonder une constitution telle que la réclament les besoins de tous et l'apogée de notre civilisation, nous avons pensé que la question la plus pressée , la plus grave , était celle du choix des hommes auxquels nous allons déléguer, impérativemt?nt, notre souveraineté.
Comme première et indispensables qualité, nous exigerons de nos représentants des antécédents de moralité tels, que le moindre doute ne puisse les effleurer. On devra leur tenir compte, non-seulement de la vie publique , mais encore de la vie privée; et nous insistons sur ce point , parce qu'il est, à notre avis , la caractéristique de notre révolution, où l'honnêteté doit avoir le pas sur le talent.
11 est inutile de dire que nous ne voulons que de loyaux républicains ; que
nous ne saurions comprendre que l'on discutât la proclamation de la République ; aveugle qui ne la voit pas dans nos mœurs, dans nos besoins, dans l'unanime consentement de la France. Cependant, par républicain, nous n'entendons pas les libéraux de la restauration , non plus que ceux du règne dernier. Nous entendons par ce mot, les hommes de principes démocratiques — les hommes sans ambition, les hommes austères d'habitudes et de langage , incassables de flatteries, de complaisance ou de faiblesse , pour quelque puissance que ce soit, des hommes dont le passé nous réponde de l'avenir et ne présente aucun engagement suspect. Nous ne demandons pas au représentant du peuple des connaissances très spéciales en politique, parce que nous sommes convaincus que , sous ce rapport, la constitution ne sera guère qu'un simple règlement pour lequel suffira le bon sens; car l'établisssement delà République anéantit toute discussion sur le droit d'association, la liberté de la presse, le suffrage universel, et sur toute autre question de souveraineté populaire.
Sur la question sociale, il importera que nos députés donnent de plus amples explications ; ainsi nous désirons que les candidats aient des connaissances techniques et usuelles sur les diverses branches du travail ; c'est dire combien nous serions heureux devoir les ouvriers parvenir à l'Assemblée nationale et contrebalancer par leur laconique bon sens l'influence qu'ont toujours eue les avocats dans nos anciennes représentations.
Pour résumer, il serait à désirer que l'on exigeât de chaque candidat, une réponse écrite, sur ces questions : associations — salaires — ateliers nationaux — enseignement gratuit — agriculture — union du travail et du capital — assurances ouvrières et industrielles; — droit de l'Etat au monopole. On a si longtemps abusé des paroles, qu'il est temps que l'électeur ait des garanties plus certaines.
Tels sont nos vœux et nos désirs ; nous sommes persuadés que notre département, inféodé trop longtemps, par insouciance politique, aux caprices ruineux de la royauté^ prouvera, dans ces nouvelles élections, qu'il tient en France par son patriotisme, le rang élevé qu'il occupe par son instruction et par son courage militaire.
VIVE LA RÉPURLIQUE !
E. MARTIN-MAGRON, président.
*TH. COURSIERS)^ ,, . cAîTTrT ♦ ' • -
LAPANNE [Secrétaires. bAlLLET, trésorier
Iinp. — Lacranipe et Fertiaux, rue Damiette, 2
Paris. — Imprimerie Lacour et Comp., rue Soufflot, 16.