‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 175 sur 236 · S CENT · texte numérisé non relu

S CENT

Béflexions préliminaires.

Le Gouvernement provisoire a déclaré que tous les citoyens devaient concourir à l'élection des officiers de la Garde nationale. 11 ad'abord accordé jusqu'au 13 seulement l'inscription sur les listes.

Puis il a donné le 14 , le \o et le 16 jusqu'à minuit. Enfin, il vient d'accorder jusqu'au 23. Eh bien!

le recensement est trop incomplet ; d'ailleurs les citoyens n'ont pu se concerter et se connaître :

par conséquent, il est nécessaire de proroger les élections de la Garde nationale.

Le ministère de l'intérieurayant supprimé les compagnies d'élite , toute l'ancienne Garde nationale est venue demander un ajournement pour les élections, par le motif qu'elle avait plus besoin de se connaître. Mais le peuple la connaît bien moins encore pour choisir ses chefs; par conséquent il a encore plus besoin d'ajournement.

La Garde nationale a fait une manifestation avec le sabre , en criant: A bas Ledru-RuUin, le Peuple aura bien plus le droit de faire une manifestation sans armes, sans cris et sans menaces.

Uanlfeatatioii «leci GardeM uallonaux.

Une fraction de la Garde nationale, grenadiers et voltigeurs, s'est présentée à l'Hùlel-de-Yille à une heure et demie pour prolester contre le décret qui supprime les compagnies d'élito. Le citoyen Arago Vst descendu de voiture au coin de la place de rHùlel-(le-Villé et du quai de la Grève. An mètne instant, plusieurs grenadiers poussèrent lecri

de : A bas Ledru-Rollin ! le Peuple frémissant a répondu immédiatement par celui de : Vive Ledru-Rollin î vive la République et quebques crîs : A bas les aristocrates ! à bas les carlistes !

à bas la régence. La foule était si compacte , que celte première colonne n'a pu arriver jusqu'aux barrières qui entourent l'Hôtelde-Ville ; elle a dû rebrousser chemin, accompagnée de sifflets et des cris de : Vive la République ! vive Ledru-Rollin !

A deux heures un quart, sur le quai de Grève, à vingt pas du pont Marie, le Peuple a rencontré une nouvelle colonne de grenadiers, voltigeurs, et quelques Jjizets et chasseurs. Afin de prévenir unecoUision certaine, quelques citoyens se sont portés en avant pour engager cette nouvelle colonne à rétrograder, en expliquant aux chefs qui se trouvaient à la tète que l'irritation des esprits était telle, que , s'ils insistaient à avancer, il pourrait eu résulter de grands malheurs.

S'adressant particulièrement au colonel ou lieutenant-colonel de la première légion, on l'a en quelque sorte rendu responsable du sang qui pourrait être versé , tandis que d'autres citoyens lui disaient : Au nom de l'ordre, au nom de l'humanité, nous vous en supplions , retirez-vous , car autrement vous nous piojvcriez que vous voulez le désordre et la guerre civile , quand nous, prolétaires, nous nous ellorçons à maintenir l'ordre !

L:i pcrsi^îtaiicc des Gardes nationaux a dure une heure et demie; a[)rès quoi ils se sont décidés à réliogador, en murmurant:

Nous reviendrons avec les armes.

Quelques citoyens ont été violemment attaqués par quelquas Cardes nationiux: mais heureusement, à notre connaissance, aucun n'a été blessé.

Un ciloyen en bourgeois , reconnaissant un de nos amis , lui a crié : Je vous connais , vous , vous êtes communiste , en le désij^nant à la colère des Gardes nationaux.

La foule a immédiatement fait justice de cette odieuse dénonciation, eu répondant que ce n'était pas un crime , que les communistes étaient des frères Républicains et pas d'aujourd'hui.

Pendant cette lutte d'un nouveau genre, le Peuple a constaaiment chanté la Marseillaise et le Chant du Départ, tout en pressant la retraite des Gardes nationaux.

Dans celte circonstance , le Peuple a montré, comme toujours, un calme digne des plus grands jour^.

A quatre heures, le général Courtais, accompagné d'une partie de l'état-major, est arrivé sur la place du Châtelet, et après quelques paroles échangées avec les officiers des Gardes nationaux, la colonne a franchement commencé sa retraite, accom jagnée, cette fois , d'une pluie dé grésils ou grésillons.

Quatre heures et demie du soir.

Le citoyen D..., M... et A.,.

Autre récit.

Sachant la manifestation qui devait avoir lieu auprès du Gouvernement provisoire par l'ancienne Garde nationale , une masse de peuple s'est portée sur la place de l'Hô^el-de-'Vjlle pour

empêcher celte manifestation.

En effet, à une heure et demie, une légion est arrivée par le quai en criant : A bas Ltdru- RoUin! On ralai>sée traversera place, presque jusqu'à la grille.

Là les Gardes nationaux ont été serrés à droite et à gauche. Ils invoquaient la liberté, et le peuple leur répondait : Vous viokz Yégalité.On leur fait quitter leurs bonnets à poil et crier vive la République 1 vive Ledru-Rollin !

Au même instant , il tn est arrivé un très grand nombre par la rue Bar-du-Bec. Voyant que le peuple ne les laissait pas approcher des portes de l'Hùtel-de- Ville, ils ont enveloppé le fond de la place. Aiur.s sont descendus de 1 Hôtel deux citoyens qui se sont approches d'eux, et leur ont donné Communication d'une modification au décret de la veille.

Les Gardes ualionaox se trou- "vant satisfaite, se sont retirés.

Pendant tout ce temps, la masse du Peuple à fait cliorus avec ceux qui se trouvaient aux croisées en criant : Vive la République ! à bas l'aristocratie et le privilège! et surtout vive Ledru- RoUui.

Peu après, une partie du Peuple en très petit nombre se retirant par le quai, se sont trouvés fàce à face près le pont avec une masse d'autres Gardes nationaux qui se rendaient aussi à l'Hùtelde-Ville; ils leur ont barré le passage. On est resté en [trésence de part et d'autre près d'une heure, en criant toujours: Vive la Repujjlique! vive Ledru-Rollin!

et en disant aux Gardes udtiunaui de se retirer, qu ils venaient mettre le désordre, au lieu de mettre l'ordre.

Alors il est venu une douzaine de Gardes nationaux armés qui les ont priés de se retirer; its ont fait demi-tour à gauche, et se retiraient toujours repoussés par le peuple.

Quand, arrivés sur la place du Chàtelet, les Gardes nationaux se voyant repoussés par un si petit nombre ont fait volte-face : alors il y a eu pendant cinq à six minutes des coups de poing de part et d'autre, mais il est arrive du renfort au Peuple, ce que les

Gardes nationaux voyant, ils ont cessé la lutte.

Après la lutte, le général Courtais, qui s'est trouvé à passer, leur a dit qu'ils ne faisaient pas acte de bons citoyi'ns, et les a engagés à se retirer; ce qu'ils ont fait, toujours poursuivis par le Peuple.

AU PEUPLE

Citoyens et Frères ,

On nous a escannoté la Révolution de 1830, ne nous laissons pas escamoter celle de 1848.

Or , la conlre-révolution lève hardiment lalèlo, manifeste hautement ses projets et ses espérances, ose même faire entendre ses menaces, en joignant la violence à la ruse.

Hier le carlisme a poussé l'audace jusqu'à promener son drapeau blanc dans les rues naguère couvertes de barricades, ot la Garde nationale privilégiée a poussé le délire jusqu'à venir sur la place de l'Hôtel-de-Ville, le sabre au côté, proclamer presque la régence, et errer à bas l'un des membres du Gouvernement provisoire , comme les commerçints étaient venus, quelques jours auparavant , envahir le même Hôtel-de-Vdlo , et proférer contre le Gouvernement des menaces anarchiques et sédi-.

lieuses.

Il est temps poar nous d'arrêter ces excès, en opposant manifestation à manifestation.

Montrons à nos aveugles adversaires que le Peuple,

confiant dans sa force et dans la justice de sa cause, n'a qu'à se lever pour arrêter ses ennemis.

Montrons à la France et à l'Europeque le prolétaire Parisien est plus sage quo la bourgeoisie et l'aristocratie, qui se prétendent l'élite de la Nation et les seuls capables do diriger le Peuple.

Point décris, point de menaces, point d'eicès d'aucun genre ! Que notre silence soit la leçon de nos prétendus, maîtres, comme on disait autrefois : que le silence des Peuples étaitlaleçon des rois.

Que notre sagesse prouve à tous que nous avons le sentiment de notre dignité comme dé notre puissance , et qu'ils sont mûrs pour la liberté , ces travailleurs qui deux fois ont mérité ladmiration du ftionde par leur générosité dans la victoire, plus encore que par leur courage dans le combat.

Mais qu'à compter de ce jour, on abandonne de folles espérances de coptrc-révolotion ; qu'on renonce à la dangereuse voie des machinations et diis complots ; et .qu'on se résigne enfin à souffrir cette République que le Peuple a conquise au prix de son sang , et (]ue nous sommes résolus tous à défendre au prix de notre vie !

Et! qu'a-t-elle donc d'ailleurs de si intolérable pour les autres, cette République dèmocratiqui* qui a tant d'attraits pour nous !

Loin de nous la pensée d'être oppresseurs, mais nous ne voulons plus être opprimés.

INoiis ne voulons pas qu'on puisse nous reprocher d'être des spoliateurs; mais nous ne vouions plus èlrc ni spoliés ni exploités! justice pour tous, pour les autres comme pour nous , mais pour nous comme pour les autres 1

INous tendons même à tous une main fraternelle en leur demandant de nous traiter en frères, et de se rallier sincèrement avec nous sous le drapeau sur lequel nous venons d'inscrire de nouveau celte glorieuse devise de nos pères, Liberté, Egalité , Fraiernité !

Quant au Gouvernement provisoire qui s'est' chargé de réaliser cette devise, si nous nous sommes ralliés tous autour de lui , c'est parce que notre union nous est nécessaire , c'est parce qu'il a pris l'engagement de faire triompher la Révolution, la Démocratie , la Souveraineté du Peuple et la République : c'est parce qu'il a déclaré qu'il voulait s'appuyer sur le Peuple, que tous les citoyens étaient Gardes nationaux, ot que tous devaient concourir à l'élection de leurs chefs.

Mais pour que la Garde nationale ne ioit pas un mensonge, il faut de toute nécessité que tous les citoyens en fassent partie ; et pour que l'élection des chefssoit loyale et sincère, il faut absolument que le Peuple élise en parfaite connaissance de cause, après une nwire discussion sur les qualités et les vertus civiques des candidats.

Or, il est incontestable en ; fait que, [VTr la malveillance j des autorités subalternes, la :

Garde nationale n'est pas complète aujourd'hui , (|u'il , n'y a pas de véritable Garde nationale, et par conséquent il ne peut pas y avoir de véritables élections de la Garde nationale.

Il est incontestable encore que le^ citoyens récemment inscrits n'ont pas eu le temps de connaître et d'apprécier tous les candidats , que par conséquent, sous ce nouveau rapport, il est impossible de procéder loyalement aujourd'hui aux élections de la Garde nationale, et que dèslors un ajournement est nécessaire.

Il en est de même des électeurs et des électii-ns pour l'Assemblée constituante : il n'y aura réellement d'Assemblée nationale que quand tous les citoyens seront inscrits comme électeurs, et quand ils auront eu le temps de connaître et de juger les candidats à la Représentation populaire.

Or, il est encore incontestable en fait que, par le mauvais vouloir des autorités locales, beaucoup de citoyens ne sont pas inscrits sur les listes électorales; que les inscrits eux-mêmes n'auraient maintenant ni l'indépendance, ni les lumières nécessaires pour une véritable élec- ' tion, et qu'un ajournement sulTisant est indispensable pour échaulfer et éclairer tous les citoyens.

Et, d'un autre côté, pour

que. l'élection soit libre et réelle, il ne faut pas que la présence d'une troupe armée puisse inquiéter et menacer la Liberté.

Rien loin de nous l'idée de refuser notre estime et notre bienveillance à des soldats qui sont nos amis et nos frères , et à qui nous désirons pouvoir toujours exprimer nos sentiments fr^ileriKls ; mais c'est un principe e.'<;:.entiel de la démocratie que la baïonnette assermentée ne doit paraître là où la raison seule doit décider desaffaires publiques, làsurtont où doit régner , sans aucune espèce d'inquiétude, la liberté des élections ou la liberté des délibérations.

Nous allons donc demander au Gouvernement provisoire : d" l'éloignement des troupes; 2° l'ajournementdes élections pour la Garde nationale jusqu'au o avril; 3° et l'ajournement des élections pour l'Assemblée nationale jusqu'au 31 mai.

Nous formerons cette demande sans haine et sans menaces, comme des citoyens qui connaissent leurs devoirs et leurs droits. Puisse'le Gouvcrneujeniprovisoireaccéder à nos vœux !

Puisse-t-il, fidèle à ses engagements, comprenant toute la grandeur de sa mission révolutionnaire et humanitaire, s'appuyant résolumeni sur le Peuple, ne laisser désorniais aucune incjuiétude aux amis de la République, comme aucune espérance à ses ennemis. CABET,

Typ. et Lith. de Félix Malteste, r. des lJeux-Fortes-9l-Sauveur, N» 18.

Ce numéro fut affiché le 17 mars au matin, et dans la séance de la Société Fraternelle centrale, de huit

DIEU LE veut!... MARCHOAS!...

Page 1