‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 178 sur 236 · QUI M'OFFRENT LEURS SUFFRAGES · texte numérisé non relu

QUI M'OFFRENT LEURS SUFFRAGES

Je les accepte , vos suffrages , — non pour moi, voué en ce nioment à un devoir sacré, l'histoire de la Patrie, — mais pour mon fils d'adpption , mon gendre, mon unique collaborateur depuis huit ans, POULLAIN DUMESNIL- MICHELET, qui est moi-môme.

« 11 vaut mieux que vous, parce qu'il est jeune , » me disait l'autre jour notre cher et immortel Bcranger. — 11 faut des hommes jeunes , neufs, et de forces entières. La nouvelle assemblée doit représenter par l'âge le rajeunissement de la France.

Mon gendre, après ses études de droit, s'est fermé la carrière du barreau. Le serment à la royauté a été pour lui un obstacle insurmontable.

S'il n'est point connu encore parmi nos plus éminents écrivains , c'est qu'il a uniquement travaillé pour moi.

11 s'est donné à moi. Je le donne à la France.

Nous nous devons tout entiers et sans réserve à la patrie. Ma vie déjà appartenait à son histoire. Je lui offre bien plus aujourd'hui : Mon avenir, le fils de ma pensée.

Salut fraternel , /

J. MICHELET, Professeur au Collège de France.

10 mars 1848.

La révolution de Février a été le réveil de l'honneur, la réparation à la morale .outragée. Nous sommes tous vainqueurs.

Maintenant il s'agit d'organiser la victoire. Que tout ce peuple, rentré par un élan d'héroïsme dans la vérité, dans sa nature, fonde des institutions impérissables, qui rendent à jamais impossible le retour des révolutions sanglantes.

Nous n'attendons, point l'Assemblée pour proclamer la République; nous l'avons tous proclamée. — Il ne lui appartient j)oint de discuter les conquêtes de la révolution nouvelle , elle n'a qu'à sacrer d'une arclamalion unanime les décrets de la France qui a parlé par le Gouvernement provisoire : l'abolition de la peine de mort, le sullVage universel, la liberté de la presse . la liberté des cultes, la justice introduite pour la première fois dans l'impôt, et le droit qu'a tout homme de vivre en travaillant.

Le peuple a posé ces axiomes ; l'Assemblée nationale n'a qu'à répandre, propager ces vérités , en poursuivre l'application pour qu'elles deviennent partout des réalités. Le gouvernement républicain est le seul possible en France ; c'est à l'assemblée de faire de nous tous des Républicains.

Quels moyens? le concours de tous. — Puisque nous voulons nous gouverner nous-mêmes, et ne point laisser à d'autres la charge et le profit de nos affaires, nous sommes entrés dans la voie des sacrifices. Aussi , pour la répartition plus équitable de l'impôt, je m'adresse à la justice , plus forte que l'intérêt, dans le cœur de l'homme ; et pour l'organisation du travail, j'ai foi en la magnanimité des ouvriers et des maîtres.

L'Assemblée n'aura point à poser ces questions, elles sont pendantes. La France la convoque pour les résoudre dans la mesure de nos mœurs , de nos nécessités, de notre éducation, mais surtout pour hâter l'époque rapprochée où nous serons plus capables de toute la liberté, de toute l'égalité , de toute la fraternité que comporte la République.

La République est un principe et non point seulement une forme de gouvernement. L'Assembléela fondera dans lésâmes etdans les|mœurspar lesjinstitutions qu'elle promulguera.

Quelle prise, quelle autorité aura-t-elle tout d'abord vis-à-vis de ce peuple qui n'a point eu besoin d'assemblée pour faire la révolution?

L'initiative vigoureuse, énergique dans toutes les conséquences politiques et sociales qu'implique le principe républicain. Si l'Assemblée veut être forte et une avec la France, si elle veut dominer les partis, les minorités, les individus, il faut qu'elle soit l'avant-garde de la révolution. Si elle veut étalilir l'ordre au milieu d'un peuple ému, debout, en armes, qui veille sur sa liberté, il faut qu'il entende, claire et distincte, dans son assemblée nationale , la voix qui lui a parlé au milieu des barricades, voix de concorde et de fraternité qui n'a fait le 2/t février qu'un peuple, des pauvres, des riches, des soldats.

Ce sont ces principes que j'apporterai, que je soutiendrai à l'Assemblée, si mes conciloyens m'honorent de leurs suffrages. Je ne cache point mon ambition de les obtenir, car, quelque graves^ quelque difficiles que soient nos circonstances, jamais elles n'excéderont ma bonne volonté et mon dévouement à la patrie.

Page 1