HABITANS DU PAS-DIÇ-CALAIS
Me voici au milieu de vous.
Qui suis-je?
Un d'entre vous , né dans vos plus humbles rangs et qui asf)ire à monter pour vous servir.
La République a mis le pouvoir à la portée des plus petits : que leur sagesse sauve la République !
Entrons dans les droits nouveaux que la révolution nous confère , non en parvenus, éblouis ou enivrés de leur élévation, mais en hommes familiers dépensée avec la grandeur, dignes d'exercer l'autorité, (jui savent et qui veulent en user avec modération.
C'est le seul moyen de rester fidèles à notre révolution du 2/i Février, dont le premier cri a été : ni sang, ni confiscation !
Et quel sang demanderions-nous? La France n'a que des enfants ; nous nV comptons que des frères. Leur vie ne fait-elle pas notre gloire ; leur fortune n'cst-elle pas notre richesse ?
Toutes les commotions politiques engendrent quelques prétentions extrêmes : au temps et au bon sens de les réduire à teur valeur; mais, au besoin, sachons nous y employer. Je dirai aux ouvriers et aux gens qui vivent comme moi de leur travail ; nous n'aurons jamais une révolution qui organise l'art de vivre dans l'oisiveté. Travaillons donc , ayons confiance dans la vertu d'une constitution libre pour améliorer notre condition, d('jà plus parfaite;
Car c'est un progrès moral que le droit de choisir les hommes qui disposeront de la fortune de la France : et vous le pourrez demain !
Elle est subhme d'intelligence et de patriotisme, et je la cite avec orgueil, cette parole d'un ouvrier de Paris : Dites au Gouvernement provisoire que les ouvriers accordent encore trois mois de misère à la République , avant qu'elle s occupe de leur sort.
Voilà le peuple 1 ceux qui ne pensent pas ainsi, en ont perdu l'honnêteté. Je sollicite auprès de mes compatriotes l'honneur de représenter un tel peuple au sein de Y Assemblée nalionale.
La cause démocratique a toujours été la mienne; ces sentiments m'ont valu l'estime de notre poète national, Béranger, de MM. Michelet et Quinet , sous les auspices desquels est placée ma candidature. Je suis fermement résolu à maintenir le gouvernement républicain. Cette forme de gouvernement est la plus naturelle à l'exercice du pouvoir populaire.
Mais je veux ma République pure d'excès, basée sur l'ordre, le prompt rétablissement des opérations du commerce et de l'industrie , avec la renaissance de la confiance publique et la consolidation de notre crédit national. Je la \€ux enfin marchant librement et fièrement à ses grandes destinées , entre les dynasties dont le retour est impossible , si nous sommes sages ; et la démagogie qui expirera d'impuissance, si nous sommes vigilants, résolus et lermes.
Nous prendrons pour guide cette étoile qui brille au front du Gouvernement provisoire, et qui, après avoir jeté sur la terre de France tout l'éclat de la poésie et de l'éloquence , resplendit plus vivement encore dans sa carrière civique. M, de Lamartine est aujourd'hui notre premier citoyen.
Nous le suivrons donc ! mais non sans lui payer ici , et j'oserai dire avec la France entière, le tribut de notre sympathie et de notre reconnaissance.
THELLIEZ, Avocat à Paris, Béthune, oeil mars 1848,
Béthune. — Typ. de Mme de Sarary.
Vous êtes appelés à exercer les droits électoraux les plus étendus ;
Vos représentants auront à remplir une mission immense, redoutable , ils devront aborder et résoudre les questions les plus ardues et concourir à reconstituer la société française sur de nouvelles bases.
Il importe dès-lors que les citoyens qui aspirent à l'honneur de vos suffrages , vous exposent nettement, ce qu'ils ont été, ce qu'ils sont, ce qu'ils veulent, et j'obéis à ce devoir en me présentant devant vous.
Indépendant par caractère et par position, je suis un homme nouveau, pur de tout contact avec le pouvoir déchu , et depuis longtemps je flétrissais avec énergie le système corrupteur qui nous démoralisait et nous ruinait au dedans, nous abaissait et nous avilissait au dehors.
J'accepte et je veux franchement la République, convaincu que je suis, qu'elle seule nous donnera une liberté forte et sage et un gouvernement à bon marché; sincèrement attaché à la foi de mes pères, je veui la liberté des cultes ; je veux le respect des personnes et de la propriété, l'amélioration du sort des travailleurs, la réduction des tarifs à l'intérieur et sur les frontières, la diminution de l'impôt, sa juste répartition ; je veux enfin le progrès constant et durable de l'agriculture et du commerce, de la science et des arts.
J'espère et je crois que la République, en fraternisant avec tous les peuples, nous garantira les bienfaits de la paix, que les barrières qui nous séparent d'eux s'abaisseront, que nos relations avec les Espagnols, nos voisins , ne seront plus entravées et que notre département en ressentira les heureux effets.
Propriétaire et négociant, j'ai longtemps étudié et pratiqué les lois qui relient l'agriculture et le commerce , ces deux principaux éléments de la richesse nationale.
Dès 1825, j'ai aidé par mes encouragements et par des sacrifices d'argent, à l'introduction de l'industrie des marbres dans ce département; dans le même temps , je provoquais par des publications , par des efforts incessans, l'établissement de filatures et de tissage^ de coton dans l'arrondissement de Pau ; naguère encore j'ai réveillé mon pays de sa torpeur, en appelant son attention sur l'importance des chemins de fer, et j'ai démontré la facilité et la nécessité d'un embranchement sur la ligne de Bordeaux à Rayonne.
J'ose rappeler avec quelque orgueil que, porté par le vœu de mes concitoyens à la présidence du tribunal de commerce de Pau, j'ai durant quatre années exercé ^ cette judicature avec honneur et probité.
•Citoyens électeurs , voilà mon programme, voilà ma vie; je vous les livre et si vous me jugez digne; de votre choix, vous aurez en moi, non un brillant orateur, mais un homme d'affaires, un humble ouvrier, ferme et laborieux, qui travaillera avec toute l'ardeur dont il est capable, à la réédification de notre édifice social.
Salut et Fraternité.