CITOYEN PRÉSIDENT
Les membres du cliil) le Progrès (lémçcratiqiie ont écrit sur leur drapeau : Liberté, Egalité^ Fraternité.
Ils prennnent comme manifestation de leurs sentiments politiques la déclaration des Droits de rhomme prononcée par Robespierre à la Convention nationale le 2/t avril 1793, considérant cette déclaration comme point de départ de I ère nouvelle qui s'ouvre à la liberté des peuples, mais non comme le dernier terme du progrès de l'humanité.
Ils se proposent de poursuivre avec une ferme volonté l'application des principes qui en découlent et la réalisation du gouvernement républicain dans toute sa sincérité, c'est-à-dire du gouvernement de tous et pour tous, reposant sur la consécration solennelle et inviolable du dogme immortel de la fraternité et de l'égalité.
Leur but en se réunissant, en concentrant leurs forces , est de défendre par
tous les moyens la conquête du 2/i février, d'initier les citoyens à la vie politique et d'apporter leur influence collective et partielle partout où l'intervention des démocrates leur semblera utile.
Voilà, citoyen président, l'exposé sommaire des principes sur lesquels repose l'association que nous avons formée.
Le peuple vient de reconquérir tous ses droits. Appelé depuis hier seulement à la vie publique du citoyen, son éducation politique est à faire : la plupart des citoyens ignorent leurs devoirs et leurs droits politiques ; il entre dans la mission des sociétés populaires de les en instruire. Leur but et leur utilité sont d'élaborer et d'éclairer les questions de progrès et d'organisation sociale; de faire rayonner les doctrines généreuses d émancipation et d'ordre dans les ateliers , dans les chaumières et jusque dans les retraites les plus sombres , les plus isolées, où souffre le prolétaire. Tous les membres des sociétés populaires républicaines doivent former l'apostolat de la régénération , par l'éducation politique sociale, de tous les frères de la grande famille démocratique.
Le club du Progrès démocratique, considérant que des forces vives du parti républicain se tiouvent divisées dans plusieurs clubs organisés dans les divers quartiers de Paris, convaincu que de la division naît la confusion qui produit la stérilité, a décidé qu'il serait donné avis aux clubs républicains constitués de la propositian suivante adoptée dans sa séance du 10 courant,
11 sera formé un club central composé de délégués de tous les clubs. La réunion de ces délégués prendra le nom de Comité central ; une partie de ses membres sera constituée en bureau permanent.
Le Comité général aura pour but spécial de recevoir les procès-verbaux de chaque séance de chacun des clubs, d'en faire parvenir immédiatement un résumé dans chacune des réunions. Il recevra communication de toutes les questions mises à l'ordre du jour ; il devra.en donner connaissance dans le même jour à tous lis clubs, afin qu'elles soient discutées simultanément; enfin il aura pour effet de régulariser, en les centralisant, les efforts du j^arli démocratique et de ramener l'unilé d'action de toutes ses forces.
Je vous prie, citoyen président, de prendre en considération les motifs que nous venons de vous exposer et de vouloir bien faire part de notre proposition à la prochaine réunion de votre société. A'ous voudrez bien nous donner connaissance de la détermination à ce sujet. Si, comme nous, vous comprenez bien que l'union seule peut faire notre force , nous aviserons ultérieurement à nous entendre pour l'organisation définitive du comité que nous vous proposons.
Veuillez nous donner accusé de réception de notre lettre à l'adresse particulière de notre président, rue de Bondy, /i8.
Salut et fraternité.
Pour le club le Progrès démocratique ,
Le président , Fontaine.
(1) Ce (locumenl a été disiribué spécialement aux présidents des clubs. Voir la Voix des clubs du 18 mars, p. 3, col. l'^ .
AUX HABITANTS
DES
Hautes-Pyrénées .
Citoyens ,
Le jour des grandes élections approche: je viens, moi aussi, m<5 présenter à vo» suffrages.
Parler de soi, dans une juste mesure, est chose difficile. Je tâcherai d'être simple et bref.
Mes opinions furent constamment rép'ublicaines. Je les ai apportées des Etats- Unis, oùje passai les premières années de ma jeunesse. Trois choses m'ont vivement •frappé dans les mœurs de cette grande démocratie : la tolérance def opinions, le sentiment religieux des masses, et leurs idées saines de l'égalité; la raison publique y accepte franchement les inégalités matérielles inséparables de. toute société. Ces idées sont aussi les miennes.
Si je parle de mon républicanisme de vieille date , ce n'est pas pour exclure les adhésions récentes. Exclure , c'est proscrire , de la seule manière possible dansi'état de nos mœurs. La France a besoin du concours de tous ses enfants pour opérer sa régénération pacifique. Le succès est à ce prix. L'œuvre d'une minorité ne serait pas de durée.
Républicains, serons-nous plus forts quand on pourra nous compter? Acceptons tous les dévoûments, croyons à leur sincérité ; le patriotisme , la raison et l'intérêt de chacun nous en répondent.
Après l'épreuve qui vient d'étie faite, un trône renversé en quelques heures, quel Français, assez ennemi de lui-même et de son pays, pour rêver des restaurations impossibles , dont la seule tentative amènerait d'enVoyables malheurs? Croyez-le bien, la question politique est résolue pour tous les hommes de cœur et d'intelligence.
Mais la grande difficulté du présent et de l'avenir , c'est la question sociale , c'est le problème, je n'ose pas dire insoluble, de l'organisation du travail. Voye/.les aujourd'hui qu'ils sont au pouvoir et mis en demeure d'appliquer leurs principes , les théoriciens les plus hardis hésitent. Leurs tâtonnements trahissent leurs incertitudes.
11 peut y avoir des droits nouveaux à reconnaître ; il y a , sans aucun doute, des besoins à satisfaire , des réformes à réaliser. Si j'étais de l'Assemblée nationale, j'examinerais avec un soin rehgieux les solutions qui seront proposées par les hommes de la science; j'aurais la ferme volonté d'être juste et réparateur
envers les classes qiii| souffrent ; je voterais de grand cœur toutes les améliorations possibles , mais sans jamais oublier que la propriété et la famille sont les bases nécessaires de l'organisation sociale, que la liliorté des transactions est un DROIT, et que la loi ne doit pas s'introduire de vive force dans l'administration des intérêts privés.
Quand la barque penche d'un côté, il faut se porter de l'autre , si l'on ne veut qu'elle chavire. Dans le temps où elle penchait au despotisme , je me portai toujours, et des premiers, du côté de la liberté. Beaucoup d'entre vous le savent. Aujourd'hui par des considérations qui frappent tous les yeux, je me porte du côté de l'ordre : l'ordre dans la liberté.
Un mot encore, ce sera le dernier. Je n'ai pas à mettre au service de mes idées l'autorité d'un nom connu, d'un talent éprouvé dans les luttes de la tribune ou de la presse. Mais le talent et la célébrité ne sont pas les seules ni les meilleures garanties dans les jours de crise, Ce que j'apporterais et ce que je peux promettre, c'est une résolution de bien faire et une force de dévoùment que les situations difficiles ne déconcerteraient pas.
. Bernard LACAZE, avocat.
Vu-Bigorre, le 17 mars 1848.
Tarbes , typographie de J.-A. Fouga.