AUX CITOYENS MEMBRES DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE
CITOYENS
Le journal qui csl votre organe, le Natio?inl, a publié, dans son ntiméro du 9 mars, un article relatif aux prochaines élections, dans lequel vos principes et votre volonté sont posi's d'une faron tellement absolue, que jamais firman ou ukase n'a présenté le caractère d'un plus impérieux despotisme.
Si nous étions en Russie ou à Gonstanlinoplc, nous courberions nos fronts; mais, grâce au ciel, notre liberté i,e tient dans ses mains ni un knout ni un cimclère ; elle tient un drapeau, et je m'enveloppe dans ses plis pour protester contre votre omnipotence dictatoriale !
Dans cet article, où se montre la toute puissance d'un décret, vous engagez les citoyens <■ à compléter l'œuvre du goiivernemcul, en organisant sur tous les ponïts « du territoire des comités charcjés d'éclairer C opinion, de discuter et de préparer t' les candidatures. »
Ce n'était donc pas <?ssez, dès le premier instant /pie vous avez eu la force, d'avoir fait planer la destitution partout, et d'avoir envoyé, partout, des commissaires, avec mission spéciale de révolutionner le pays, dépass^mt ainsi d'une distance incommensurable, les adversaires que vous avez tant combattus, et si justement, je le concède, parce qu'ils employaient pour leur triomphe, la faveur ou la proscription !
Ou le principe révolutionnaire domino en France, et ces précautions sont superflues, sinon tyranniques ;
Ou il ne domine ])as,el ces moyens sont insensés!
C'est donc là un nouvel abus de votre pouvoir, abus d'autant plus grand, qfte votre pouvoir n'est ni légal ni définitif
« Jîn un mol, il faut que la chambre soit la véritable expression du pays et quil a n'y ait nt surprises ni malentendus, »
Ce dernier langage est noble et digne! En efTel, si de toutes paris l'on n'agit qu avec franchise et loyauté; si les élections se font sans surprises ni malentendus, tenons pour certain que leur résultat, qjiel qu'il soit, sera glorieux et durable!
Vous ajoul«-7 : a ()uv l'on ne s'abuse ]^as sur nos inlenlions : nous n'acceptons ♦ comme candidats (jus les hommes (jui sont nettement républicains ; le principe
« démocratique ne doit plus être remis en quesiioit; la France a donné son adhésion « à la république, il us s'aqil plus que de l'organiser. >
Je n'hésite pas à le proclamer, ce langage nous rejette en arrière de deux siècles et nous précipite, tout d'un coud, par-dessus Napoléon jusqu'à Louis XIV; Louis XIV5 qui ne fut que plus laconique que vous, lorsqu'il décria : L'Élat. c'est moi!
Je ne prétends pas attaquer les adhésions que vous avez rerues ; pour l'honneur de mon pays, je les crois sincères. Mais rien de ce qui est lerreslre n'est immuable; et oubliez-vous que depuis soixante années, des adhésions nombreuses et paraissant sincères, ont été bien des fois ollcrtes de toutes parts, à des gouvernements dont elles n'ont pu, un jour, arrêt<'r la chute?
11 y a loin, ajDrès tout, de ces manifestations plus ou moins vraies, au suffrage universel !
Attendez cette voix de Dieu ! c'est elle seule qui pourra dire : Je^n'acceple pas; et c'est devant elle seule, que les autres voix se tairont, s'il n'y a ni surprises ni malentendus !
Vous ajoutez « qu'il ne faut pas compliquer la tache difficile de l'organisalion de « la république par taie question qui n'aurait d'autre effet que <le nous jeter dans « la guerre civile. »
La guerre civile 1 Ah 1 que l'on s'adresse aux instincts francs et généreux de la nation, non à ses passions; que chacun puisse, à l'abri de toute crainte et de toute inlluence, manifester son opinion, et nos luîtes intcsti'ics ne seront pas ensanglantées!
Comme la vraie i-eligion. la vraie liberté est tolérante, et elle n'excite jamais les hommes les uns contre les autres. Ce n'est que lorscjn'c'.le dtAJcnl ano^^Miil»' et tyrannique, que la guerrd civile est imminente!
Dans tous les cas, elle serait peu redo\itable, si elle ne \icnl (pie d(^ ceux (pii rejetteraient la discussion, et qui prolesteraient contre In véritable expression duinujs.
« \^ous avez la certitude que le gouvernenivul républicain en sortir ait victorieux; « mai<i vous désirez La épargner ce douloureux triomphe. »
Ne craignez pas, alors, la discussion ; laissoz-la, au contraire, éclater dans toute sa plénitude, et le triomphe, loin d'être douloureux, n'en sera que plus majestueux et plus aflermi !
Et vous traitez « d'aveugles et de coupables ceux qui nieraient que la République « peut seule garantir, aujourd'hui, l'ordre et la propriété, aussi bien que le pro(/rcs « et la liberté! »
Tel est votre avis suprême : vous n'êtes que depuis quelques heures au pouvoir, et déjà votre œil est infaillible ; il n'y a déjà plus que vos systèmes d'admissibles, et qui doivent dominer ! -
Enfin, vous êtes satisfaits 1
Le principe républicain est très répandu, sans doute, mais il faut à sa consécration la majorité des suffrages de neuf millions d'hommes, majorité qui aura seule le droit d'établir des principes généraux et absolus !
Mais, dirai-je le dernier paragraphe de cet article draconien ?
Oui ! car la vérité est la sœur ainée de la liberté, et l'on tuerait la liberté si on lui ravissait sa sœur.
Vous avertissez enfin, « que vous ne muriez accepter nue mitre forme de (jouver- « nement, et vous êtes décidés à considérer comme une intrigue et comme une <t trfdiison, et à traiter comme telle, toute combinaison qui remettrait en question '< la République proclamée dans les journées de février. »
Oh ! pouvoir suprême î robe de Déjanire 1 il faut donc que lu consumes impitoyablement ceux-là même qui ne la revêtent que par cas fortuit, et pour un' instant plus ou moins court!
Citoyens Gouverneurs, si étendue que soit votre puissance momentanée, si rigoureuse que soit votre volonté, il ne vous est pas donné de pouvoir pénétrer au fond des cœurs de neuf millions d'hommes, et d'y changer ou étouffer les désirs qu'ils renferment. Dieu seul peut connaître en cet instant la majorité des opinions qui nous agitent, et qui vont apparaître!
Prenez garde ! les opinions ont d'étranges et subits revirements; neuf millions d'hommes ont, comme les flots de la mer, leur flux et leur reflux; on ne peut pas toujours maîtriser les hommes et les événements, fiït-on un Odilon Bnrrot; et les mêmes causes produisent les mêmes effets !
Mais il vous est donné d'assurer à jamais les destinées de la France , si , à force d'honneur et de loyauté, vous contraignez la loyauté et l'honneur des partis; si bien, que la Chambre sort /« véritable expression du pays et qu'il n'y ait ni surprises ni malentendus ; si bien, enfin, que personne ne pouvant plus protester, parce que sa voix aurait été comprimée ou méconnue, chacun cédera au parti vainqueur, sinon sans regret, du moins sans récrimination ni arrière-pensée !
Ma voix n'est pas la seule qui se soit élevée en cette circonstance; dans tous les cas, je n'aime pas plus le despolime dans onze souverains, qui gouvernent à la fois, que dans un seul potentat; et le National lui-même m'a enseigné le droit de protestation par les paroles suivantes insérées dans un article du 21 février dernier :
Qui laisse mettre la main sur un droit est bien près de tes abandonner tous.
Enfin ce journal dit dans le même numéro :
« Jband'inner ceux qui protestent et qui résistent , ce n'est pas seulement une imprudence^ ccst une lâcheté. >«
Voilti pourquoi je proteste I
Paul Dejort.
P. S. Tandis que cet opuscule était sous presse, les journaux publiaient une circulaire du ministre de l'intérieur sur les pouvoirs dont sont investis les commissaires envoyés dans les déparlements.
Cette circulaire se résume ainsi :
Les commissaires provisoires ont un pouvoir illimité.
Ils ne relèvent que de leur conscience, et ils doivent faire tout ce que les circonstances exigeront pour le service public.
Partout, ils doivent changer les préfets et les sous-préfets, pourvoir au remplacement des maires et adjoints, et, si les conseils municipaux sont hostiles, constituer une municipalité provisoire.
La force armée est sous leurs ordres : ils la requièrent, la mettent en mouvement, et peuvent, dans les cas graves^ suspendre un chef de corps.
Ils surveiller uni la mngiitrature inamortUe, cl il- •-••%.'•• •••— -«»*►* *.If^ .t.. tiroil rl«î !»ii»p"n«»ioii qiir Inir ronfÎTT li'ur au^Ti/'
L'i (liK alioii (lu |)a\!i n'est ()a^ fiili-; ( :r«| .1 rut a ie guiiii^r.
Ijifiii, pas <!«' transaction, pas de roniplaitaii' c.
OIn pronirt, ot iiotii voilà l>i<-n aiimoin* .iut»t iibrrt quecet iolclaU aut(|i»rU un colonrl di^nit : SoUl.its ! vr»u* èl»'^ lihrr*. m li* \r premier j... f j .'
voir -iH i((. 111 I'Imi i"'''i> i'* lui l>riif"' l-i !' . i.r^iHi''
Imprimerie de CoMtn, ne do Foor :J«lni-(i«riiu:o . 47.
KÈPLHLrOll' IKVNCAÎSi:.
* LIBERTÉ. ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
Le Cûmmaïuijnt TAU II ll)( , àf CisUlBaBlMtnlifr
(DOiBTKMOT DC LOT .
A SES (ONCIIOUAS. Il\l5n WT (F nKPVKTEMEM.
MkS CIIIIRS CONCirOTFNS,
KiU d'un ancien n-puMirain, un \ieut soldat dont troi* fr .t moiis «u
cliatn|) d'Iiduncur; «pii , né à l'auron* «le notre pren»i«re R«| ... .. j..<-. r^r cr g()U\ri nruH'iit depuis X.\ aun ; <pii ne doit ton» >e* çrade* qu'a l'ancirnikele ri non .1 l.i ia\eur; ipii, i\mi* na'earrière militaire d* n'a wv^
et non h* pouvoir , et qui n'a et n'aura d'autre niul .. .,... le» int> . . . , , et HeH droit:», vient a\ee eonlianee »ollieiter vos tutlrafe» a U rrpi>r«rnljlion N ilion.lle.
Si uil de\()iin»ent !*.»i»> l)orne .i la patrie, »i l'intt'ntion l»ien arrVl^ cl I » résolution de remplir x rupuleu!MMiient le* devoirs de Ileprt'^nlJiil du IVupk» , sont th's liljeH .Hulli»ants pour obtenir eett«' luirtpie «le riuilî . il iloil et)n»pl«r >ur \o!* \oti*!i , eouum* dvousjure «pie \i»u* p ,
sa lidilitt* iuehraulalde .\ m*> eni;a{;cnuMi t» ; nul »acnnee, mrmr relui d»» %* %te . ne lui iMnilei.» pour <*,», «piiller .t\i*e une aboégali euer|;ie, de sa iiusiiou de M.tuil.âlaire du Peuple. " , .
hauteur des rirconslanees.
Sa devise sera : tout par le peuple, tout pour le peuple.
Voici les principes qui dirigeront sa conduite à l'Assemblée Nationale, si vous lui faites l'honneur de l'y nommer.
Il pense que cette Assemblée doit à la Nation : *
1° La déclaration à la face du monde, que la République Française existe par la volonté du peujDle, qui saura la maintenir; qu'elle veut être indépendante, et qu'elle respectera l'indépendance des autres peuples ;
2° L'établissement immédiat du Gouvernement Républicain, sur les bases les plus larges de la démocratie ;
3" Protection entière et efficace à l'agriculture, cette nourricière des peuples;
— établissement d'une caisse de prêt ou d'escompte jTar département; — les emprunteurs pourront se liquider au moyen de j)aiements successifs ;
bC L'organisation du travail ; — le capital travail doit participer aux bénéfices du capital monétaire ;
5* L'instruction primaire gratuite ; facilité à tous les enfants qui se distinguent par leur capacité et leur intelligence, de suivre, aux frais de la République, l'instruction des écoles secondaires et du haut enseignement ;
6° Réduction de tous les emplois et fonctions inutiles ; — ceux maintenus, rétribués suivant leur importance ;
1" Nouvelle assiette de l'impôt direct sur des bases plus égales, partant plus équitables ; — révision du système hypothécaire ;
8° Impôt sur les objets de luxe, tels que chevaux, voitures, chiens, etc. ;
9° Réduction des impôts indirects qui pèsent sur les denrées de première nécessité, belles que vin, viande, sel, sucre, etc.; — révision des droits d'octroi ;
— augmentation des mêmes impôts sur les besoins factices , tels que café , thé , liqueurs, tabac ;
10» Liberté des cultes, égale protection pour tous ;
11° Liberté de l'enseignement public; — surveillance du Gouvernement Républicain dans tous les établissements;
12° Organisation des Ga-;d(>s nalionales ; — réduction, qnandles circonstances le permettront, de l'elTeclif de l'armée soldée et formation d'une forte réserve;
13° La paix, si les autres Gouvernements nous laissent tranquilles chez nous,
— la guerre, s'ils veulent s'immiscer dans nos affaires intérieures, ou intervenir, 2)ar la force des armes , chez les peuples qui chercheront à reconquérir leur nationalité.
Montpellier, mars 18/|8.