‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 21 sur 236 · A. CAUVIN · texte numérisé non relu

A. CAUVIN

Marseille. — Imprimerie Barlatier-Feissat et Demonchy.

AUX ELECTEURS

Des Bouches-du-Rhône.

MAIXIIFESTE ELECTORylL.

Citoyens, ! Si la mission que les hommes de

Des hommes connus de vous par leur votre choix vont être appelés à remplir

patriotisme et l'opposition désintéressée qu'ils ont constamment faite au gouvernement déchu m'ont jugé digne d'être présenté à vos suffrages.

J'ai accepté cet honneur avec reconnaissance.

est imposante et glorieuse, elle n'est peut-être pas non plus sans périls.

Voilà pourquoi je n'ai pas hésité.

Si vous me choisissez^ mon dévouement sera sans réserve.

Je n'ai pas été le premier à reconnaî-

tre la Répiihlique, mais je serai le dernier à l'abandonner.

Comme la sentinelle avancée, je saurai , s'il le faut , mourir à mon poste , plutôt que de laisser violer la consigne dont vous confierez le maintien à ma vigilance.

La Liberté est comme le soleil, elle luit pour lout le monde: donc, pas d'iuliniidation au nom de la Liberté.

11 faut que l'opinion publique, qui seule doit gouverner en France , se fasse jour dans nos assemblées.

Liberté complète , mais liberté pour tous !

La France n'a pas renvoyé son roi pour se dofmer des proconsuls.

Les membres du Gouvernement provisoire, ces lionimes antiqiies qui, pendant la tempête, ont dirigé le vaisseau de l'Elat avec la Liberté pour gouvernail , ont toutes mes sympatbies ; mon admiration pour eux est profonde ; mais , à côlé d'eux , malgré eux , peutêlre, quelques honmies, par les dispositions qui rappellent les mauvais jours d(î 171'3, ont porté l'inquiétude dans beaucoup d'esprils.

Il faut que la confiance publique, qui s'est retirée devant des provocations imprudentes , reparaisse et grandisse.

Nos destinées dépendent de nousmêmes.

Ouaîit à moi , si j'obtiens l'bonneur de vos suffrages , je combattrai l'anarchie comme la diclalure } je crois que si nous ('conlions ceilaius bommes , nous louiberions l)ieutét dans l'une ou l'autre de ces deux extrémités égalcnuMil d<'j)l()rables.

Pour (jiic le sort des populations s'améliore, il faut que la production s'accroisse; or, on ne peut demander d'accroissement de j)r<)du( lion qu'à l'agriculture et au commerce.

Pour que le pays soit florissant, il faut que l'agriculture soit honorée, encouragée suitout, et que le paysan ne soit plus le serf de la nation. La disette serait aujourd'hui notre plus grand danger; il faut que nous arrivions progressivement à nous suffire à nousmêmes dans toutes les circonstances possibles.

Si j'avais l'honneur de siéger dans l'Assemblée Nationale, je voudrais, en diminuant 1 impôt , rechercher les moyens de mieux répartir les charges de l'Etat.

Je voudrais que l'instruction fût gratuite, afin que la pairie ne fût pas exposée à perdre une intelligence capable de l'illustrer.

Je voudrais que les fonctionnaires élus représenlants du peuple ne conservassent aucune autre fonction, et je prêcherais d'exemple en donnant ma démission du grade que j'occupe. Un rep ésenlant ne doit être préoccupé que des intérêts du pays.

J'ai toujours défendu, et je défendrai toujours le commerce , source de la j)rospérilé nationale.

Je crois enfin que toutes les sages améliorations dont je serai le plus zélé partisan ne pourront s'accomplir qu'à une condition : c'est que l'Assemblée Nationale, sortie de vos comices, donnera des ordres à tous et n'en recevra de personne.

Soldat et catholique , je défendrai toujours la re4igion de nos pères. La religion est le (laml)eau de la liberté, le lien entre le passé et le présent; c'est elle qui a préparé rémancipation des peuples : sans elle point de société possible.

Cilojens ! j'appartiens à l'armée , mais je suis aussi du peuple, d'ailleurs, le peuple et l'armée aujoui tl'hui ne font qu'un, au grand désespoir des ennemis

de la République. I/armce sortie du peuple restera ce qu'elle fut toujours , l'avant-garde de la France.

Les partis sont tombés , mais la nation, grande et forte, reste debout sur leurs ruines.

Il faut qu'elle conserve le premier rang qu'elle a repris et qui lui appartient parmi les nations ; qu'elle n'attaque personne, mais qu'elle soit prèle à se défendre contre tous; aussi je considérerai comme ennemis du pays tous ceux qui, en présence d'éventualités menaçantes, parleraient de désarmement.

Comme soldat, j'ai servi mon pays, sur les champs de bataille, en Afrique; c'est là que j'ai gagné ma modeste position , personne dans l'armée ne me désavouera.

Mon passé répond de mon avenir.

H y a près d'un an , j'attaquais avec toute l'éuv-rgie de mes convictions , le projet de loi sur les remplacements militaires. Le journal qii a publié alors mes opinions est le Courrier de Marseille. Tous les députés , tous les pairs

de France, et bon nombre de jurisconsultes , ont reçu par mes soins l'article dans lequel je m'efforçais de démontrer que ce projet de loi , s'il était adopté , aurait pour résultat de détruire l'esprit de l'armée, de porter atteinte à la liberté des transactions et de donner au ministère de nouveaux et puissants moyens d'influence électorale.

Le débat à la chambre des pairs a prouvé que j'avais raison.

Quand j exposais ainsi ma position, quand , seul peut-être de l'armée , je prenais en main la cause des pères de famille, je n'avais, comme aujourd'hui, pour vivre que ma solde d'olficicret ma pension de la Légion-d'Honneur.

Je sacrifierai toujours ainsi mes intérêts à aies convictions.

Citoyens, si vous méjugez digne de vos suffrages, ma vie entière sera employée à les justifier.

Salut et fraternité, Auguste MATHIEU.

Membrj de la Lé /ion d' Honneur , officier au 25* régiment de ligne.

Imprimerie de Jules Barile, place de la République, 4.

AUX ELECTEURS

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