‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 222 sur 236 · CITOYENS DE L'AUVERGNE · texte numérisé non relu

CITOYENS DE L'AUVERGNE

Recevez tout ce que m inspire de civique recounaissance la glorieuse candi dalurc que vous m'avez oiFerte. Merci d'avoir compté sur moi aussi bien après la victoire que pendant le combat. Dans l'immense carrière où nous avons marché ensemble , il faut à chaque jour une lâche nouvelle. La liberté n'est pas de ces biens au sein desquels l'avare peut dormir quand il les a thésaurises. Elle n'est mère féconde qu'autant qu'elle est sans cesse fertilisée [jar le travail. La république n'est qu'un instrument, le meilleur de tous, pour creuser le sillon, pour y déposer et y faire prospérer le germe ; mais si le laboureur appelé à l'œuvre veut s'assurer bonne récolte et n'en manquer aucune, il ne doit comj)ter sur aucun repos. 11 ne faut à l'homme dévoué à son pays d'autre repos que celui de la tomlje. Après avoir laborieusement lutté pour expulser nos ennemis, travaillons donc encore, travaillons toujours pour assurer et grandir chaque jour les bienfaits de notre conquête ;

Travaillons pour que la République ne soit pas un vain mol; Travaillons ^Dour que les vertus réjoublicaines se développent et se multiplient au fond des cœurs ;

Travaillons pour que tous les hommes d'aujourd'hui deviennent meilleurs , et que leurs enfants les dépassent encore ;

Travaillons pour ouvrir à l'humanité toutes ser. sources vives ; Ne laissons perdre aucune semence, ne laissons avorter ni se dessécher aucun fruit.

Mais pour être toujours au niveatj de la tâche, il faut beaucoup d'étude, beaucoup de raison. Aidons-nous dans cette voie de labeur , et soutenons-nous de tous nos efforts pour ne jamais tomber. N'oublions pas que la République est le bien de tous , la chose de tous , et ne doit pas être le bien des uns au détriment des autres. 11 faut que tout le monde gag;iie à cette divine conquête ; mais pour que rien ne nous on échappe , n'épargnons aucrnKî peine, aucmie victoire sur nous-mêmes et sur les autres, aucune étude, aucune fatigue

Bien des yeux sont encore fermés. Ouvrons-les à force de lumière, mais non à force de violence. Frappons tous les esj)rits d'évidence plutôt que de terreur. La liberté, pour être forte, n'a paslx'soin de terreur.

Ce sont ces sentiments , citoyens , que j'ai eu l'iionneur de répandre , sous vos inspirations, pendant mes trois bonnes années de séjour en Auvergne. J'essaierai de les faire déplus en plus com[)iendre et appliquer, si vous confirmez dans mes mains le mandat auquel vous m'avez dit de me préparer.

Recevez , je vous prie , mes chers concitoyens , l'expression de ma reconnaissance et de mon fraternel dévoùmcnl.

A vous de cœur et d'âme , TRÉLAT.

Paris, le 19 mars 1848.

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