DU DÉPARTEMENT DE LA SEIXE
Citoyens,
Vétéran delà presse libérale et démocratique, voué depuis plus de trente an* à 1 étude, aux débats, je dirai presque au maniement quotidien drs questions politiques et législatives, je me présente à vos suffrages sur l'invitation et avec l'appui de quelques-uns d'entre vous.
Après 1830 , je me suis refusé deux fois à une candidature qui m'eût placé dans la situation équivoque d'une éligibilité fictive. Les journaux du temps (l) ont publié les motifs de délicatesse et d indépendance qui déterminèrent mon refus.
Ces motifs n'existent plus en 1848; et pour être candidat bien tardif, je ne crois pas avoir moins de droit à votre estime : j'en appelle à ceux d'entre vous qui ont connu mes précédents et en ont gardé quelque souvenir ; je prie les autres de jeter les yeux sur l'énumération rapide que je joins à cette circuhure.
Voilà, dirai-je aux seconds comme aux premiers, voilà ma vie d'écrivain et de patriote ; c'est à vous, citoyens électeurs, c'est à vous déjuger si mon passo vous inspire conliance pour l'avenir, s'il me donne des titres suOisants à \otre adoption, s'il vous offre les garanties que vous exigez d'un loyal mandataire, si votre choix toml)era sur un homme dont l'expérience et le caractère apporteront dans les travaux de la nouvelle Assemblée constituante une action éclairée, utile, dévouée aux intérêts véritables de la patrie.
Républicain par mes idées, par mes inspirations , par la simplicité de mes habitudes et de mes goûts, je l'avouerai sincèrement, toutefois, la République française a surgi plus vite qu'il ne m'était donne de le prévoir; elle a tram lu d'un bond les degrés intermédiaires que lui aurait fait parcourir la raison humaine. Mais n'est-ce pas sur cette raison, qui vient d'elle aussi, <]ne la Providence a compté en quelque sorte, lorsqu'elle a prête an coup d état populaire la rapidité de la foudre, lorsqu'elle a miraculeusement accompli eu un jour l'œuvre d'un siècle?
(1) Voir entre autres, le Courrier des Electeurs da il juin ld3i.
Cette œuvre de la force souveraine du peuple va désormais être confiée à la sagesse autant qu'à lenergie de ses représentants. A ceux d'entre vous , citoyens électeurs , qui pensent comme moi que l'alliance de ces deux vertus est nécessaire à raffermissement, à l'organisation, à la durée des institutions républicaines, j'ose demander un mandat dont j'apprécie tout l'honneur, mais dont je comprends tous les devoirs et, s'il faut le dire, tous les périls.
Qu'il me soit permis de me reporter, eu terminant, à la pensée intime à laquelle j'ai oLéi dans le cours de ma carrière d'écrivain, et qui présiderait à ma carrière législative : qu'il me soit permis de dire que, sous l'impulsion de cette pensée, mes écrits sont d'un moraliste plus que d'un publiciste.
Cette disposition d'esprit et de cœur ne sera-t-elle pas Lien venue au moment où l'absence de toute force matérielle et administrative bien régularisée impose aux législateurs l'obligation plus impérieuse de reconstiniire fa foi*ce morale , et de lui restituer tout son ascendant ?
Et cependant, n'oublions pas que les affinités delà République française, autant que les peuples modernes se peuvent comparer aux anciens , sont avec le génie d'Athènes beaucoup plus qu'avec les mœurs de Sparte.
CAUCHOIS-LEMAIRE, Chef de la section législative aux Archives nationales.