‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 38 sur 236 · DU X ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

DU X ARRONDISSEMENT

Au moment où tous les citoyens sont appelés à se réunir pour envoyer à la Coti • vention ceux qui , par leur caractère et leurs CTpacitcs, peuvent le mieux déf<'nclrc nos droits et nos inlércts , il me semble à propos (le soiimcllre au jugement des électeurs les réflexions suivanlcs :

Il est actuellement démontré que le seul gouvernement possible en France, c'est le gouvernement lépublicain, puisque c'est le seul f|ui p>iiss(! sérieusement répondre aux besoins d(^ tous. Nier cela , c'est nier la luiiiière , c'est jctrr inutilement du trouble dans les idées des personnes faibles ou timides par nature.

Ce qu'il importe donc aujourd'liui, et ce qu'on ne saurait trop répéter, c'est de prendre les mesures nécessaires pour se mettre en garde contre les influences dos iiommcs plus ou moins habiles dans l'art do séduire ou de persuader, afin de rester libre, sincère et vrai dans son jugement. Autrement le suffrage universel ne serait (prune véritable (iclion. H faut donc que chaque citoyen soit bien pénétré du devoir qu'il a à remplir dans une circonstance aussi solennelle.. Il faut penser (]ue toute riiurope nous ugarde ci nous ailend à la grande œuvre (pu doii erdin décider à jamais l'ensevelissement des troncs monar-.chiques et le triomphe de la liberté.

Une idée assi z généralemeni répandue, et contre laquelle je prolcslc, c'est de croire

que notre choix doit se fixer exclus! vemen sur ce qu'on appelle aujourd'hui les réput blicains de la veille, c'est-à-dire ceux quiavant les derniers événements, faisaient une opposition vive au gouvernement déchu, eu proclamant partout les idées républicaines. Certes, notre reconnaissance et noire admiration ne sauraient être trop grandes pour ces hommes courageux sans lesquels la révolution n'était pas possible. C'est à eux qu'appartiennent les lauriers de la victoire, c'est à nous à les glorifier de leur trioiuphe, c'est à nous à les p.roclamer partout les coiuiuéranls de nos lil crics.

Mais après le combat qui décide la victoire, après la conquête erdin, il fallait relever les victimes, et le premier besoin (qu'éprouvait noire cœur, c'était de leur rendre un dernier hommage, en déposant sur leur tombe la couronne du marlyr. Ce devoir, nous l avons iemj)li dignement. Mais c'est ici (pie la scène change tout-à-coup.

Les hommes de la veille, (^ui se sont illustrés dans la balaille, ont rempli glorieusement le mandai qu'ils s'étaient imposé ; la révolution est terminée, l'ancienne dynastie est chassée. La Uépublique triomphante est proclamée, et avec elle les principes irrévocables de uBiiRTii , égaijté, fra-

TEUNITÉ.

Donc il n'y a plus aujourd'hui en France (|ue des citoyens (|ui sont libres , qui sont égaux en droit et qui sont frères.

Plus de distinction entre les républicains d'hier et ceux d'aujourd'hui. Plus de privilèges, plus de corruption, plus d'intrigues. Tout doit être mis en délibération ostensible et publique et ressortir de la majorité, qui approuve ou condamne. Le mérite seul, reconnu parles masses, a droit aux suffrages. A mérite égal, et seulement dans ce cas, la préférence doit tomber sur le républicain de la veille.

Qu'est-ce qu'il nous faut aujourd'hui, et qu'est-ce qui peut sauver la France? C'est une Chambre composée d'hommes honnêtes et d'une capacité réelle.

Il faut donc se pénétrer tous de l'importance qu'il y a pour chaque citoyen de s'affranchir de toute influence extérieure, de celle surtout si commune de nos jours : l'influence de la parole facile et brillante; de ne se fier qu'à ?on propre jugement, qui doit lui faire choisir tic préférence le fonctionnaire le plus impartial , le plus honnête et le plus propre à remplir l'emploi qu'on lui confie. C'est sui- sa moralité et sur ses capacités intellectuelles qu'il nous importe sui tout d'être parfaitement renseignés. Nous ne saurions donc h cet égard porter trop loin nos investigations.

Qu'est-ce qui ne comprend pas aujourd'hui qu'il n'y a de salut pour la France que dans l'unité et dans l'ordre qui en résulte? Qu'est ce qui pense à une restauration? quelques insensés ou quelques intrigants ; or, il est facile de faire revenir les premiers de leur erreur, et on confondra incessamment les autres. On peut donc choisir sans crainte parmi tous les citoyens honnêtes et cap:ibles sans s'attacher exclusivement il ceux que l'on est convenu d'appeler les républicains de la veille.

L'homme passionné, actif, ardent, est assurément l'homme nécessaire, indispensable pour déterminer la révolution ; mais ensuite, lorsqu'il s'agii d'organiser, de combiner, d'établir délinilivemeut un gouvernement régulier, où les intérêts de tous doivent être protégés, il faut des hommes d'une capacité toute difTérente. C'est alors qu'il faut appeler à la direction des affaires de l'État des hommes sages et réfléchis, des

i hommes d'une expérience pratique et qui ! ont fait preuve d'intelligence dans des cir- I constances difTiciles, sans jamais rien perdre de leur dignité personnelle. Ces hofnmes-là sont d'autant plus précieux qu'ils sont rares et, par conséquent, difficiles à trouver. Mais il s'en trouve dans les républicains du lendemain comme dans ceux de la veille. C'est à nous tous, électeurs, à nous consulter fra- , ternellement, sans passion, sans haine pour le passé, sans idée fixe arrêtée à l'avance, sans autre idée enfin que le salut commun de la patrie.

! Certes, la tâche est laborieuse et difficile dans un moment où tous les intérêts particuliers sont plus ou moins compromis , résultats inévitables de la révolution.

Nous avons un gouvernement provisoire composé d'hommes dont le dévouement a été soumis à de rudes épreuves; il n'y a donc pas lieu de douter de leurs intentions. Si cependant quelques - uns parmi nous pensaient (ju'il se trouve, dans le gouvernement provisoire, un ou plusieurs de ses membres qui ne sembleraient |)as réunir toutes les qualités désirables pour répondre à la confiance générale, je soutiens qu'il serait insensé de voir là un sujet d'alarme ou d'inquiétudes sérieuses, puisque rien encore n'est définitivement constitué. Dans une révolution comme celle qui vient de s'accomplir, il y a des hommes qui, pour le moment, sont indispensables ou qu'on ne saurait repousser sans un grave inconvénient. Il en résulte quelquefois des actes déplorables, sans doute, mais auxquels cependant il ne faut pas attacher plus d'importance qu'ils n'en méritent. Il faut comprendre que l'on ne peut pas en quelques jours reconstruire, sur des ruines encore brûlantes du volcan qui les a formées , un édifice solide et magnifique que tout le monde puisse admirer.

Les jours passent vite et les heures même sont précieuses dans le moment actuel. Il faut donc employer notre temps utilement. C'est le perdre que de le passer à des dissertations intempestives, surtout en s'occupant de ces grandes questions de l'organisation du travail, dont le gouvernement pro-

visoire s'occupe, puisque le résultat de cet important problème sera soumis incessamment à la Convention. C'est d'ailleurs une de ces grandes questions qui ne peuvent être résolues que par des hommes pratiques et toul-à-lait éclairés dans la connaissance de ces nombreux systèmes qui, depuis longtemps déjà , ont été imaginés par divers {philosophes socialistes.

La question importante aujourd'hui, c'est de comprendre l'extrême nécessité qu'il y a de chercher à rassurer les plus timides , les plus craintifs ou les plus incrédules , que la République n'est pas, ainsi que tant d'insensés le répètent , un rêve de l'âge d'or, une utopie impossible à réaliser; mais, au contraire, la seule forme de gouvernement désormais possible en France, parce que c'est le seul qui puisse promettre une Constitution où les intérêts de tous, ceux du riche comme ceux du pauvre, seront également protégés.

Une fois que cette idée sera généralement répandue, on comprendra, sans doute, l'imporlaiice de ne pas s'attacher à ciiliqucr ou a hlàmor, par mille petits raisonnements divers, tous les actes du gouvernement provisoire que chacun interprète à sa manière.

On comprendra alors que le devoir de t(jut citoyen honnête, et doué d'un véritable sentiment de patriotisme, c'est, pour le monjent surtout, de soutenir et de défendre éneigiqiiement tous les actes du gouvcrneiiioiit actuel , alin de pousser de toutes ses forces a iunité, qui seule peut amener l'ordn-, qui, a son tour, anjènera nécessairement lii cunliance et le calme dans les esprits inquiets et troublés.

(.'est dans cet état de calme et de tran- (|uilliié (jue nous pourrons nous alTranchir de luule inlUieniîe extérieure, et pur conséquent choisir, avec conscience et discernement, Ifcs hommes que nous croirons sincèrement les j)lus dignes de notre confiance pi)ur uuus représenter à la Convention nationale.

Citoyens , il faut que nous soyons tous bien convaincus que si nous voulons, chacun en ce qui nous concerne, travailler au salut de la France, c'est surtout en nous unissant pour repousser énergiquement tous ceux qui laisseraient dans notre esprit le moindre doute sur leur dévouement à la République.

Notre choix ne peut donc se fixer, dans aucun cas, sur les hommes ambitieux, orgueilleux , despotes ou égoïstes , qualités précieuses sous un gouvernement monarchique, mais essentiellement nuisibles sous un gouvernement républicain.

Il faut, au contraire , que notre choix s'arrête sur ces hommes sympathiques qui, dans le cours de leur vie, ont toujours montré des sentiments nobles et généreux, ceux qui comprennent que l'intérêt le mieux entendu est celui qui profite en même temps à l'individu et à la société, ceux enfin qui n'ont sollicité, sous les gouvernements passés, ni honneurs, ni sinécures largement rétribuées.

Arrière tous ces insatiables dévorants du budget ! arrière tous ces aristocrates vaniteux, blasés par les abus et les prodigalités de toute espèce ! arrière tous ces vils serviteurs du pouvoir déchu ! Il n'y a plus de place ici que pour le citoyen honnête et laborieux. Le peuple souverain règne et gouverne. Il donnera bientôt au monde cet utile enseignement pour toutes les nations civilisées , que le sentiment des sublimes vertus n'est pas aussi généralement répandu dans les classes élevées que parmi les classes laboiieuses, que c'est, au contraire, à ce peuple, trop longtemps méconnu, qu'il appartient de montrer à ses oppresseurs, qui voulaient le flétrir, qu'il sait vaincre et pardonner, et que ces mots de libiîuté, d'É- GALrrÉ ei de fraternité qu'il proclame , ne sont pour lui que le synonyme de justice.

GlRALDON, graveur.

lOe légion, 4e bataillon, 5e compagnie.

Paris. — Imprimerie Gerdès, 10, rue St-Germain-des-Prés.

A MES CONCITOYENS

DU

DÉPARTEMENT DE L'OISE

Citoyens ,

Celui qui se présente à vos suffrages doit mettre sous vos yeux sa vie tout entière. Il doit vous faire savoir qu'il fut toujours fidèle au principe inauguré dans les fuils par l'admirable victoire du peuple. Il doit le prouver pour que vous puissiez dire avoc confiance : « Celui qui na jamais changé ne changera jamais. »

J'étais bien jeune quand éclata la révolution de juillet ; cependant plein d'amour déjà pour le principe démocratique, plein de douleur de le voir foulé aux pieds par la royauté, j'alhii en Amérique étudier les institutions républicaines.

J'y restai trois ans, occupé de me rendre compte de ces problèmes politiques et économiques résolus par la sagesse des citoyens des États-Unis. Je revins, ne songeant plus qu'à faire profiler mon pays de mes études. I.c spectacle du bien-ôlre complet que j'avais irouvé partout, dans les villes comme aux champs nouvellement défrichés, m'avait frappé. Convaincu déjà de la grandeur et de la beauté du principe démocratique, j'en voyais et j'en louchais en quelque sorte le côlé iiùle.

Ces principes sont toujours les miens. Je pense qu'il faut travailler à la régénération de nos concitoyens, do nos frères ; par le bien-être largement réparti, leur rendre la vie facile et à bon marché. Je voudrais que

chacun eût un logement sain, aéré, une nourriture suffisanie obtenus, par un travail proportionné aux forces de 1 homme ; et je serais heureux, Citoyens, que vous me donnassiez votre mandat pour m'occuper de cette lâche que rendent aujourd'hui plus facile les principes proclamés par notre Révolution de Février.

Revenu en France eq 183i, je concourus à la fondation de la Revue lîépublicaine. Depuis lors, je n'ai cessé de prendre part à la lutte, en payant de ma porsoime, de mon travail et de mon |)atrimoine. Toute ma vie appartient au parti démocratique. J'ai sans cesse combattu sous sa bannière, et s'il a eu dans SCS rangs des soldais qui se sont mis plus en évidence, il n'en a pas eu de plus iidèle.

Au temps des prrséculions contre la presse, je devins un des fondateurs do la JRt'forme.

Au premier mouvement de la Révolution, j'étais dans les bureaux de ce journal. Les principes de toute ma vie m'ordonnaient de me porter en avant. J'eus le bonheur do contribuer à la chute d'un gouvernement qui ruinait et déshonorait mon pays.

Pas un jour, pas un moment, je n'ai cesse de servir la cause que j'avais embrassée. Avec le concours des citoyens FratK^ois et Etienne Arago, Louis et Charles Blanc, Le-

tlru-Rollin,Lamartine,Quinet, Cayot, Jourl, Thiéry ; j'avais créé en 1844 VAlmanach du Mois, revue républicaine, dont les travaux étaient reproduits avec empressement par la presse démocratique.

Vous savez maintenant qui je fus; ma couleur politique n'est pas douteuse. Quand il y eut quelque danger à la montrer, je no la cachai jamais.

Citoyens, je serai ce que je fus toujours. Plein d'un ardent amour pour cette triple expression du Gouvernement républicain : lAhrrté, légalité. Fraternité, je chercherai à la traduire, en élevant le niveau du bienêtre général. Loin de proscrire la concurrence dans le travail, je dirai : Concurrence Libre ; lutte laborieuse de la main et de l'inlelligonce, combat qui excite l'imulation et croc le progrès. Mais je dirai aussi : Secours •lu faible pour soutenir la lutte, qu'on lui fournisse lo capital nécessaire et les instrumensde travail ! J'ai indiqué dans une brochure qui va êire livrée à l'iiupression, les moyons simples et équitables d'organiser <!es Banques Communales alimentées par un impôt proportionnel sur les successions et sur les revenus.

Je ferai mes elTorts pour que l'état favorise la navigation et'donne au trop plein de , notre [.opulation les moyens d'acquérir cette ! vie large et libre, celte abondance que la ' prévoyance divine a répandue sur toute la ! surface de la terre, afin que l'humanité ne |

I restât pas agglomérée sur un seul point du

! globe.

Profitant de ce que m'ont appris mes voyages et mon expérience, je m'opposerais à ce qu'un centime sortît des cofFres de la République pour des travaux improductifs. Dans la Réforme des 18 et 23 septembre dernier, je rappelais au Gouvernement que, pour une somme beaucoup moindre que celle employée par lui aux travaux d'art sur les chemins de 1er, les Etats-Unis avaient sillonné de rails l'étendue de leur vaste territoire.

Je ne verrais dans le mandat législatif confié par vous qu'un moyen d'arriver à ce double résultat qui me semble résumer le bonheur de mon pays : Augmenter le bienêtre des citoyens en puisant à de plus larges sources; diminuer les charges de l'impôt en réduisant les dépenses.

Je me préoccuperai surtout, Citoyens de rOise, du sort de 35 millions d'habitans des campagnes de cette majorité de la Franco que l'on oublie trop aujourd hui pour ne

s'occuper que du sort des travailleurs des

villes.

Salut cl Fraternité,

EUGÈNE GUILLEMOT, de Ponl-Sainte- Maxence,

1" Adjoint au Maire du l^*" arrondissement de Paris, rédacteur de la Réforme.

Citoyens et ciiers camarades,

agivahles, ils ont nr(|iiis à noiro roconuaissance m'nêrale nos suttVaefes à la Représentation nalionalc. ^^ ^

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