DU DÉPAETEMENT DE LA SEINE
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Le peuple de Paris, après tfois jours d'aiâtoès, Vient dans son propre sang de retremper ses armes ; Il a poussé du pied Rois, Régents, Empereurs: Sur leur trône détruit il a placé trois «œnrd. La première des trois, la LIBERTÉ, s'avance. Portant devant nos pas les destins de la France , A l'urne électorale appelle ses enfants. Demandant au scrutin neuf cents Représentants.-
Levez-vous , hommes purs , et paraissez sans crainte; Offrez-vous à nos choix , et sans af t èl sans feinte. La République veut trouver en ses élus Des talents, s'il se peut; mais toujours des vertus.
Celui qu'à cet honneur l'amour du bien convie Doit ouvrir largement le livre de sa vie, Afin que le passé , dans son sein , vienne orfrir A notre confiance un gage d'avenir.
Peuple, veille à ton droit ! que, publique ou privée, Le candidat présente une vie éprouvée.
Partant, je me soumets, et je n'hésite pas A te livrer ici la trace de mes pas.
A Preuilly , je suis né d'une famille obscure; Mais, ainsi que son sang, sa morale était pure. Un homme vénéré, le vieux pasteur du lieu , Guida mes premiers pas, me fit connaître Dieu. Après être sorti des cours élémentaires, Quatre ans je me nourris d'études littéraires ; J'en faisais mes loisirs , mais j'atteignais vingt ans, Et je ne devais plus surcharger mes parens.
Au banquet social je voulus prendre place; Mais alors j'éprouvai ma première disgrâce; J'y venais, sans fortune et sans profession,- Pensant qu'il suffisait d'un peu d'instruction. -■' Malheureux préjugé qui jette à la misère Tant d'orgueilleux savants qui ne savent rien faire !
Il faut vivre pourtant! je me fais professeur; Cet état fut toujours un refuge au malheur. Désillusionné, je quitte ma Touraine , Et me fixe à Paris au quartier Madeleine. Instituteur reçu , là, pendant dix-neuf ans,
Jec6^sac^ai thi vie au bonheur des enfants; Tous ces enfants grandis sont aujoard'hui des hommes. Citoyens, Electeurs, ils sont ce que nous sorrtmes. Plus de mille, votant dans nos élections ^ Ont goùlé ma morale et suivi mes leçons. Il ne me revient pas d'avoir eu connaissance Qu'aucun d'eux à l'honneur ait jamais fait offense : C'est là mon titre, à rnoi, je l'ofiry avec orgueil; Trop heureux s'il obtient un favorable accueil !
Toujours fin m'occupant du bonheur de l'enfance, Je berçais l'avenir d'une douce espérance; Lorsqu'un foudre de hial, la presque cécité, Fruit amer du travail, de l'assiduité, Étendit sur mes yeux son menaçant nuage. Combien je fus heureux de trouver l'héritage D'un fonds de coutelier , presque de rémouleur ! Un instant ce métier fit blessure à mou cœur ; I Mais qu'importe aujourd'hui dans notre République , i Si le plus humble état est fonction publique. I Ce métier , je le fais depuis bientôt huit ans : Mon gain du jour suffit à nourrir sî,x enfants ; Je n'y veux rien changer; la nouvelle carrière Que je brigue aujourd'hui me laisse dans ma sphère.
Ne craignez point l'erreur dans mon opinion : Je ne puis m'égarer; car, sur notre horizon, Ouze phares brillants ont de la liépublique Devant nous éclairé la route politique.
Je le sens t je ne puis , dans le gonvernement , Présenter le concours d'un savoir éloquent ; Mais j'apporte un sens droit éclairé par l;i tlamme Qu'un pur patriotisme allume dans mou Ame. Je suis Républicain comme est Républicain Le Christ préchant le Scribe et le Pharisien; Comme le sont Dupont, Arago , Lamartine, Comme l'enseigne enfin la Sagesse divine.
0 Pé«i»le t si tu crois qu'un obscur ouvrier Puisse servir les droits sous l'humble tablier, Soumis au jugement de (on aréopage , Oui , Peuple souverain , je brigue ton suffrage.
FRHIIt.'VAIVi» PAItFl,
Coutelier , 4 , rue Duphot, près la Madeleine.
Paris. — Imp. LÀcRÀifpE et FEâfiAti, fae Datiiiette, i.