‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 63 sur 236 · ADRESSEE X TOUS LES ÉLECTEURS · texte numérisé non relu

ADRESSEE X TOUS LES ÉLECTEURS

DU DÉPARTEMENT DE S£INË-£T-\IiIlNfi.

■■HJOOOW II

Messieubs,

C'est avec une joie Téritable, que dans ce moment solennel, où chaque citoyen doit à son pays l'expression sincère de ses pensées, de ses sentiments et de ses opinions, je vais manifester hautement, devant tous, sans restrictions et sans crainte, mes principes politiques.

Je suis républicain, non-seulement parce que je suis convaincu que la République est en ce moment la seule forme de gouvernement possible en France; mais parce que le gouvernement de tous par tous au rrtoyen de l'élection est, selon moi, le plus conforme aux volontés de Dieu et à la dignité de l'homme.

Républicain, non sans doute à la façon farouche et barbare des anciens Grecs et Romains, mais selon les mœurs douces, laborieuses et dévouées des nations chrétiennes.

Républicain, comme le fut cet artisan sublime, du nom de Jésus, cet homme divin de Nazareth, qui, dédaignant la royauté, vécut au milieu du peuple et mourut pour l'humanité.

Républicain, comme ses premiers disciples, qui, enflammés par ses paroles et n'ayant plus qu'une âme, mirent leurs biens en commun, supprimèrent entre eux la pauvreté, et voulurent sur la base divine fonder une république chrétienne universelle.

Républicain, comme ces généreux martyrs du Christ qui, pleins d'une foi invincible aux droits sacrés de l'âme humaine, résistèrent, jusqu'au sang, aux tyrans de la conscience humaine.

Républicain, enfin, comme un homme qui, comprenant la pensée de Dieu sur ce monde, voit avec admiration cette pensée se développer lentement , mais d'une façon irrésistible, dans la marche progressive des peuples vers les droits sacrés de la vie et la conquête précieuse de toutes les libertés naturelles.

Depuis dix-huit siècles, en effet, le christianisme, qui a pour but la régénération de la terre, selon Vordre éternel, planait au-dessus des sociétés humaines, sans pouvoir y pénétrer; repoussé par les rois et leurs courtisans : la dernière victoire du peuple lui assure le triomphe.

Liberté, égalité, fraternité! ces mots trois fois saints, sortis du divin Évangile et résumés de sa doctrine, ces mots vont se traduire en bienfaits pratiques pour le peuple , en institutions sociales pour tous , en puissance d'impulsion vers l'avenir.

C'en est fait : le vieux monde païen est vaincu; il croule jusque dans ses derniers débris ; le monde chrétien, jusqu'ici caché au fond des âmes, va paraître

dans toute sa grandeift*.; à une société pleine de mensonge et de corruption, va succéder une société forte et vraie, fondée sur la justice : l'égoïsme avait tout perdu, la charité doit tout sauver.

Pourquoi ne dirais-je pas ici toute ma pensée? la révolution qui s'accomplit en ce moment est sainte à mes yeux; échappée du cçeur enflammé d'un pape sincèrement - chrétien , comme une flamme d'amour , d'abord elle embrasa l'Italie, puis la Suisse, et enfin la Frange, foyer du dévouement, pays sympathique à tous les peuples, véritable missionnaire de Dieu.

Ouel sublime spectacle! la haine est détruite, les barrières sont brisées, une même foi illumine les peuples, un même amour les transporte, un même but les attire; d'un bout du monde à l'autre, ils se tendent une main généreuse, ils s'appellent comme des amis et s'aiment comme des frères. Ah ! le doigt de Dieu est ici éclatant et visible, il se montre à tous les yeux.

Gloire donc à toi, immortelle Révolution de 18/i8 1 gloire au peuple qui t'a faite! gloire à tous ceux qui te comprennent! Puissent les traîtres et les lâches, puissent les violents, ne pas compromettre bientôt tes sublimes espérances!

La première Révolution, enfantée par les principes chrétiens, moins bien compris alors, trouva des obstacles presque insurmontables; aussi dut-elle faire d'héroïques efforts pour triompher : sa mission fut donc de détruire; la mission de la Révolution nouvelle est de construire. L'une, en frappant, niait tout un passé vieilli et corrompu; en épargnant, l'autre affirme un avenir saint et moral. Pleine de haine, celle-là aj^pelait à elle des démolisseurs audacieux, des niveleurs impies; toute d'amour, celle-ci ne demande, au contraire, que des âmes élevées, des penseurs croyant», des architectes sages et inspirés.

En effet, combien, d'institutions nouvelles à fonder, d'après ces simples principes : que Dieu est bon, que sa sagesse est infaillible, sa prévoyance universelle; que tous les hommes sont égaux devant lui et qu'ils ont tous un égal droit de vivre; que le globe, qu'il a donné au genre humain comme domaine, renferme des trésors inépuisables; que la terre peut aisément nourrir tous ses habitants si «Ile était convenablement cultivée; que la paix, la richesse et la joie ne manquent à tous, que parce que le travail est sans ordre, la science sans principe, la politique sans foi, le pouvoir sans but et les gouvernements sans amour.

Jetons les yeux autour de nous ; tout n'est-il pas à refaire ou à créer d'après les idées de justice et de prévoyance sociales? crèclies pour l'enfance; asiles pour la vieillesse; chaufj'oirs pour les voyageurs; écoles d'adultes, oiï la politique, t histoire et la morale soient enseignées; collèges agricoles avec fermes exemplaires; banques cantonales; ateliers nationaux; — constitution de la commune enfin, de façon à en faire une œuvre véritable, unitaire et vivante.

La memlicilé, cette honte des sociétés chrétiennes, ne peut^elle être détruite par une organisation régulière de travaux utiles et variés, soit d'embellissements ou do propret('' dans chaque commune? La richesse elle-même ne peut-elle être aiigmcnlij; |)ar hr desséeheinent des marais, par le défrichement des landes et le rehoiM>ment des montagnes; par une exploitation mieux entendue des mines et di's carrières; par une agriculture plus savante?

bans doute, un impôt nécessaire et progressif sera établi sur le superflu, c'eat-^dire «ur lu luxe et les grands revenus; mais, ce que le travail uni à la

science aura créé , Vassociatîon ne peut-elle le conserver, et, en le distribuant équitablement, le multiplier au centuple?

Que deviendra V armée, qui coûte par année à la France /lOO millions? Ne peutelle, par un labeur utile, par des œuvres grandioses et nationales, couvrir au moins sa dépense; jusqu'au jour, où un congrès européen, arbitre suprême des nations, rendant la guerre impossible, la transformera, cbez tous les peuples, en armées véritablement industrielles ?

: Coûibien de questions semblables, et de plus ardentes encore, l'Asiâmblée constituante aura-t-elle à résoudre? et combien d'autres, incomprises en ce moment, que le temps fera surgir? Car le problème social que la France va aborder est plus profond qu'on ne pense, plus grand qu'il n'apparaît, plus divin que la foule elle-même ne le croit.

Le peuple, jusqu'à ce jour esclave, c'est f humanité même, affranchie successivement par la parole du Christ. Le problème nouveau est donc le problème de la vie humaine tout entière, tel qu'il a été posé par Dieu, il y a six mille ans, devant le premier homme, qui succomba à l'épreuve; problème que le Sauveur du monde a replacé devant le genre humain déchu, en le résolvant dans sa mystérieuse personne. ■ 09

Gomme le Christ, en effet, l'homme, dont l'origine vient du Ciel, naît pauvVe sur la terre ; la société n'est pour lui qu'une étable ; il trouve à peine où reposer sa tête; son travail est un labeur pénible; sa vie est une longue souflVance, une agonie semblable à celle du Golgotha; mais, comme celui qui s'est appelé le tits de rhomme, il attend la résurrection divine, afin de rentrer glorieux dans les droits de la vie; il attend, calme et résigné, que l'esprit divin descende sur son front abattu pour parler et agir ; alors il sera fort, alors il sera Roi.

Déjà l'union se fait entre le peuple et le culte, entre la liberté et la foi, entre te ciel et la terre; laissez grandir l'œuvre de Dieu, elle expliquera bien des mystères, elle fera naître bien des forces inconnues, elle développera bien des merveilles^ niées par la vieille science.

Devant la grandeur de cette épopée sublime, tout individu est petit ; aussi n'est-ce qu'avec une profonde défiance de moi-même et après mille hésitations, que je me suis résolu à me poser comme candidat à la députation dans mon propre pays. '•

Cependant, si une vie calme et sérieuse, pure de tout alliage avec les gouVei^i nements passés ; si vingt années d'étude employées à méditer jour et nuit tous \o9 graves problèmes que le siècle doit résoudre, sous peine de mort; si des sentiments républicains, fondés sur une foi sincère, et éprouvés tl'ailleurs par le temps; si une indépendance de caractère, qui va jusqu'au mépris de toute position, obtenue par l'intrigue, même la plus innocente, peut me mériWr vos su^ frages, comptez sur moi, je ne trahirai jamais vos espérances.

Dieu et le Peuple, voilà pour la France; — Dieu et l'humanité, voilà pour le monde toute ma profession de foi politique.

Victor CALLAND,

De la commune de Jouarre, arrondissement de Meaux, département â.; Soin«-«t-Maroe

Paris. — Itup. de Lacrampe el Ferliaux, rue Dainiene, 2.

HIPPOLYTE DUSSARD

AUX

Page 1