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CITOYENS ÉLECTEURS DU DÉPARTEMENT DES BOUCHES DURHONE

Citoyens,

Je viens vous demander vos suffrages.

La vie d'un homme de 48 ans est la plus sûre des professions de foi. Voici mes titres à l'honneur de vous représenter :

J'ai commencé ma carrière dans le génie militaire comme enrôlé volontaire en 1815.

En 1830, j'ai été, avec Carrel, l'un des signataires de la protestation des journalistes contre les ordonnances; ce fut le signal de la révolution. Les ateliers du faubourg Saint-Antoine, celui de Pihet, entre autres, ont souvenir de ma visite en ces jours d'émotion. J'ai eu le bonheur de donner par là de nombreux soldats aux barricades. Dix jours après, mes amis et moi nous étions de nouveau les ennemis de l'ordre de choses.

En 1832, j'ai cru le jour de la République arrivé Dix-huit mois passés en

Angleterre ont expié mon erreur de date.

En 1834, Godefroy Cavaignac, notre malheureux ami, m'a choisi pour le défendre devant la Cour des Pairs.

En 18/j8, j'ai fait mon devoir. Après la victoire, j'ai été chargé par le Gouvernement provisoire de rassembler des combattants des trois jours, et d'aller avec eux réprimer les délits commis sur les chemins de fer de Saint-Germain et de Rouen; mission glorieuse, car elle a montré aux populations alarmées que les enfants de Paris, infatigables autant que dévoués, sont prêts à défendre les lois de la Société, de quelque part que viennent les attaques. Le premier drapeau de la République a été déployé pour l'ordre et la sécurité publique.

J'ai fait des questions d'économie sociale, d'administration et de travaux publics l'étude de ma vie entière. J'ai été rédacteur du Temps, du National, d« la Revue Républicaine, fondée en 1833 et tuée par l'arbitraire de l'ancien gouvernement, de la Revue du Progrès, fondée par Louis Blanc, et du Journal de&Economisies, que j'ai dirigé deux années.

J'ai dirigé l'cxploitalion du chemin de fer de Rouen pendant deux ans et demi, et j'espère y avoir conservé des amis.

J ai créé à Ivry-sur-Seine une tannerie basée sur un principe nouveau et aujourd'hui en exploitation.

Enfin, je suis personnellement connu de tous les citoyens membres du Gouvernement provisoire, et je m'honore de l'amitié de quelques-uns d'entre eux, et

de la plupart des hommes qui ont donné le plus de gages à la République. Qu'il me soit permis de citer parmi eux les citoyens Arago, Marrast, Flocon, Louis Blanc, Audry de Puyraveau, Bastide, Guinard, Recurl, Bûchez, Thomas (du National), Etienne et Emmanuel Arago, Flotard, Chevalon, Trélat ; noire vie politique a été commune. C'est là mon plus beau titre.

Mais la politique est le moyen ; le but, cesl V amélioration morale et matérielle du plus f/rand nombre, la participation de tous aux bienfaits et aux résultats de la civilisation. L'économie sociale est devenue la science de l'homme d'Etat ; à mes titres politiques, souffrez donc que j'ajoute une exposition de jirincipes. Je serai court.

Les révolutions rendent les esprits positifs; vous voulez des résultats, peu de paroles.

Les souffrances sont réelles ; les remèdes doivent être prompts. La production qui crée excède toujours, prise en masse, la consommation qui détruit.

Chaque année laisse donc un excédant en réserve.

C'est cette réserve qui forme la richesse, la propriété, le travail accumulé, le Capital, en un mot.

Il en résulte :

Que tout Citoyen a le droit de vivre en travaillant.

Que tout Travailleur a droit au repos, quand il ne peut plus travailler et qu'il a rempli sa tâche.

Les paresseux, les lâches, les débauchés sont seuls hors de ce droit commun. Ce droit, qu'on appelle aujourd'hui le Droit au travail, n'est pas nouveau; il est écrit chez tous les publicistes.

Si vous m'accordez vos suffrages, je provoquerai toutes les lois, toutes les mesures qui auront pour base ces principes proclamés, dès le 2/i. février, par le Gouvernement provisoire.

La tâche me paraît moins difficile qu'on ne pense. Je déclare, toutefois, que je ne chercherai la solution du problème ni dans la charité légale, comme en Angleterre, ni dans l'absorption de la liberté individuelle, comme en Egypte et chez les abeilles, ni dans la communauté de la propriété, comme en certains esprits. La propriété est le fruit du travail, elle est sacrée; à l'impôt seul appartient le droit de l'atteindre, et dans ce droit se trouve le remède aux erreurs de la distribution ; une répartition plus équitable des charges publiques est donc le premier devoir de vos représentants.

Après la constitution de la République, basée sur la déclaration des droits de l'homme et sur le vote universel, je demanderai comme d'urgence :

La révision de l'assiette de l'impôt foncier et des patentes, afin d'arriver au soulagement des plus pauvres ;

Le remplacement de l'impôt dit octroi, impôt odieux, de perception chère et difficile. Chaque famille paye à l'octroi, sur sa viande, son vin, son bois, 170 francs par an ; elle payerait kllO francs si elle consommait ce qui ne serait encore que le plus strict nécessaire !

La suppression de l'exercice et du droit de circulation ;

La révision des droits de douane pour arriver à la vie à bon marché, et par là

aux salaires élevés, conséquence nécessaire de l'accroissement du bien-être général et de la stabilité du travail ;

L'élargissement de l'action de la Banque de France, qui ne prête qu'aux riches, et la fondation d'institutions de crédit directement utiles à la production, au risque de quelques pertes partielles, amplement compensées par l'activité donnée au travail général el en particulier au travail agricole qui produit peu à beaucoup de frais, et que dévore l'usure ;

La révision du système hypothécaire qui ruine tout ce qui le touche, et paralyse 14 milliards de la richesse publique, qui devraient être mis dans la circulation ;

L'abolition de 1 impôt du sel ;

La réforme postale, radicale, complète. Le droit de poste n'est pas un impôt, c'est le prix d'un service. L'Etat outrepasse son droit lorsqu'il en fait un revenu.

Voilà les premières mesures que je réclamerais pour l'amélioration matérielle du plus grand nombre. Elles créeraient du travail stable, durable, constant. L'organisation serait alors prodigieusement simplifiée.

Quant aux améliorations morales et politiques, ai-je besoin de les énumérer? Elles sont écrites sur le drapeau de la République : Liberté, Égalité, Fraternité.

La Liberté dans la presse, dans l'association, dans les cultes, dans la disposition du fruit de son travail.

h'Egatité dans les droits, une responsabilité et des devoirs plus grands dans les hommes appelés à la tête de la nation, la participation de tous aux bienfaits de l'instruction.

La Fraternité dans tous les actes de la vie sociale, le dévoùment de tous pour chacun et de chacun pour tous ; l'éducation basée sur cette sainte doctrine.

Mais je m'arrête. Énumérer toutes les améliorations que j'attends de la République serait trop long. Il y a vingt-cinq ans que je les compte. Je vais au plus pressé. A chaque jour sa tâche.

HippoLYTE DUSSARD,

Ancien chef d'industrie à Marseille.

Marseille. — Imprimerie Nationale. — Association d'ouvriers. PiLLàNDE, quai de Gouti, 9.

AUX HABITANTS

DU

Département de l'Oise.

CITOYENS

Une Assemblée Nationale va donner à la France une constitution : sans me dissimuler la gravité des questions qui vont être soulevées, je me présente à vous, et vous demande l'honneur d'être l'un des dix représentants du département de l'Oise. — Voici ma pensée politique.

Liberté, Egalité, Fraternité. — Abolition de la peine de mort en matière politique. -«- Respect aux propriétés.

Que la souveraineté du Peuple, exercée périodiquement par des élections universelles, soit la base de notre droit public. L'universalité des citoyens est seule incorruptible; si elle se trompe, son erreur est de courte durée, parce que les mille voix de la presse l'éclairent et qu'elle n'a pas d'intérêt à se tromper.

La royauté est , ou despotique, ou corruptrice ; plus de royauté ! mais le Gouvernement de la Nation par la Nation, c'est-à-dire une République glorieuse et forte.

Je veux l'incompatibilité absolue entre la qualité de représentant du Peuple et toute charge publique; le représentant du Peuple doit à la Nation tout son temps et toutes ses facultés; d'ailleurs, lui permettre d'autres fonctions serait le rendre dépendant du pouvoir.

Plus de sinécures, de cumuls d'emplois ; que les fonctions publiques soient confiées aux plus capables sous le contrôle de jurys nationaux.

Que les impôts frappent surtout le luxe et les grandes fortunes pour épargner la subsistance du pauvre.

Que le travail et le salaire soient plus équittablement répartis : vivre en travaillant est le plus sacré des droits ; ainsi pourra régner parmi nous la fraternité. Je sais que pour obtenir ces heureux résultats il faudra surmonter de grandes diffficultés, mais le courage ne doit manquer à personne pour améliorer le sort des travailleurs nécessiteux.

Les productions de l'industrie manquent souvent de consommateurs ; celles du sol n'en manquent jamais : honneur donc à l'Agriculture, c'est elle qu'il faut améliorer et encourager parce que ses produits sont la nourriture du Peuple.

Citoyens, si vous m'honorez de vos suffrages, comptez sur mon dévouement énergique à la liberté çt à la prospérité publiques.

DESCANDILLAG,

Ancien avocat à Sentis, avocat à la Cour d'Appel de Paris.

Paris, Imprimerie de Poussielgue, rue du Croissant 12.

AUX ÉLECTEURS

DU

DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE

CHERS CONCITOYENS

L'examen de la vie et des principes de tout homme qui aspire à l'honneur de vous représenter vous appartient.

A vous le droit de le juger, à lui le devoir de vous mettre à même de le faire.

C'est ce devoir que je viens vous demander la permission d'accomplir.

J'ai déjà fait connaître en peu de mots comment se résume, pour moi, la position actuelle, je vous dois aujourd'hui un compte plus détaillé :

D'abord ma vie passé : — J'avais appris de bonne heure comment on sert la patrie, mon père était mort pour elle; fort jeune, j'entrai dans les rangs de l'armée, j'y servis pendant dix ans ; le 2/i juillet 1830 je donnais ma démission, le 1" août je me hâtai de rejoindre mon régiment. Les chances de grande guerre avant disparu en 1832, je crus que le temps était passé de servir son pays par les armes, qu'il pouvait y avoir une autre manière de lui être utile.

Dès lors, par mes études que j'oserai dire sérieuses, je m'efforçai de me rendre digne de la confiance de mes concitoyens. Baser sur leurs suffrages une carrière que je voulais leur consacrer, a toujours été et est encore le seul but de mon ambition.

Si, dans mes diverses candidatures, je n'ai point eu de succès à enregistrer, grâce à Dieu, je n'ai pas eu à rougir de mes défaites, je puis me présenter à vous le front haut. Si, pendant quatre élections successives, j*ai lutté en face contre le candidat appuyé par le pouvoir, c'est qu'avant tout je voulais soutenir les droits de l'indépendance dans l'élection et dans la représentation du pays. Jamais je n'ai fait d'appel aux passions, aux partis, à l'intérêt individuel; le seul appui que j'aie jamais cherché a été celui que je pouvais trouver dans des convictions sympathiques qui s'unissaient à moi dans une vue commune, impartiale, des intérêts généraux du pays, qui, comme moi, comprenaient sa dignité, et voulaient avec moi assurer l'honnêteté, la sincérité, la vérité du régime représentatif. Maintenant, quels étaient mes principes en fait de gouvernement?

« Voir mon pays jouir d'un gouvernement qui, en assurant des garanties à » tous, laissât à chacun la plus yrande tiberté d'action individuelle possible , ap- » peint peu à peu tous les citoyens^ en proportion de leur progrès intellectuels et » moraux, et dans les conditions d'ordre imposées par l'intérêt général, à la di- » rection des affaires publiques, tel a toujours été mon vœu le plus cher (1). » Voilà ce que j'écrivais en 1842. Je n'ai point la prétention d'être un Républicain de la veille; ce gouvernement de tous par tous que j'indiquais, je le comprenais alors avec la forme monarchique; il est arrivé aujourd'hui dans sa forme la plus complète, la plus absolue; à nous, mes chers concitoyens, de prouver par notre

(1) Circulaire adressée aux électeurs de l'arrondissemenl de Maoles, en 1842.

union, notre sagesse, qu'il est en harmonie avec les progrès sociaux.

Nous l'avons déjà dit, une seule royauté est maintenant possible, celle du peuple, le gouvernement des citoyens par les citoyens, de la nation par la nation. — Organiser, constituer ce gouvernement, telle est la grave et imposante mission de l'Assemblée que vous avez à élire.

Une Constitution ne se fait pas avec de vagues théories; sous peine de bientôt périr, elle doit se baser sur les faits sociaux ; constituer, c'est lier ensemble les parties d'un tout , les organiser sans omettre aucun de leurs éléments ; c'est comprendre tous les besoins, répondre à tous les intérêts; si la Constitution en oublie quelques-uns, bientôt ces intérêts, ces besoins se font jour et préparent sa ruine.

Deux grandes institutions forment la base essentielle de notre société, en étabissent le caractère distinctif : la propriété, ou l'application du moi à la possession du sol, et le mariage ou l'organisation de la famille.

Viennent ensuite deux grands besoins de l'homme et de la société : la liberté, qui seul en fait un être moral ; ïordre, sans lequel toute société est condamné à périr.

Lorsque l'homme donne le spectacle de l'ordre dans la liberté, c'est alors surtout qu'il accomplit les vues de son créateur et s'élève à toute la dignité de son être.

S'appuyant sur ces deux grands faits, la propriété, la famille; sur ces besoins, la liberté et l'ordre, quelles sont les formes que, suivant moi, doit adopter la Constitution?

Ici les leçons fournies par l'expérience et l'histoire doivent nous servir de guides.

Pour ma part, voici les principes auxquels je me rattacherais.

Large représentation basée sur l'universalité des suffrages, pluralité dans le corps délibérant ou deux chambres, sortant également de l'élection, unité dans le pouvoir exécutif.

Deux chambres , toutes deux électives , parce qu'une seule assemblée n'est qu'une force entraînée par sa propre action, aboutissant infailliblement au despotisme ou à l'anarchie.

Deux chambres ralentissent la marche des formes législatives, donnent plus de maturité aux décisions; mutuellement elles se servent de contrôle.

Par leur mode de renouvellement elles répondent à deux conditions; l'une des deux chambres, renouvelée intégralement et à de courtes périodes, est l'expression vivante de la société, l'expression de ce mouvement qui pousse toujours en avant; l'autre, renouvelée par tiers ou par quarts, répond également à cet autre besoin qu'on appelle esprit de tradition.

Quant au pouvoir exécutif, c'est dans l'unité qu'il peut trouver seulement l'énergie et la rapidité indispensables à l'organe de la loi. Ainsi donc un magistrat suprême, sous le nom de président, élu pour un temps égal au moins à la durée de deux législatures.

Tel est, en termes très-généraux, le mode qui me semble le plus propre à servir d'organe à la souveraineté nationale, à faire sortir de la combinaison de» pouvoirs législatifs ce que j'appellerai la raison nationale.

C'est alors que les institutions démocratiques pourront se dévelop per dans toute leur force et leur puissance.

Par \e droit conféré à tous, vous relevez chaque citoyen à ses propres yeux; par le sentiment de dignité attaché au droit, vous faites pénétrer dans les masses le sentiment du devoir. ,/'{ ,^j.

Par l'action active de toutes les libertés, par les rapports nombreux créés par les élections, les associations, les assemblées publiques, vos mœurs acquerront plus de vigueur, de franchise, de virilité; tout homme qui aspirera à sortir de la foule devra toujours être prêt à comparaître au tribunal de l'opinion publique.

Enfin , d'une représentation véritable et complète expression de la sagesse du pays, nous devons espérer les améliorations, les réformes salutaires que nous sommes en droit d'attendre, ainsi que la solution, dans les limites du juste et du possible, des problèmes que l'économie sociale laisse encore à résoudre.

Ainsi, instruction gratuite largement départie qui, dès l'enfance, éveille dans l'homme l'intelligence de ses droits et de ses devoirs; organisation d'un enseignement professionnel répondant plus directement que l'enseignement purement classique aux besoins de l'agriculture et des autres industries.

Allégement des charges publiques par une sévère économie et la simplification de certains rouages.

Tout en conservant dans sa force la centralisation gouvernementale, relâcher les liens qui étreignent la Commune , lui rendre plus d'initiative, plus de vie.

Répartition de l'impôt telle que, sans toucher à la richesse et au crédit publics dan^lçyfs sources, il pèse de la manière la moins onéreuse sur les ql^s^es pauvres. ' ^.,j^;,.

Effacer de nos règlements fiscaux toutes ces mesures vexatoires qui doublent en quelque sorte les charges par l'irritation qu'elles causent. ,, travailler enfin sincèrement et efficacement à l'amélioration delà condition physique et morale des classes ouvrières.

Rechercher la répartition la plus équitable des produits du tiavail entre les divers éléanents qui concourent à leur création.

Donner un essor vigoureux à l'agriculture par des institutions de crédit, par un enseignement éclairé; enfin, en procurant de nouveaux débouchés à ses ])ro(luils. Telle est une partie des vœux à la réalisation desquels je serais heureux et fier d'employer tout ce que je puis avoir de force et d'intelligence.

Puisse la Franco loucher enfin au port, puisse-t-elle trouver dans l'union, l'énergie, la sagesse de ses enfants, une force qu'elle chercherait en vain hors d'elle-même; puisse notre jeune République, forte par sa justice envers tous, répondant à tous les besoins, soulageant toutes les souifrances, sélancer pure et radieuse vers un avenir marqué par le bonheur de notre chère patrie ! ■*4

S'associer à une telle œuvre, soldat obscur, combattre aux premiers rangs pour une si noble cause, serait pour moi un honneur insigne; le devoir à vos suffrages serait pour moi l'objet d'une éternelle reconnaissance. U; Agréez, mes chers concitoyens , l'assurance de mon entier et fraternel dé-

vouement Napoléon GOLBERT.

Typ. de Ploa frères, rue de Yaugirard, 36.

P^mm — Imp. Lâcoujei et Ce, me SouClot) 16.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

HEPRÉSEKTATION MTIONALË.

Citoyens ,

La République est proclamée ! la France^va se donner une Constitution. Pour la quatrième fois depuis soixante ans , la monarchie vient de s'écrouler. Après une telle expérience , qui serait assez téméraire pour croire encore à l'efficacité du principe d'ordre qui avait rallié jusqu'ici tant de partisans autour du trône? Puisque la monarchie semble destinée à nous donner tous les quinze ans le spectacle d'une nouvelle commotion sociale, d'une révolution qui vient remettre en question tous les intérêts de la société ; puisqu'au lieu d'une garantie de calme et de force, la monarchie devient périodiquement urje occasion de discorde et de guerre civile, il faut le reconnaître, la monarchie n'est jilus possible; le salut, la gloire , la prospérité de la France , sont désormais dans l'avenir de notre République.

Nous devons donc tous aujourd'hui, par patriotisme, par devoir, par intérêt bien entendu des besoins du pays, nous rallier franchement au Gouvernement républicain. C'est la République qui est aujourd'hui le principe de l'ordre , la source de la puissance nationale; après la République, il n'y a plus que les abîmes, que la guerre civile, que la désorganisation. C'est là le danger qui a réuni en un seul tous les partis, qui a fait de tous les citoyens des républicains d'autant plus sincères, qu'ils étaient plus dévoués à leur pays et plus intelligents de ses véritables intérêts. C'est là le sentiment qui a animé la Garde Nationale de Paris, qui a rétabli l'ordre après la victoire; c'est la nécessité que j'ai comprise dès les premiers moments de la Révolution ; c'est le motif qui, dès le 26 février, m'a fait proclamer la République dans les neuf communes du^canton de Moisselles, dont je suis le commandant (l).

(i) Proclamation adressée par M. Giraudeau h tous les capitaines de la Garde nationale, et affichée dans les communes.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

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