‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 69 sur 236 · JUGE DE PAIX A LA GUILLOTIERE · texte numérisé non relu

JUGE DE PAIX A LA GUILLOTIERE

Notaire en 1824, le citoyen Candy reçoit les circulaires électorales des Peyronnet, Corbière et consorts ; il en fait un paquet qu'il renvoie au parquet de son ressort, en disant, entr autres choses : que le gouvernement s'était trompé d'adresse. Grande colère au parquet suivie de menaces que méprise le citoyen Candy !

En 1830, il partage les illusions des patriotes sur la royauté nouvelle; ces illusions pour lui ne durent pas. En 18ol, il reprend sa place dans l'opposition pour ne la plus quitter. On lui offre des fonctions administratives ; mais il déclare qu'il n'acceptera que des fonctions judiciaires, 1" parce que ses études spéciales et sérieuses se sont dirigées vers le droit que les tribunaux appliquent; 2' parce qu'à côté d'un préfet, ou à sa suite, l'indéiiendance est impossible ; tandis que le magistrat judiciaire peut toujours, quand il est à la hauteur de ses fonctions, et que son ambition est inodeste, garder, s'il a du caur, indépendance et liberté. En 1835, le citoyen Candy accepte des fonctions judiciaires ; le voilà donc du petit nombre des fonctionnaires quoique ; 1otiI( fois, il ne tarde pas à s'apercevoir que le parce que est le meilleur dos titres, non pas seulement

à la faveur, mais encore à la simple justice d'un pouvoir qui court où il est

maintenant. Le citoyen Candy demande plusieurs fois, non pas un avancement, mais une simple mutation de siège; toujours on lui refuse; pourquoi? parce que le siège demandé est dans un arrondissement où la petite inlluence du magistrat ne pourra s'exercer que contrôles candidats ministériels aux élections. Autre motif do refus : c'est que le citoyen Candy irait s'asseoir dans le nouveau siège à côté d'un président de trijjunal aussi distingué par la science du droit que par l'indépendance de son caractère, et qui, à ce double titre, entraîne les électeurs opposants, fiers de marcher sous la direction d'un citoyen si digne de les guider.

Les autorités de l'Isère n'ont pu pardonner au citoyen Candy le crime d'avoir présidé le collège électoral de la Tour-du-Pin, qui a nommé le citoyen Marion,

député de l'opposition , aujourd'hui , commissaire de la République à Grenoble.

En 1844, le citoyen Candy réduit son ambition, et échange une vice-présidence de Tribunal civil dans le département de l'Isère, contre les fonctions plus modestes de juge de paix à la Guillotière (Rhône). Devenu magistrat amovible, va-t-il enfin perdre son indépendance? pas le moins du monde. On peut demander à ses amis (et il en compte dans toutes les opinions d'hier, n'en faisant qu'une aujourd'hui), on peut demander si un défenseur du sytème qui vient de s'abimer, aurait soulemenl osé proposer au citoyen Candy, au nom de l'amitié, ou de tout autre sentiment, une toute petite démarche contraire à ses opinions politiques.

Eu 1845, dans un petit canton de l'Isère, ont lieu des élections pour le conseil d'arrondissement. Le citoyen Candy j^eut avoir quelqu'influence dans ce canton; les autorités de l'Isère lui écrivent de ne pas aller aux élections, et l'avertissent qu'il n'est plus inamovible. Le magistrat destituable court aux élections, et, bravant les menaces, appuie le candidat repoussé par la Préfecture.

NOTA. Le candidat, appuyé par le citoyen Candy, est un homme qu'honore l'amitié de l'éloquent et courageux Lamartine,

L'auteur de cette notice pense qu'il serait bon que tout candidat publiât sa vie politique, au lieu d'une profession de foi. chose si fdcile à faire que nul ne s'y fie.

La République, rien que la République! fallùl-il mourir pour assurer son triomphe; voilà la profession de foi du citoyen Çandy.

Lyon, Imp. de L. Boitel, quai Sainf-Antoine, 36.

AUX ElECTEimS DU VAR.

LIBERTÉ DE CONSCIENCE. — LIBERTÉ D'ASSOCIATION. LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT.

Citoyens,

En venant solliciter vos suffrages, une seule chose me préoccupe et m'anime; c'est rinlérôt du peuple français, son bonheur et sa gloire; sa liberté qui, selon l'expression de Mirabeau, lui est aussi nécessaire que Dieu même. Le peuple c'est tout le monde; propriétaires, rentiers, cultivateurs, ouvriers, industriels, riches et pauvres.

L'immense majorité du pays, l'universalité des Français est appelée à nommer une assemblée qui soit vraiment nationale; c'est-à-dire, la véritable expression du pays.

De cette assemblée dépend le salut de la France; car c'est elle qui doit inscrire dans notre constitution les droits imprescriptlLIes de tous les citoyens.

Ces droits trouvent leur fondement et leur garantie sur ces trois principes, si justes et si vrais, — parce qu'ils tiennent à la nature même de l'homme, — Liberté, Égalité, Fraternité.

Oui, je veux la Liberté; celle qui laisse à chacun sa foi religieuse et politique; son éducation, par qui bon lui semble; sa pensée par quelques moyens qu'elle se produise; cette Liberté, enfin, le contraire de tout despotisme, qu'il vienne d'un seul ou de plusieurs.

,1e veux l'Égalité, ce nivellement devant la loi; la protection à tous, l'instruction pour tous; la rétribution, selon le travail ou l'intelligence de chacun; la défense de la patrie obligatoire pour tous; l'impôt frappant dans les proportions de toutes les fortunes. L Égalité, enfin, le contraire du privilège :t du monopole organisés, assurant pour tous mêmes droits, mêmes devoirs.

Je veux la Fraternité, celle qui doit unir tous les Français, sans distinction d'opinions; celle qui maintient l'ordre, obéit au pouvoir légal; respecte les personnes et les propriétés; qui fait taire l'envie et oubUcr les injures; celle enfin qui assure le travail à l'ouvrier, à l'enfance l'édi'calion et les asiles.

Ces trois principes, Citoyens, se résument en deux mots : Justice et Amour; ils doivent être les bases indéfectibles du grand gouvernement que nous avons fondé, la République.

Des réformes importantes dans la législation de la procédure civile et criminelle seront accomplies, je l'espère, sous une ère, où la défense de ses droits et de la liberté individuelle ne sera plus le privilège de la fortune.

La sincérité dans l'institution du jury doit être une vérité sous le gouvernement républicain; — la diminution progressive de l'impôt, une nécessité.

Le moment est venu de travailler à l'organisation et à l'application de ces principes. L'Assemblée nationale constituante est conviée à cet œuvre fécondé par l'élément populaire.

Aussi, cette magnifique tâche demande-t-elle de quiconque sera votre mandataire l'amour de la patrie, la moralité du caractère,, l'intelligence et le courage ; en un mot, les vertus républicaines.

Pour moi, je serais heureux de recevoir de vous, Citoyens, ce glorieux mandat représentatif; car pour l'homme qui l'accepte n'est-ce pas le plus bel acte de dévouement civique ?

Et si vos sufï'rages me le faisaient obtenir, croyez bien que je défendrais, fût-ce même au péril de ma vie, les grands principes de la France qui l'ont placée à la tête de la civihsation : la Liberté, — l'Ordre, — la Religion, — la Famille, — la Propriété.

Auguste BRUN, Avocat

(du Barreau de Toulon) Suppléant du Juge de Paix.

Brjgnotles. — Typ. Perreymond-Dufort.

AUX ELECTEURS

DB

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