‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 77 sur 236 · DÉPARTEMENT DE L'EURE · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENT DE L'EURE

Chers concitoyens ,

La patrie appelle à son aide tous ceux qui se sentent la vocation de la servir. Si glorieux que soit un tel mandat, en sollicitant vos sufî'rages , c'est moins un honneur auquel j'aspire qu'un devoir que j'accomplis et qu'un péril que j'ambitionne. Notre jeune République semble s'établir providcntielleuicnt. Ne rencontrant sur sa route ni la guerre étrangère, ni l'anarchie, elle n'aura point à subir les terribles nécessités qui ont terni l'éclat de notre première Révolution . et reculé d'un demi-siècle l'alFranchissement du monde. Mille diflicultés, cependant, ne peuvent manquer de surgir. La politique a fait son temps, l'ère sociale commence. Des sujets tout nouveaux, graves, profonds, d'immenses problèmes seront offerts aux méditations du législateur, l^e la solution de l'organisation du travail, question formidable, peut dépondre la sécurité, la grandeur, l'avenir de la République. L'écueil ici est à côté du port.

11 faut donc dans cette Assemblée nationale, qui portera en elle les destinées delà France et la conquête de la pensée humaine, des hommes capables d'apprécier les périls de la situation, de conjurer les événements, d'y laire-face ou d'en assumer la lourde responsabilité. Civisme éprouvé, sympathiesactives, idées saines, larges, généreuses, ardent amour de l'humanité, telles sont les qualités qu'un examen rigoureux doit constater chez vos élus; tout choix où ces conditions ne se rencontreraient pas, serait un danger, toute transaction, basée sur des considérations personnelles, serait un crime.

Cette enquête nécessaire, je la réclame pour moi-même, citoyens; je suis prêt à en subir les conséquences.

Enfant du département de l'Eure, où réside ma famille, où j'ai vécu longtemps, où j'ai laissé mes plus chères affections, mes principes vous sont connus :

Une même communion politique m'unit au vénérable Dupont (de l'Eure) ;Ies meilleurs amis de cet illustre citoyen sont aussi les miens et pourraient se porter garants de mes sentiments patriotiques. Ils pourront dire avec l'austère conviction de la vérité, que le bien public a été la passion dominante, l'idée fixe de toute ma vie; que dans mes discours , dans mes écrits , dans mes actes , je n ai

cessé, suivant la mesure de mes forces, «l'en poursuivre la réalisation.

Mon existence publique s'est partagée en trois phases distinctes.

Méd(;cin dans nos campagnes pendant neuf années, mon zèle appartint surtout aux paùvk'èfe. Mfedibré du comité d*arrondissement d'EvreuX pour l'instruction priniéire^ j(e puS, dànsl'exet'cicfe de ces fonctions gratuites, m'inititor auSi besoins de cet ettseignénlfeilt, et JlJgeï' tjuelle i'éforme urgente réclamait la situation des instituteurs, classe alors si négligée et si utile pourtant, puisqu'elle porte en elle l'avenir intellectuel et l'ennoblissement moral du peuple.

Les quatre années qui suivirent me trouvèrent à Paris , délaissant la clientèle pour l'étude, la pratique poUr la science; J)rolte5sant dès cours publics , alimentant les recueils médicaux, et publiant, sur l'organisation de la médecine et des hôpitaux, un ouvrage dont Béranger a pu dire, à mon légitime orgueil : « Qu'il 0 serait à souhaiter que le conseil des hospices en fît son bréviaire ! »

Les épreuves d'un concours public m'ayant appelé aux fonctions de médecin des aliénés de Bicétre, je m'occupai de réunir les riches matériaux que m'offrait ce lamentable théâtre des infirmités morales, et l'avéniement de la République m'a surpris terminant un grand travail qui portera ce titre : « Des causes morales

Dî LA rotlE ET DES INDÏCATIOIVS QCÏ EN RÉSULTENT AU POINT DE VUE HYGIÉNIQUE ET SO- CIAL. « Horizon sans limites, qui comprend toutes les questions vitales , sur lesqxielles repose notre société nouvelle, l'affermissement des institutions républicaines et l'avenir de la liberté.

Tels sont mes litres. Sorti du peuple, élevé dans ses rangs , initié à ses besoins, à ses efforts, à ses douleurs, j'ai demandé pour lui, à l'heure où se taisaient tant de voix puissantes, la justice, la lumière, fa réhabilitation , l'intelligence; par des études sévères, je me suis mis en état de défendre ses droits et ses intérêts, j'ai voulu m'éleveràla hauteur de ce glorieux apostolat. Chacun peut aujourd'hui se dire ami du peuple, ie proclamer républicain, parler le langage du patriotisme, mais tous ne pourraient dire comme moi : «Citoyens, cherchez dans mon passé mes convictions, soumettez mes autres antécédents à une enquête, interrogez des idées que ni le dédain ni la proscription ne purent étouffer, et décidez ensuite si j'ai montré assez de fixité dans les principes et d'ardeur dans mon dévoûment pour mériter vos suffrages. >»

SALUT ET FRATERNITE

DELASIAUVE,

Médecin de l'hospice de Bicêtre.

hDprtmeriè de Edouaird Bautruche, rue de la flarpe/l'G.

Paris. — Imp. Lacour et C», rue Soufflot, 46.

Page 1