DES ÉLECTIONS MUNICIPALES
Le plus grave reproche que lesatlversaires du parti républicain se sont crus fondés à lui adresser, est celui d'un esprit d'exclusivismeexagéré. Depuis la \icloiredu peuple, au 24 février, la conduite des démocrates ne justifie nullement cette injuste accusation.
Nous le prouvons ; le canon révolutionnaire n'avait pas cessé de se faire entendre, que sur les débris fumants d'un trône odieux, la voix sublime de la fraternité ralliait déjà tous les enfants de la même patrie. Les vieux soldats de la liberté n'avaient jamais voulu combattre que les lâches partisans de ces abus et de ces forfaits politiques dont la trop longue impunité devait pourtant arriver à son terme.
Disons-le à la gloire éternelle de ce peuple victorieux : le seul cri qui s'échappa de sa poitrine, la seule parole qui sortit de sa bouche fut un cri d'amour, une parole de paix.
La République apparut à ses ennemis armée du symbole de la clémence; la République conviait tous les citoyens à l'autel de la concorde.
Non, la haine et la vengeance n'avaient point d'empire sur les cœurs républicains ; les martyrs de la liberté ne se souvenaient de leurs soufîri\nces que pour mieux savourer les joies d'un triomphe fraternel.
Tandis que les coupables amis d'un ré-
gimedehonte etdedégradation recherchaient les ténèbres qui seules pouvaient sauver leur tête, la République décrétait l'abolition de la peine de mort; la République ne voulait pas reconnaître d'ennemis; elle avait besoin de tous ses enfants !
Eh bien ! nous le demandons h tout homme de bonne foi : quel accueil a-t-on fait au sublime appel de la jeune démocratie? Comment les amis du dernier règne ont-ils répondu à cetle touchante invitation ?
Hélas ! ils ont détourné leurs regards, ils ont fermé leurs oreilles; ils se sont retirés portant dans leur cœur le trait empoisonné de l'orgueil et de la rancune.
Non, la République n'avait pas fait de catégories : les courtisans de Louis-Philippe étaient seuls capables de semer au sein de la nation un germe de discorde; non, le prolétaire, réintégré dans ses droits politiques, n'a pas jeté l'insulte à ses maîtres de la veille ; non, il s'est rendu aux assemblées électorales avec ce calme et celte fierté contenue qui sont l'apanage des hommes libres.
Quoi qu'on en dise, le prolétaire était mûr pour la liberté, et, devant l'urne des sulïrages, il a donné le beau spectacle de la force alliée à la modération.
Marseille n'oubliera jamais que le suffrage universel n'a causé aucun lumuUc, aucun désordre, alors que sous le règne du monopole électoral, quelques centaines de privi-
légiés ne pouvaient accomplir l'œuvre du vote sans querelle et sans? Coinbàt.
Les Républicains n'ont pu dévier des nobles principes qui font toute leur force et qui assurent l'avenir de la France.
Dans quelques jours, les habitants de notre cité vont exercer pour la seconde fois le droit sublime que la société, rendue libre, confie à tous les homraesi
Le conseil nnunicipal ne doit plus être l'expression d'une minorité ridicule; les grands intérêts de la commune sont dès aujourd'hui Confiés à la vive sollicitude de tous ; l'assemblée où ces intérêts doivent se débattre pourrait-elle ne pas être avant tout anitnéë d'un profond sentiment de patriotisme et de la plus entière abnégation?
Nous ne craignons pas de le dire à haute et intelligible voix : il faut, pour la première fois, que la cause du prolétaire soit plaidée au sein du conseil municipal ;
Il faut, et ce vœu ne se réalise pas trop tôt, ce nous semble, il faut (|ue la misère et l'indigence puissent franchir le seuil de celte enceinte ouverte jusqu'à présent à l'opulence et à l'égoïsme ;
Il faut que les deniers du pauvre ne soient plus la dépouille opime do quelques intrigants ;
Il faut que l'emploi de ces deniers, perçus aux jjurrières de notre ville sur l'aliment du prolétaire, n'engraisse plus la paresse et l'incapacité ;
11 faut enfin que le pauvre sache comment on dépense son argent.
Pour amener un résultat si désirable, estil un moyen plus sûr, plus infaillible que celui de former un conseil municipal où l'élément démocratique soit dignement représenté? Pour arriver au but que tout républicain, c'est-à-dire tout patriote désire d'atteindre, peut-on imaginer une autre voie que celle d'un honorable concours entre tous les bons citoyfms do notre ville? Car, nous l'avons dit en commençant, et nous voulons rester iidèles à notre devise, le parti républicain repousse les sentiments d'exclusion et de préférence jalouse qu'on lui prête si gratuitement.
Pour en donner une preuve solennelle,
les républicains se sont rapprochés des hommes avec lesquels ils n'ont aucune affinité politique; ils ont dit à ces hommes : nous marchons sous une bannière différente, il est vrai, mais nous voulons tous le bonheur de la cité, et l'existence prospère de Marseille nous tietit à cœur; un sentiment dommith hovls lie et nous unit à cet égard.
Notre appel a été noblement compris, et inspirés par le sentiment du devoir, des citoyens divisés par l'opinion se sont associés dans la pensée du bien public.
Otie ceux-là nous critiquent et nous blâment, ceux-là dont le seul mobile fut toujours le sot orgueil ou la basse cupidité, nous ne saurions leur en vouloir; agents de discorde et trafiquants d'ihlrigud&, ils en sont réduits à gémir du triomphe de la juslice et de la vérité !
Mais nous, qui sommes forts, de notre droit, forts de notre devoir, aurions-nous besoin de consulter ces conseillers pervers pour accomplir une œuvre salutaire?
Désireux d'arriver à cette fin nécessaire autant que glorieuse, les républicains ont marché dans la voie de la conciliation. La Commission électorale républicaine publie sa liste, où tout électeur ami de son pays et jaloux de sa prospérité, doit reconnaître un esprit de sagesse et de pruJence ; et l'on peut dire, sans crainte d'impuissants démentis, que Marseille est fidèlement rej)résentée par ces quarante-trois noms d'hommes honorables.
Ajoutons en terminant que cette liste a reçu l'adhésion entière et sans réserve de toutes les corporations représentées par leurs délégués officiellement nommés à cet effet; cette liste est consacrée par la sympathie populaire ; elle est basée sur la vérité démocratique, car elle est adoptée par les masses de ces travailleurs intelligents et probes qui assurent la prospérité et qui font la gloire de tous les États, de toutes les villes.
Et vous, travailleurs, écoutez un conseil que l'amour de la patrie nous ordonne de vous adresser :
Soyez en garde contre vos faux amis • méliez-vous de ceux qui, sous le prétexte de l'ordre et de la fortune, viendront vous re-
commander des noms dont les précédents ne sont que trop bien connus !
11 est de faux patriotes comme il est de faux braves; ceux qui ne recherchent en tout temps que la satisfaction d'une vanité puérile ou de l'intérêt, ceux-là ne sont point patriotes. Malheur au citoyen mal inspiré ppr les suggestions de l'égpïsme ; en trompant ses mandataires il médite la ruine de son pays.