RÉPUBLICAINS
La brave population de Paris, en trois jours de combat, a chassé non«seulement deux rois, une dynastie, mais elle a, par son courage, son attitude, son discernement dans le choix de ses chefs, banni à jamais la secte des rois !
Républicains des départements, nous ne pouvons mieux prouver notre reconnaissance aux combattants qu'en nous unissant tous pour conserver la victoire, pour veiller au maintien de l'ordre, à la garantie des personnes et des propriétés; apportons de l'activité à éclairer le peuple sur le véritable caractère d'une République sagement régie; démasquons la calomnie, le machiavélisme des ennemis du peuple; secondons l'intelligence, la justice et le dévoûment à la cause populaire; sachons connaître les amis et les ennemis de la liberté; montrons-nous en tout dignes du beau titre de Citoyen; jurons tous de mettre nos cœurs et nos bras à la disposition des démocrates sincères revêtus du pouvoir; répétons avec tous les hommes de progrès, point de vengeance, point d'anarchie; marchons à la conquête des réformes sociales par les voies pacifiques et légales; soyons tous Gardes nationaux pour la garantie des libertés reconquises au prix du sang de nos frères, et prenons pour devise ces mémorables paroles de Saint-Just, Celui qui travaille pour la liberté ne doit dormir que dans la tombe.
Vive la République !
Liberté, Egalité, Fraternité.
Signé : J. Chambry, J. Herblin, V. Josset, Chambry, père, Durand, L. Pasquier, Donet, L. Donet, Frédéric, Bastien, Génein, jeune, Chambry-Mézin, Hicelte, aîné, J. Gaudé, Harmand, F. Gérard, Giroudot, J.-A. Robert, Pierrot, F. Jeanroy,
E. Pillement, H. Pionnier, J. Couturicux, J.-J. Thouvenel,
F. Peccate, G. Triboulot, Pagel, Deroux, Mougenot.
A l'unanimité, le Comité départemental approuve le présent Manifeste, et décide que le citoyen Commissaire du Gouvernement sera prié d'en autoriser la publication.
Epinal, le 4 mars 1848.
Le Président : Collenne. Le Secrétaire : Ballon.
Le Commissaire du Gouvernement provisoire de la République pour le département des Vosges, ne peut qu'applaudir aux sentiments honorables des signataires de ce Manifeste, sentiments qui sont heureusement ceux de l'immense majorité de la Nation.
Epinal. le 4 mars 18/i8. L. TURCK.
Voir le Populaire du 28 mars 1848, p. 3, col. 2.
Aux citoyens Sous-Préfets et Maires du déparleoient.
Melun, le 8 mars 1848.
CITOYENS
Je crois aller au-devant de votre vœu, en vous informant que les curés et desservants ont reçu de M. 1 evéque de Meaux les instructions nécessaires pour la célébration d'un service, en mémoire des victimes qui ont succombé dans les journées des 23 et 24 février dernier.
M. l'évêque, en me communiquant ces instructions, m'annonce que dans les paroisses où il n'y a qu'une seule messe, ce service ne pourra pas avoir lieu le dimanche.
J'apprends que cette cérémonie funèbre a déjà été célébrée dans quelques villes du département.
Cet exemple sera suivi, je n'en doute pas, par toutes les communes.
Veuillez donc, citoyens, vous entendre dès à présent sur la fixation du jour et de l'heure avec les curés et desservants. Vous vous concerterez aussi avec le commandant de la garde nationale, pour qu'elle contribue, par sa présence, à la pompe de cette solennité.
Les fonctionnaires publics recevront l'invitation d'y assister, et rien ne sera négligé pour qu'elle soit digne des courageux citoyens qui en seront l'objet et des grands souvenirs qui s'attachent à la naissance de nos institutions populaires.
Agréez, citoyens, 1 assurance de ma confraternité.
Le Commissaire du gouvernement provisoire, Oscar LAFAYETTE.
Voir le Recueil des Actes administratifs de I^jsIud, année 1848, n«2, p. 12.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
« Nous, ouvriers compagnons, maréchaux, un moment enivrés par l'ère nouvelle, cédant à l'entraînement général , peu confians après avoir été si souvent trompés, nous nous sommes joints à nos frères les travailleurs pour faire grève, afin d'obtenir une augmentation de salaire, bien méritée pour nous par le savoir, l'intelligence et l'assiduité qu'exige le genre çle service que nous rendons à la société, par la rudesse excessive des travaux de notre art, autant que par les dangers auxquels ils nous exposent. Mieux éclairés, plus rassurés par la voie daqs laquelle est entré le gouvernement, nous retournons spontanément à nos travaux journaliers, fiers d'être les enfans d'un pays qui tient vis-à-rvis de l'étranger un langage aussi noble, aussi franc et aussi digne que celui exprimé par le manifeste de notre ministre des affaires étrangères. Non, un pareil gouvernement ne peut pas faillir à l'humanité. Effrayés nous-mêmes des embarras sans nombre que doit rencontrer l'établissement d'une République basée sur des principes de justice et de fraternité, nous ne les augmenterons pas par un sot amourpropre.
Nous supplions tous nos frères des autres corps d'état de nous imiter. Unissons-nous tous pour prouver que, si l'instruction nous manque encore, le bon sens nous guidera vers l'ordre, seule planche de salut pour notre pays, que nous aimons avant nous. Patience dope, frères ! patience! Ce n'est pas la rudesse de nos travaux qui nouseffraie, ce ne sont pas les dangers non plus; nos vies comme nos bras et nos sueurs appartiennent à la France, qui semble luire aujourd'hui d'une clarté nouvelle pour le salut des peuples. Elle fait justice en nous rendant nos droits politiques, source de toute amélioration raisonnable. Lui serons-nous moins dévoués que quand elle nous traitait comme des enfants déshérités? Nous nous lipirons poijr qu'elle jouisse fi]i pploie qu'elle réclame dans notre intérêt comme dans celui du monde entier.
Ce que nous demandons, au nom de tous les travailleurs, ce n'est point la fortune des riches, ce n'est point l'oisiveté improductive pour le pays, c'est de jouir de la juste considération due aux travailleurs qui produisent la richesse des nations.
Ce que nous demandons, c'est que les impôts pèsent principalement sur ceux qui ont le superflu et non sur nous qui avons à peine le nécessaire, sur ceux qui consomment, plus que sur nous qui produisons.
Ce que nous demandons, c'est que ceux qui doivent nous remplacer aient l'instruction que nous regrettons^ car seule elle établit une différence entre les hommes.
Ce que nous demandons, c'est que le gouvernement prenne des mesures pour nous délivrer de ce fantôme hideux qu'on appelle la misère, et qui sans cesse menace les travailleurs après Une vie de labeui'S et de privations; qu'une somme minime soit versée par ceux qui nous emploient chaque jour, sans que pour cela il soit diminué sur nos salaires, et que cette somme serve à organiser, entre les mains du gouvernement, une caisse de retraite où la vieillesse et l'infirmité aient un égal droit; que ceux qui meurent ou ceux que la fortune favorise laissent leurs droits â ceux qui sont moins heurCûx. Hommes de calcul et de cœur, c'est à nous de trouver le chiffre de cette minime obole que doivent verser pour nous ceux qui nous occupent, pour que nous n'ayons jamais à tendre la main à la pitié, et qu'une existence digne, sobre, mais assurée , console notre vieillesse ou notre impuissance au travail.
Nous comprenons , et nos frères le comprendront sans doute, que nous n'avons plus d'excuse en demandant aujourd'hui la menatîe û la bouche. Oui, nous comprenons, et tous nosfrèreslecomprendront aussi, qu'en nous donnant à tous le di'oit de suffrage, nous n'avons plus de motifs à protester en refusant nos services à la société. Reprenons tous nos travaux, respectons les autorités d'un pays qiti cherche des lois égales pour tous ; noinmons de bons représentants qui fassent respecter nos droits, et inclinons-nous fièrement devant les suffrages de la majorité, même devant les erreurs qui tiennent à l'imperfection humaine.
Ceux qui ne comprendront pas ce langage seront indignes des droits qu'on leur rend; ceux-là seront les ennemis du nouvel ordre de choses, c'est-à-dire de la justice et de l'égalité.
Frères, prenons*y garde, les millions de l'absolutisme nous menacent; ils n'ont de force que par le désordre et l'anarchie; ils prendront toutes les formes pour nous l'inspirer.
Prenez-y garde, frères, prenez-y garde, tous ceux qui vous prêchent le désordre sont leurs agens et les ennemis de la République, dont ils attachent les couleurs, dont ils empruntent le nom.
Répétons tous , Français de cœur: Soumission au vote de la majorité et guerre à la force brutale de l'oppression.
La Guillotière, chez la mère, le 9 mars 1848.
Les compagnons maréchaux de Lyon,
GROS, LAGRANGE, GAUTIER , BASTON, DESPLACE, PELTIER, FONS, LEGHENE, GARDUI, TRONCIIET, AURAULT. «
AVIS