DÉPARTEMENT DE LA MANCHE
Citoyens et cftere Compatriotes,
Fort de mes anciennes convictions libérales, outragé jusqu'au fond du cœur de la corruption qui a présidé à tous les actes de la monarchie qui vient de tomber, je viens mettre à votre disposition tout ce que Dieu m'a donné de courage et d'intelligence pour établir sur des bases solides la République. Bien comprise, elle me paraît le plus loyal et le plus équitable des gouvernements, elle doit être notre ancre de salut.
La Religion chrétienne, telle qu'elle aétéinstituée par le divin Auteur de l'Evangile , doit être respectée et protégée. On doit également resjDCCt et protection aux autres croyances. Partant, liberté religieuse pour tout le monde.
Mon amitié fraternelle pour tous les peuples ne me fera point sacrifier ou même compromettre le repos, la gloire ou la puissance de la Nation française. La France avant tout.
Je n'ai point d'opinion systématique pour la paix ou pour la guerre. La paix est l'état de choses qui convient le plus au philantrope; la guerre, cependant, peut avoir ses nécessités et ses avantages moraux. Encore bien que je désire la paix de l'Europe, les événements peuvent cependant me faire changer d'avis. C'est une question de temps.
Les traités de 1815 ont été déchirés par ceux qui les ont signés. 11 est inutile de s'en occuper. Si, contre toute attente, les puissances contractantes voulaient encore les imposer à la France, je m'élèverais de toute l'énergie de mon âme contre leurs prétentions ; la balance européenne devant être désormais le fruit de la justice et de la raison.
Je m'associe de cœur à un congrès européen qui établira d'une manière stable et non équivoque le droit des gens et réglera les difficultés internationales. Pour l'intérieur : je veux le moins d'abus et le plus de libertés possibles
Le communisme n'a de chance de réussite (jue dans un payi vierge ; il ne peut convenir à la République française,
L'éducation est, selon nous, up dps plus grands })ienfails de^ temps modernes ; il faut tâcher de la répandre le plus possible; il est plus aisé de gouverner les hommes en les éclairant qu'en les abandonnant dans l'abrutissement.
L'instruction devra être donnée gratuitement au peuple.
Avec l'indépendance, la fierté et la grandeur à l'Etranger, je veux l'ordre, la liberté, la capacité et l'économie à l'intérieur. Je ne veux plus de charges salariées sans fonctions, pas de cumul, et je désire une grande réduction dans le personnel des administrations. Plus un rouage est compliqué, moins bien il fonctionne.
La confiance qui renaîtra dans le pays, et l'ordre dans les finances, permettront au Gouvernement de faire d'immenses économies et d'opérer de grands dégrèvements. Ces dégrèvements opérés, le Budget rester^ encore assez élevé pour que la France puisse donner de l'occupation à la classe ouvrière et racheter les actions des canaux et des chemins de fer.
Enfin, je ferai tous mes efforts pour éteindre le paupérisme, la plus grande plaie sociale.
Fraternité,
Emile BONNET.
Docteur ea Médecine, âgé de 53 ans.
Typographie Bénard et Comp., passage du Caire, 2.
PAR DÉFAUT DE DÉLICATESSE ET DE SOVFf RANCES,