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OUVRIER MÉCANICIEN

AUX ÉLECTEURS DU DÉPARIEMEIVT DE lAUBE.

Un système de Gouvernement est tombé, entraînant dans sa chute tous les privilèges que l'on appelait légaux. Le pays légal, composé des hautes et des

les ouvriers foradmis, eux, ni à is.

Cependant, il faut le dire hautement, cette partie de la grande famille française, a toujours, à toutes les époques de notre histoire, donné des preuves de son amour de l'ordre, de son respect pour un état de choses qui froissait ses plus chers, ses plus nobles intérêts.

Cette vérité était si généralement sentie, que le 2/t février, jour duquel doit, dans ma pensée et dans ma conviction, dater la régénération politique, morale et intellectuelle de la France; que ce jour, dis-je, tout ce que la France a de noble, de généreux, proclamait le règne de la Liberté, de l'Egahlé, de la Fraternité, de l'Union, tous sentaient que les destinées de la France étaient dans Tacceplation sincère de cette sublime devise.

Celte partie de la société, jusqu'alors déshéritée, jouit aujourd'hui de la plénitude de ses droits, de sa souveraineté : ce droit doit être écrit dans la Constitution, î

Pour que cette Constitution soit durable, il faut que tous les intérêts soient appelés à la discuter.

^ 11 faut donc que les travailleurs soient représentés à l'Assemblée Nationale, d ahord, pour établir et soutenir leurs droits dans cette discussion ; ensuite pour concourir à la rédaction des lois devenues nécessaires pour arriver à l'amélioration du sort des travailleurs, question immense à laquelle se rattachent presque toutes les autres questions sociales.

A qui convient-il de confier cette mission, si ce n'est à un travailleur?

Mais, a ce travailleur, combien lui faudra-l-il décourage, d'énergie, de dévouement, pour remplir dignement le mandat dont l'auront honoré ses frères?

Combien serait cou])abJe celui qui, par sa faiblesse ou son incapacité, compromettrait la cause dont on l'aurait constitué le défenseur! 11 aurait compronnsjout à la fois les intérêts de ses mandataires, et encore ceux de la société

tout entière; car la paix et l'union sont les éléments indispensables à la prospérité de toute société.

Une société ne peut être véritablement forte et heureuse, si elle renferme dans son sein des membres dont les liesoins sont oubliés ou méconnus.

Il faut donc que le Représentant des travailleurs, et par ce mot travailleur je n'entends pas parler seulement des ouvriers de l'industrie, mais encore des ouvriers agricoles, de tous ceux enfin qui occupent les degrés inférieurs de l'échelle sociale.

11 faut, dis-je, que le Représentant des travailleurs, quel qu'il soit, connaisse jusqu'au moindre détail de leur vie intérieure; qu'il ait souffert de leurs souffrances. 11 faut qu il ait eu sa part de leur joie, de leurs douleurs, de leurs travaux et de leur plaisir; il faut, non-seulement, qu'il connaisse tout cela, mais il faut encore qu'il connaisse assez l'état de toute la société pour pouvoir y introduire sans secousses violentes, sans perturbation considérable, les modifications nombreuses et importantes qu'il convient d'apporter à l'état de choses actuellement existant.

Voilà ce que doit être le Représentant. Voyons ce que je suis :

Mon éducation fut celle du pauvre ; on m'inculquait des principes demorale et d'honneur, dontjamais, jepuis le clire hautement, dont jamais jene me suis écarté. A huit ans, dans une fabrique de fil de lin, je gagnais déjà ce qui était nécessaire à ma subsistance; à douze ans, j'entrais en apprentissage comme menuisier, j'apprenais le dessin, et à quinze ans, j'allais à Paris, sans autre appui que ma confiance dans mon amour du travail, san- autre Mentor que les enseignements et les exemples que j'avais reçus dans ma famille.

Toujours j'avais eu le goût des bonnes lectures : enfant, je lisais de bons livres d'éducation, à Paris je lisais les journaux de l'opposition d'alors.

Enthousiaste de la liberté, aux journées de juillet je ne m'illustrai point, mais je fis mon devoir.

Jeune soldat de la classe de 1829, je servis jusqu'en 1833; je revins travailler à Paris, puis à Troyes, chez M. Lejay, où j'ai laissé d'honorables souvenirs ; enfin je vins à Landrcville, puis à Loches, où j'établis ma famill(\ J'habite cette commune depuis 12 ans, et depuis c(^tte époque ceux qui me connaissent me rendront celte justice, que toujours j'ai été l'ennemi de l'arbitraire et le soutien généreux (souvent au détriment de mes intérêts) de ceux que je considérais comme opprimés.

Depuis vm an je suis chef ouvrier mécanicien à Bar-sur-Aube, où j'ai été aj)peléà la vice-présidence de la société démocratique. C'est sur les vives instances d'une très grande partie des électeurs de cet arrondissement, que j'ai accepté la candidature.

Vous le voyez, Citoyens, enfant dans la fabrique, jeune homme menuisier ou mécanicien dans les ateliers de la capitale», puis soldat, puis ouvrier dans une commune rurale, î'ai passé par toutes les conditions de la vie du pauvre et du travailleur, de l'ouvrier des villes et de l'ouvrier de la campagne.

Veuillez le remarquer. Citoyens travailleurs industriels et agricoles, en sollicitant l'honneur de vous représenter, je ne vous dis pas : Travailleurs, tout à vous,

tout pour vous ! Non! cette maxime s'adresse à l'égoïsme ; elle ne trouverait pas d'écho dans vos cœurs.

Je me considérerais comme le Représentant de la Fratice; mais connaissant les besoins des travailleurs, je pourrais plus particulièrement éclairer les délibérations de l'Assemblée sur leurs besoins, sur leurs intérêts.

Je vais, Citoyens, vous faire l'exposition de mes principes :

La République étant proclamée, je n'admets pas de discussion à cet égard.

Concours de tous les citoyens aux affaires de la République.

Plus de privilèges.

Le principe de l'élection partout où il pourra être avantageusement introduit.

Respect à toutes les propriétés, sans aucune distinction.

Liberté des cultes.

Liberté de la presse, sauf répression par un jury populaire.

Amélioration du sort des instituteurs des deux sexes.

Instruction primaire gratuite et, autant que possible, obligatoire.

Instruction secondaire, professionnelle et supérieure aussi gratuite, mais seulement pour les élèves dont la supériorité de l'intelligence sera constatée par un jury d'examen.

Protection et encouragement à l'agriculture et à l'industrie.

Encourager l'association des petits cultivateurs.

Révision de la loi des douanes»

Modification profonde du Système des contributions indirectes.

Réviser les codes de procédure civile et de commerce, pour diminuer les frais dans les affaires peu importantes.

Réduction du traitement et du nombre des hauts fonctionnaires.

Avoir le moins possible d'employés; les rétribuer convenablement pour que l*Elat soit mieux servi.

Amélioration du sort des travailleurs des villes et des campagnes.

Arrivera leur moralisation : 1° par la propagation des sociétés de tempérance, sous le patronage du Gouvernement; 2" par des encouragements donnés aux sociétés de secours mutuels; 3° par l'encouragement donné à l'épargne, et par la réduction du droit d'enregistrement sur la première acquisition d'immeubles qui sera le fruit de l'épargne, et dont le prix ne dépassera pas un certain chiffre, enfin par tous les moyens qu'indiqueraient l'expérience et une philanthropie éclairée.

Si vous m'appelez à l'honneur devons repn'senter, je serai fier de votre choix, j'en serai heureux, puisqu'il m'aura permis d'être utile à la patrie. Aussi je m'engage à consacrer toutes mes journées, tout mon temps à l'examen des questions qui seront soumises à la discussion, aux délibérations fie la Chambre.

Tout en conservant l'indépendance de mon caractère et de mes opinions, je m'éclairerais soit près de mes collègtieSj soit en correspondant avec les citoyens éclairés de mon département.

Après chaque législature, je viendrai rendre compte à mes commettants de la ligne de conduite que j'aurais suivie, et j'étudierai les besoins qui se seraient produits pour pouvoir y donner de justes satisfactions.

— ée9 —

Mais, Citoyens, ce que je dois dire bien haut, c'est que le dernier Gouvernement s'est écroulé^ miné par la corruption, et que rtiôl pour mon compte, je ne me prêterai Jdriikis à dfes sollicitalidns Sôit feh faVêtir de tel arrondissement, de telle commune, de tel individu.

J'appuierai les demandes à l'Assemblée Nationale; mais jamais, j'en fais la promesse solennelle, je ne solliciterai auprès du pouvoir ni pour les autres ni pour moi.

Vive la République l

LEMOÏNE.

lùpi et lith. Bôifquot: — Tt-oyës.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERtiltÉ.

ARRONDISSEMENT DE SAINT-QIEm^.

Citoyens ,

Le Gouvernement provisoire delà République, par son décret du 8 mars l8/i8, vient de décider qu'à partir du 10 l'Intérêt des Dépôts effectués dans les Caisses d'Épargnes de la République, serait servi sur le pied de 5 p. 0[0. Voici les dispositions principales du décret :

Considérant que l'Intérêt des Bons du Trésor est fixé à è p. 0[0.

Considérant que la justice commande impérieusement de rétablir l'égalité entre le produit des Capitaux du Riche et celui des Capitaux du Pauvre.

Considérant que sous un Gouvernement Républicain les fruits du travail doivent s'accroître de plus en plus.

Le Gouvernement provisoire arrête :

Article Unique. — Viniêrêt de f Argent versé par les Citoifens dans les Ca'tèèèsd'Epargnes, est fixé à 5 pour cent, à partir du 10 Mars prochain.

Pour le Commissaire d'Arrondissement empêché, le Commissaire Dél^^u^ poilr le maintien de la Propriété et la Conservation des Monuments Nationaux dans le aéparièifiètit;

Pierre DROZ.

Saint- Quentin, le iO Mars 1848.

Saint-Quentin. — Imprimerie de CoUcnest, Grand'Piace , 5, éditeur du Guetteur.

Paris, 10 mars 1848

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