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A SES CONCITOYENS ET AMIS DE LA CHAMPAGNE

Comme on fait son lit, oa se couche

Mes chers concitoyens,

N'êtes-vous pas, comme moi, las de rendre des saluts, d'entendre dos professions de foi, d'épeler des noms qui n'étaient auparavant connus ni d'Eve ni d'Adam? On ne peut plus ni sortir de chez soi, ni s'asseoir près du foyer, ni se mellre à table, sans être poursuivi, assiégé, escaladé quasi par ces bons messieurs qui nous poursuivent, chapeau bas, qui nous serrent la main, et qui emplissent nos poches de papiers et de belles promesses. Le jour, la nuit, on est harcelé. 11 est temps que ça finisse.

Qu'est-ce que tout ce manége-là? Qu'est-ce que tout ça signifie?

C'est le comité républicain de l'Aube qui nous envoie des listes et des hommes, en nous disant : Prenez-les 1

C'est le comité central et radical de l'Aube qui nous recommande son monde et qui nous dit : Prenez-les !

C'est le comité plus central encore et plus radical que tous les autres qui nous crie : Vos voix ou vos têtes ! !

Nous prend-on pour des imbéciles? — Parce qu'ils sont professeurs de ceci, inspecteurs, directeurs, administrateurs de cela, s'imaginent-ils que nous nous laisserons plumer par eux, là, tout bonnement? Le peuple n'est pas si bêle, et le peuple c'est vous, mes amis, paysans, ouvriers, vignerons, cultivateurs, manœuvres; le peuple, c'est vous; le peuple, c'est tout le monde, et non pas seulement les bottes vernies et les ganls jaunes.

Eh bien! tout le monde a-t-il chargé ces comités de nous endoctriner? La République a-t-elle chargé ces comités de nous imposer leurs listes? — Non.

— Mais, répondent ces beaux messieurs, nous ne voulons que vous éclairer.

— Merci de l'intention; grâce à Dieu, nous ne sommes pas aveugles. Vous vouliez nous éclairer! Soyez contents. Nous avons vu, — Nous avons vu de l'ambition, des commérages au fond de tout ça. Nous avons vu des compères qui, sous air de nous servir, voulaient faire leurs affaires, qui eussent été bien aises d'être députés pour leur compte. Ne vous doui^er pastAuljdjs.pçiw?, ie peuple sait ce qu'il lui faut. ^^^^ J^^ ^^j^^ ^^ ^y..\-^^ c^^j,^ <.^

Mais, reprennent les semeurs de listes, nous avons seulement voulu faire

connaître à ceux qui n'ont pas la facilité de s'en informer, les noms des candidats que l'opinion générale préfère.

C'est de la farce. L'opinion générale est une, elle est la même, et cependant,

entre trois ou quatre listes imprimées, il n'y en a pas une seule qui se ressemble ; et cependant ces listes mettent sur le compte de certains arrondissements des noms que ces arrondissements repoussent. Allez demander, par exemple, aux populations de Bar-sur-Seine si c'est vrai qu'elles demandent le docteur Gerdy; si c'est vrai qu'elles ne proclament pas le nom de M. Blavoyer ? — Allez demander, par exemple, si c'est vrai qu'on ne veut pas de M. Andryane dans l'arrondissement de Nogent, où toutes les communes le désignent. Pourtant ces comités, qui devaient nous éclairer avec leurs listes, n'ont rien vu ni entendu de ce qui se passait dans ces arrondissements et dans d'autres lieux. Ils portaient donc des lanternes sourdes? — Fiez-vous maintenant à ces listes imprimées et répandues depuis quinze jours.

Mes amis du peuple, comprenez-vous qu'on voulait tout simplement nous jeter de la poudre aux yeux, et nous faire croire que nous voulions ce que nous ne voulions pas le moins du monde. Ces faiseurs de listes et de comités si complaisants se disaient : « Prenons sept d'entre nous, publions que la Champagne ne pense qu'à eux, que la République ne peut se passer d'eux. Imprimons ça en gros caractères, et le paysan mordra à l'hameçon. Ces sept, une fois postés làhaut, à vingt-cinq francs par jour, se souviendront de nous, qui avons tenu l'échelle. Le peuple, après, s'en tirera comme il pourra. »

— On parle aussi d'une liste de VEvêque envoyée à tous les curés.

— Une liste de l'Evêque? — Oh ! pour ça, c'est trop fort. L'Evêque n'a pas fait d'autre liste que la sienne, ça le regarde; mais il est trop raisonnable pour se mettre aussi à fabriquer des élections. Nous connaissons notre Evoque, il aime le peuple, il respecte la liberté de tous, il ne se mettra jamais en jeu dans ces sortes de débats. Pourquoi l'aurait-il fait? Ne peut-il pas se fier sur nous du soin de choisir des braves gens? Sommes-nous des enfants- de chœur? Non, notre Evèquc n'a autorisé personne à répandre des listes sous son nom. Si on l'a fait, ça ne peut venir que de son valet de chambre.

Hommes de bon sens, cultivateurs, ouvriers, bourgeois républicains de l'Aube, si vous êtes de mon avis, — et vous en êtes, — nous mettrons de côté toutes les circulaires, toutes les paperasses, toutes les listes imprimées dont les comités républicains, radicaux, centraux, ultrà-radicaux, nous ont étrenné, ces jours-ci, au grand contenteqient de nos femmes, qui font de ces papiers des sacs pour les graines dépinards, de navets et de salades.

A quoi nous serviraient ces paperasses ? — A connaître les vertus des candidats? — Certes, ils ne veulent pas dire du mal d'eux, n'ayez peur de cela. 11 y a un moyen bien plus sur, c'est déjuger les candidats par leurs œuvres, plutôt que par leurs paroles. Mais nous n'avons pas besoin qu'on nous envoie exprès de Troyes des indications. Nous savons distinguer les honnêtes gens de ceux qui ne le sont pas, et nous ne sommes pas si simples que de jeter nos voix à des inconnus qui les demandent. — Nous n'avons pas besoin qu'on nous dicte nos bulletins; nous savons écrire, on n'est pas allé à l'école pour ne rien apprendre.

II est donc bien entendu que nous allons faire nous-mêmes le triage des bons entre les mauvais, et des meilleurs entre les bons. Pour cela, formons aussi notre comité, — non pas un comité où l'on n'admet que les compères qu'on veut flatter; mais un comité en public, là, devant tout le monde.

D'abord, que voulons-nous?

Nous voulons, n'est-ce pas, la liberté pour tous, et à côté de cette liberté, la répression de toutes les actions qui nuisent aux citoyens. Nous voulons de bonnes lois qui diminuent les impôts, qui encouragent l'agriculture, qui protègent les pauvres et les riches, les maîtres et les ouvriers, et ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien; des lois qui arrangent si bien toutes choses, que personne ne soit malheureux, sinon par sa faute; que tout le monde puisse manger du pain en travaillant.

Eh bien! nommons pour députés des hommes de probité, autrement ils pourraient tout bouleverser, pour se divertir ensuite à pécher en eau trouble. — Nommons pour députés des hommes de cœur, afin qu'ils sentent les besoins de la classe laborieuse, et qu'ils ne marchandent pas avec la faim du pauvre et de l'artisan. Nommons des hommes d'ordre et de courage, afin qu'ils ne li emblent pas devant les rageurs qui voudraient donner une moitié de la France à dévorer à l'autre. Nommons des hommes qui aient déjà l'expérience des affaires publiques, de peur qu'en nous laissant conduire par des novices et des apprentis, nous ne -soyons menés de travers.

Qu'est-ce que nous ne voulons pas ?

Nous ne voulons pas le maximum, ni la guillotine, ni le pillage sous le nom de communauté des biens. Ce ne serait pas la République de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Or nous ne voulons pas d'autre république que celle-ci.

Dans ce cas, ne nommons pour députés que des hommes qui n'aient pas intérêt à aller moissonner où les autres ont semé, et dont les habitudes d'ordre, de travail, de moralité nous répondent de leur vote à l'assemblée des représentants.

Si, par complaisance, vous veniez à voter pour des gens qui ensuite vous feraient passer par des chemins où il n'y a que des pierres, ne vous en plaignez à personne. Comme on fait son lit, on se couche. Retenez bien ça.

Maintenant faisons notre choix.

Labosse. — Il n'est pas de ce paySj laissons-le à son département. La Champagne aux Champenois !

Auguste MiLLARD. — Celui-là est bien le plus franc Républicain, le plus désintéressé et le plus honnête citoyen qu'on puisse trouver. Adopté, quand même il eût été recommandé par des comités.

Regnault-Velut. — Il est porté sur les listes de MM. Lefèvrc, Crevât, Gamichon, Sallart, etc. ; laissons à ces MM. Crevât, Lefèvre et Compagnie l'honneur de le nommer. — Amédée Gayot, Delaporïe. — La ville de Troyes en a besoin, ce sont les grands faiseurs du pays ; partout on les trouve casés. Laissons-les à leurs fonctions utiles dans les divers comités et conseils de la cité.

Rlavoyer. — Celui-là a une fortune qui le prémunit contre le communisme.

C'est un agriculteur, un homme instruit , un cœur dévoué et généreux. — Adopté.

Stourm. — Il a rendu des services, il peut en rendre encore ; on peut le conserver, en lui rappelant bien que la République entend la liberté plus largement que l'opposition dynastique. — Adopté.

AndryanEo ~ L'ami de Siilvio Pellico, le prisonnier du Spielberg; l'homme de qui Lamartine écrivait en l'siô : « M. Amlrijane me paraît un des plus dignes reprê- « sentants de la France probe et indépendante, » Le rejeter ce serait faire honte à la Champagne, son pays. — Adopté.

Gerdy. — Professeur à la Faculté de médecine à Paris. — Il n'est pas nécessaire d'être bon médecin pour faire des lois ; mais enlever un médecin à ses malades et à ses élèves, serait une cruauté et un attentat à la santé publique. Laissons donc M. Gerdy à la Faculté. Saignés et purgés comme nous sommes par les Zi5 c. p. OiO, nous pouvons nous passer, pour le quart d'heure, de médecins et d'apothicaires.

Crevât. — Suffit... N'en parlons plus !

Pance, publiciste. — Publiciste ! Nous ne comprenons pas. C'est aux Parisiens à nommer des publicistes qui vivent chez eux. 11 nous faut à nous des représentants qui connaissent nos besoins, nos travaux, notre pays.

FiNOT (Henri). — Honnête ouvrier, homme laborieux, intelligent, voulant le bien des ouvriers par le travail, par le salaire dignement gagné, par l'accord et l'union entre le maître et le travailleur. On ne peut refuser aux ouvriers d'avoir un représentant à la chambre, et vous n'en nommerez pas de plus digne de votre suffrage. Nommez Henri Finot.

Masson (Victor). — Maître des requêtes au conseil d'Etat. Citoyen aimant son pays, en connaissant les besoins, ayant une grande connaissance des affaires administratives, très versé dans les questions de finances, acceptant franchement la République, ayant toujours gardé son indépendance sous les gouvernements précédents ; il mérite vos voix et vos sympathies. Ce serait un des citoyens les plus probes, les plus éclairés, les plus utiles par ses études spéciales dans la chambre des représentants. — Si vous voulez le bien de votre pays, si vous voulez un député qui sache dire quels impôts peuvent et doivent être diminués, nonimez M. Masson. On le connaît, il est Champenois, et il a toujours été empressé à servir tous ceux qui faisaient appel à ses conseils, ou à ses secours. Croyez-moi, et vous vous en féliciterez.

— Des gens vont vous dire : — Mais M. Masson a servi la légitimité. — Eh ! non; il a simplement servi son pays sous la légitimité. H a fait ce que vous avez fait tons, vous, comme soldats, comme nuigistrats municipaux, comme citoyens de celte époque. Mais a-t-il vendu sa conscience pour de l'avancement? Non. Il est resté au même point d(î son début dans sa carrière au conseil d'Etat, parce qu'il n'a jamais cherché les faveurs du pouvoir, mais seulement l'accomplisse-

ment de ses devoirs. Ils sont rares, ceux dont on peut rendre un si beau témoi-

Voulez-vous un homme qui défende le droit de propriété? Encore une fois, nommons M. Masson.

Argence — Vous le connaissez; il a montré, pour défendre le pays, dans ces derniers temps, un courage qui n'était pas sans péril. — Bon citoyen, avocat distingué. — Adopté.

Voilà donc notre liste complète.

MM. MILLARD. MM. Victor MASSON.

BLAVOYER. Henri FINOT.

STOURM. ARGENCE.

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