PALAIS KOYAL, GALERIE D*ORLÉANS
Quiconque a l'honneur de travailler pour
^ le public doit à son maître Texplication de
son travail :
Car le public est notre maître.
L'écrivain doit en conséquence au lec-
^ teur la raison de ce qu'il lui donne à lire.
C'est le motif des préfaces. Et en voici une.
Mais, premièrement, iit-on encore aujourd'hui? Et si on lit, qu'est-ce qu'on lit? Je ne crois pas que ce soit les préfaces.
Les romans- feuilletons, assez volontiers:
prose régimentaire, soumise à l'examen de capitaines compteurs de boutons et inspecteurs de guêtres ; collection farineuse et ménagère d'inventions surmoulées, renouvelées, retapées ; manière de clichés littéraires sans couleur ni cachet, où parfois apparaissent^ rarœ nantes, des fantaisies pâles, incertaines et peureuses d'elle-mêmes, cjue des avoués et des marchands de chocolat ont préalablement contrôlées, corrigées et diminuées, dans leur légitime défiance des poètes.
Ou bien encore la reproduction avec figures d'ouvrages plus anciens, déjà lus et qui valaient mieux sans doute, mais qu'on
se prend à relire comme si Ton se disait que n'y ayant aujourd'hui plus rien à exprimer, il n'y a non plus rien à savoir ; publication» de forme infime, au reste, et malplaisantes à l'œil, faible honneur de la typographie, tentation du bon marché sur le désœuvrement.
Allez aux foires, vous verrez acheter une foule de choses inutiles dans les boutiques à quatre sous : la librairie illustrée est la boutique à quatre sous des foires, et ses produits, en général, n'ont pas beaucoup meilleure mine sur une table que leurs rivaux les feuilletons recousus. Ils n'auront guère un meilleur sort non plus. Quand ils auront été suffisamment déchirés et salis par Monsieur, Madame, la bonne, les enfants, le chat et le chien, on en allumera le feu.
Nous n'entendons aucunement nier, au reste, les services que cette librairie a ren-