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CHAPITRE I

Dessein de ce Traité.

Le peuple que Dieu avait choi^ pour conserver la véritable religion jusqu'à la prédication de FEvangile est un eicellent modèle de la vie humaine la piQs conforme à la nature. Nous voyons dans ses mœurs les manières les plus raisonnables de subsister, de s'occuper, de vivre en société ; nous y pouvons comprendre non-seulement la. morale, mais encore Téconomie et la politique.

Cependant ces mœuys sont si différentes des nôtres, que d'abord elles nous choquent. Nous ne voyons chez les Israélites ni ces titres divers, ni cette multitude d*offices, ni cette variété de conditions qui se trouvent parmi nous ; ce ne sont que des laboureurs et des bergers, tous travaillant de leurs mains, tous mariés, et comptant pour un grand bien la multitude des enfants. La distinction des viandes et d'animaux mondes et immondes, et les fréquentes purifications, nous paraissent des cérémonies incomniodes : les sacrifices sanglants nous répugnent. Nous voyons d'ailleurs que ce peuple était ^clin à l'idolâtrie ; que l'Ecriture, à ce sujet, lui reproche souvent son indocilité et la dureté de son cœur ; que les Pères de l'Eglise le traitent de grossier et de charnel Tout cela joint à un préjugé confus, que ce qui est le plus ancien est toujours le plus imparfait , nous persuade aisément que ces hommes étaient brutaux et ignorants , et que leurs mœurs sont plus méprisables qu'admirables.

De là vient en partie que les saintes Ecritures^ surtout celles de l'Ancien Testament, sont si peu lues^ ou avec si peu die fruit. Les bons chrétiens qui ne se sont point encore

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défaits de ces préjugés sont rebatés par cet extérieur de mœurs étrangères, ns attribuent tout^ sans distinction ^ à l*imperfection de Tancienne loi, ou ils croient que sous cette écorce sont cachés des mystères qu*ils n'entendent pas. Cqux qui n'ont pas assez de foi et de droiture de cœur sont teoftés, sur ces apparence!, de mépriser l'Ecriture même, qui leur parait remplie de choses basses : ou bien ils en tirent de nouvelles conséquences pour autoriser leurs passions.

Hais quand on compare les fhœurs des Israélites avec celles des Romains, des Grecs, des Egyptiens et des autres peuples de l'antiquité que nous estimons le plus, ces préventions s'évanouissent. On voit quUl y a une noble simplicité, meilleure que tous les rajfinements ; que les Israélites avaient tout ce qui était bon dans les mœurs des autres peuples de leur temps, mais qu'ils étaient exempts de la plupart de leurs défauts, et qu'ils avaient sur eux l'avantage^incomparablede savoir où doit se rapporter toute la conduite de ta vie, puisqu'ils connaissaient la vraie religion^ qui est le fondement de la morale.

On apprend alors à distinguer dans ce que leurs mœurs ont de choquant pour nous ce qui est effectivement blâmable, ce qui vient de la seule distance des temps et des lieux étant de soi indifférent, et ce qui^ étant bon de soi, ne nous déplaît que par la corruption de nos mœurs. Car une grande partie de la différence qu'il y a entre eux et nous ne vient pas de ce que nous sommes plus éclairés par le christianisme, mais de ce que nous sommes moins raisonnables. Ce n'est pas le christianisme qui a introduit cette grande inégalité de conditions , ce mépris du travail, cet amour des richesses et des plaisirs, cette aversion de la vie simple et frugale, qui nous rend si différents des anciens. De ces pasteurs et de ces laboureurs, chez qui l'argent était de peu d'usage, et les grandes fortunes rares, on eût fait plus aisément de bons chrétiens, que de nos praticiens, de nos financiers et de tant de gens qui passent leur vie dans une pauvreté oisive et inquiète. C'est ce qui paraîtra mieux par le portrait que je ferai* des mœurs des chrétiens, après avoir décrit celles des Israélites.

Au reste, je ne prétends pas faire ici un panégyrique,

mais une relation très-simple, comme celle des voyageurs

qui ont vu des pays éloignés. Je prétends donner pour bon

^•A qui est bon, pour mauvais ce qui est mauvais, pour

terent ce qui est indifférent» Je demande seulement

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que le lecteur se défassa^e toutes sortes de préventions ^ pour ne juger de ces mœurs que par le bon sens et par la droite raison. Je les prie de quitter les idées particulières de noire pays et de notre tèmps^ pour regarder les Israé* lite^ dans les circonstances de temps et*de lieux où ils Tiyaient^ f^ur les comparer avec les peuples qui ont été les plus proches d^eni, et pour entret ainsi dans leur esprit et dans leura maximes.

Car il faut tout à fait ignoret Tbistoire, pour ne pas voir la grande différence qu^apporte dans les mœurs la distance des temps et des lieux. NoushaMtons le même pays qu*ont habité les Gaulois et ensuite les Romains ; combien sommesnous éloignés de la manière de vivre des uns et des autres, et même de eeUe des Français qui vivaient il y a sept à huit cents ans ! Et dans ce siècle où nous sommes, quel rapport y a-t-il entre nos mœurs et celles des Turcs, des Indiens et des Chinois? Donc, si nous joignons Jes deux espèces d'éloignement^ nous n'aurons garde de nous étonner que les hommes qui vivaient en Palestine il y a trois mille ans eussent des mœurs différentes des nôtres ; nous admirerons plutôt ce que nous y trouverons de conforme.

Il ne faut pas toutefois s'imaginer que ces changements soient réglés et suivent un progrès toujours égal. Souvent des pays fort proches sont fort différents par la diversité des religions et des dominations^ comme aujourd'hui TBspagne et TAfrique, qui sous Tempire romain étaient uni- . lormes. Au contraire, il y a aujourd'hui grande relation entre l'Espagne et TAllemagne, qui n'en avaient aucune du temps des Romains. Il en est de même à proportioïide la différence des temps. Ceux qui ne savent pas l'histoire, ayant ouï dire que les hommes des siècles passés étaient plus simples que nous, supposent que le monde va toujours en se raffinant, et que plus on remonte dans l'antiquité , plus on trouve des hommes grossiers et ignorants.

Il n'en est pas pourtant ainsi dans les pays qui ont été habités successivement par diverses nations ; les révolu^ tioQs qui y «ont arrivées y ont amené la misère et l'ignorance après la prospérité et la politesse. Ainsi l'Italie est en bien meilleur état qu'elle n'était il y a huit cents ans; mais huit cents ans auparavant, sous sçs premiers Césars, elle était plus brillante et plus magnifique qu'aujourd'hui. Il est vrai qu'à remonter encore huit cents ans vers le temps de la fondation de Rome, on trouverait la même Italie beaucoup moin» riche ^et moins polie, quoique dès lors

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fort peuplée ; et plus ou irait au delà, plus on la yerraît pauvre et sauvage. Les nations ont leur âge à proportion comme les hommes. L*état le plus florissant des Grecs fut sous Alexandre ; des Romains, sous Auguste ; des Israélites, sous Salomon.

Il faut donc distinguer en chaque peuple ses commencements, sa plus grande prospérité et son déclin. Nous considérons ainsi les Israélites dans toute retendue du temps où ils ont subsisté, depuis la vocation d* Abraham jusqu'à la dernière ruine de Jérusalem. C'est un espace de plus de deux mille ans, que je partage en trois, suivant trois états différents de ce peuple: le premier, des patriarches ; le second; des Israélites depuis la sortie de TEgypte jusqu'à la captivité de Babylone ; le troisième, des Juifs depuis le retour de la captivité jusqu'à la prédication de l'Evangile.

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