CHAPITRE. XXXIV
Sectes et superstitions.
Alors commença la différence des sectes. Sous Jonatbas, fils de Mathathias, il y avait déjà des pharisiens, des saddttcéens et des esséniens. Les pharisiens joigùaient au texte de la loi les traditions des pores qui s'étaient «on* servées sans écritures ; et , soutenant au fond la bonne doctrine, y mêlaient quantité de superstitions. Ils croyaient la destinée tempérée par le libre arbitre, ou plutôtla Providence qui le conduit. Les sadducéens donnaient tout au
110 , mmuu
ou des €B|Hriti ; $im îb le serraient Dieu qM poar les i compenses temporelles,! et donnaient beaucoup aux p£ sirs des sens. Ils avaient peu d^anion entreeux, et peu d*a torité sur le peuple; leur nombre n'était pas grand , m\ c'étaient les premiers de la nation, et même plusica d'entre les sacrificateurs. Le petit peuple était plus favi rable aux pharisiens^ qui avaient un grand eiftérîeur i piété ; et la reine Alexandra fveuve d'Alexaodre Jaonéi soixante-dix ans avant Jésus -Christ) leur donna un ira grand pouvoir pendant la minorité de ses enfants.
La secte des esséniens était la plus singulière : ils fuyaies les grandes villes, leurs biens étaient en comman, lem nourriture fort simple. Us donnaient beaucoup de temps i la prière et i^ la méditation de la loi. Leur manière de ù avait grand rapport à cûUe des prophètes et des réchabitesi il y en avait même qui gardaient la continence^ et menaieni une vie entièrement contemplative» et si parfaite, que plusieurs des Pères les ont pris pour des Chrétiens.
Les pharisiens vivaient au milieu du monde., fort nm entre eux, menant une vie simple et sévère au dehors, mais la plupart attachés à leurs intérêts, ambitieux ei avares» Ils se piquaient d'une extrême exactitude dans b pratique extérieure de la loi 4 Ils doni^ient la dlme nonseulement des gros fruits, mais des moindres herbes : du cumin, de la menlhei du millet. Ils avaient un très-grand soin de se laver et dé purifier leurs coupes , leur yaisselle et tous leurs meubles. Ils observaient le sabbat avec un tel scrupule « qu^ils faisaient un crime à Jfésus-Ghrist d'avoii détrempé un peu de terre avec son doigta et à ses disciples d'avoir arraché en passant quelques épis pour en manger ie blé. Ils jeûnaient soutent : deux fois la semaine, le lundi et le jeudi. Ils affectaient de porter les totaphoth et les zizith bien plus grands que te commun. Les totaphoth ou tephilim sont des écriteaux contenant quelques passages de la loi, attachés sur le front et au bras gauche , suivant le précepte d'avoir toujours la loi de Dieu devant les yeux ou entre .les mains. Les zizith sont des houppes de diverses couleurs, qu'il leur avait été ordonné de porter aux coins de leurs manteaux, pour être un autre avertissement sensible des commandements de Dieu. Les Juifs portent encore aujourd'hui oes marques extérieures de la religion quand Us vont à la synagogue^ mais .les jours ouvrables seulement. Les jours de sabbat et de fête, ils prétendent n'avoir pas besoin de ces avertfesements*
DES UBAiUTES. 111
Les pharisiens doBuaient l'aumône en public; ils se j au* issaient le visage pour paraître plus grands jeûneurs. C'eût lé leur faire une grande injure que de les toucher étant tu purs, et ils tenaient pour tels non-seulement les gentils X les pécheurs publics, mais tous ceux qui exerçaient des professions odieuses; en&n la plupart ne montraient de la iévotion que par intérêt. lis séduisaient par leurs beaux îiscours le peuple ignorant et les femmes, qui se privaient le leurs biens pour les enrichir; et, sous prétexte qu'ils étaient le peuple de Dieu et les dépositaires de sa loi, ils méprisaient les Grecs et les Romains^ et toutes les nations de la terre.
Nous voyons encore dans les livres des Juifs ces traditions dont les pharisiens faisaient dès lors un si grand my^tère^ et qui f uredt écrits environ cent ans après la résurrection de Jésus-Christ. Il n'est pas possible à ceux qui ont été élevés dans d'autres maximes de s'imaginer les questions frivoles dont ces livres sont remplis : S'il est permis le jour du sabbat de monter sur un âne pour le mener boirOi ou s^il faut le tenir par le licou. Si l'on peut marcher dans une terre fraîchement ensemensée, puisque l'on court hasard d^enlevefavec les pieds quelques grains, et par conséquent de les semer. S'il est permis ce même jour d'écrire assez de lettres pour former un sens. S'il est permis de manger un œuf pondu ce jour-là même. Sur la purification du vieux levain avant la Pâque, s'il faut recommencer à purifier une maison lorsqu'on y voit passer > une souris avec quelques miettes de pain, SUl est permis de garder du papier collé, ou quelque emplâtre où il entre de la farine» Si, après que l'on a brûlé le vieux levain, il est permis de manger ce qui a été cuit avec des charbons qui en sont restés. Et un million d'autres cas de conscience de cette sorte, dont est rempli le Thalmud avec ses commentaires* • Ainsi les Juifs oubliaient la grandeur et la noblesse de la loi de Dieu, pour s'attacher à des choses basses et petites, et se trouvaient grossiers et ignorants en comparaison des Grecs, qui traitaient dans leurs écoles des . questions plus utiles et plus élevées, soit de physique, soit de morale, et qui avaient du moins de la politesse et de ragrémenty s'ils n'avaient de la vertu.
Ce n'est pas qu'il n'y eût toujours quelques Juifs plus curieux que les autres, qui s'appliquaient à bien parler grec, qui lisaient les livres de Grecs, s'adonnaient à leurs études, comme & la grammaire^ à la rhétorique et à la phi-
llî IIOBITBS
losopbie. Tel fat Âristobule, philosophe péripatéticid
B récepteur de Ptotémée Philométor ; tels furent EupolèQ fômélrius, les deux Philon. Il y en eut aussi qui écii reut des histoires en srec, à la manière grecque, comi Jason le Cyrénéen, et Fauteur du second livre des Mac bées, qui Ta réduit en abrégé, et comme Josèphe le faim historien.
Ce fut ^ Alexandrie qu'il y eut le plus de ces Juifs s'appliquèrent aux lettres grecques. Les autres Juifs contentaient de parler grec pour se faire entendre^ c' à-dire grossièrement, et gardant toujours le tour de I langue naturelle, et c'est en ce grec vulgaire que si écrites les traditions de l'Ancien Testament , et l*origi du Nouveau. Les Apôtres|et les Bvangélistes se sont conteD de la clarté et de la brièveté du style^ méprisant tousli ornements du langage, et se servant de celui qui était plus propre pour être entendu du commun de leur nation en sorte que, pour bien entendre leur grec, il faut saY0S\ rhébreu et le syriaque.
Les Juifs de ces derniers temps étaient fort exercés dar/: , la lecture de la loi et de toute TEcriture sainte. Ils ne st contentaient pas de l'expliquer à la lettre, ils y trouvaieal , plusieurs sens figurés par les allégories et par diverses I appropriations. On les voit non-seulement par le Nouveau f Testament, et par les écrits des plus anciens Pères qui on\ discuté contre eux, mais par les livres de Philôn, par le Thalmud et les plus anciens commentaires hébreux sur la loi, qu'ils appellent la grande Genèse, le grand Exode, et ainsi des autres. Ils tenaient ces sens figurés suivant la tradition de leurs pères.
Mais, à tout prendre, les mœurs de ces Juifs des derniers temps étaient excessivement corrompues ; ils étaient fortement orgueilleux d'être de la race d'Abraham, et enflés des promesses d'un règne du Messie, qu'ils savaient être proche, et qu'ils se figuraient plein de victoires et de prospérités temporelles. Ils étaient intéressés, avares et sordides, surtout les pharisiens, la plupart grands hypocrites. Ils étaient infidèles et légers, toujours prêts à la sédition et à la révolte, sous prétexte de secouer le joug des gentils. Enfin ils étaient violents et cruels, comme on voit par ce qu'ils firent soufTrir à Jésus-Christ et aux apôtres, et par les maux inouïs qu'ils se firent les uns aux autres durant toute la guerre civile et pendant le dernier siège de Jérusalem.
DBS ISRAÉLITES. 113