CHAPITRE XXXIII
Mœurs des Juifs des derniers temps.
Ces derniers Juifs étaient mêlés de plusieurs natious. Il y en avait d'établis dans tous les pays qui sont sous le ciel; comme parle TEcriture. Plusieurs venaient habiter dans la Judée, ou du moins y faisaient quelque voyage de dévotion , pour sacrifier dans le seul temple où il était permis de le faire. De plus, il y avait encore de temps en temps quelques gentils qui se convertissaient , et qui se faisaient prosélytes. Ainsi les Juifs n'étaient plus, à proprement
f>arler, un seul peuple » usant de la même langue , ayant es mftmes mœurs ; mais plusieurs commençaient à se ras-
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sembtor sous une même religion. Ceux mêmes qai habitaient la terre sainte étaient mêlés de diverses nations , d*Iduméens et d'autres Arabes, ' d'Egyptiens ^ de Phéni* ciens, de Syriens, de Grecs.
Tous les Juifs ne laissaient pas de se regarder comme frères, et de se secourir les uns les autres, en quelque I partie du monde qu'ils fussent dispersés. Ils exerçaient rhospitallté envers tous les pauvres de toutes les provinces, I mais principalement de Judée. Comme cefux qui étaient r éloignés ne pouvaient payer «n espèces les dîmes et les I prémices, ni venir au temple faire leurs offrandes h toutes i les fêtes^, ils convertissaient en argent tout ce qu'ils de** vaient à Dieu , et ces contributions rassemblées faisaient un tribut considérable que chaque province envoyait tous les ans à Jérusalem pour les frais des sacrifices, l'entretien des prêtres et des pauvres. C'est l'or dès Juifs dont parle Cicéron dans son discours pour Flaccus, qui s'était emparé de ces offrandes.
Ces collectes continuèrent plusieurs siècles après la ruine du temple. Le chef de la nation , qu'ils appelaient patriarche, envoyait en certain temps des sénateurs qui résidaient d'ordinaire auprès de lui, et que Ton nommait apôtres, c^est-à-dire envoyés. Ils allaient par les provinces visiter les synagogues, avaient autorité sur ceux qui y pré* sidaient^ et sur les anciens et les ministres, et en même temps rapportaient le tribut au patriarche; mais les empereurs chrétiens en défendirent la continuation. Les pa« triarches arrivaient à cette dignité par succession^ en sorte que souvent c'étaient des enfants. Pour revenir au temps où Jérusalem subsistait , les Juifs avaient dans les provinces des chefs de leut nation , nommés en grec ethnarques, qui les jugeaient selon leur loi. Ceux d'Egypte sont fameux entre les autres.
Dans la Judée , les Juifs étaient gouvernés, comme auparavant , par le conseil des soixante et onze vieillards , qu'ils nommaient Sanhédrin, d'un mot grec corrompu ; et ce tout ces anciens du peuple dont il est parlé dans TEvan* gile* En chaque "synagogue il y avait un chef ou archisyB^gogue, comme on voit dans les Evangiles. Il y avait des prêtres ou anciens, et des diacres ou serviteurs nommés Hazannin, pour garder la synagogue, et présenter le livre au docteur qui instruisait. Il y avait aussi en chaque vilie vingt-trois juges, ainsi qu'il a été dit, car c'est à ce temps ptiaoîpalemeBt qu'il faut rapporter tout ce que dit It I<hal-
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mod de la forme des jugements et exécutions de justice (1).
Les Juifs de Judée s*appliquèrent toujours au labourage, à la nourriture du bétail^ et à tout le ménage de la campagne. Il reste quelques tnédailles du temps des Hachabées, où Ton voit des épis de blé et des mesures, pom montrer la fertilité du pays et Thonneur qu'ils mettaient & le cultiver. C'est ainâ que TEcriture nous peint la prospérité du gouvernement dé Simon : Chacun cuUtt>aii son champ paisiblement •• la terre de Juda éUiit fertile y et la arbres ae la campagne portaient leurs fruits. Les vieillards, assis dans les places , consultaient pour le bien dti pays: les jeunes gens séparaient de vêtements magnifiques,.. La paix régnait dans tout le pays : Israël était en grande joie; chacun était assis sous sa vigne et sous son figuier^ et personne ne les inquiétait. L'auteur de TEcclésiaslique, qui vivait vers le même temps, n'a pas manqué de marquer ce devoir. N'ayez point d'aversion^ dit- il, pour le travai , pénible et le labourage, institué par le Très-Haut. i
Le fond des mœurs ne change point en chaque nation : ' il y avait encore alors des laboureurs de bonne maison en Sicile et en Italie ; H y aura toujours des chasseurs chez les peuples germaniques.
La plupart des paraboles de l'Evangile sont tirées de la vie champêtre. Un semeur de bon grain, de l'ivraie ^ une vigne, le bon arbre, Tarbre inutile^ la brebis égarée, le bon pasteur, et tout cela souvent en parlant dans des villes, et dans Jérusalem même. 11 est vrai que plusieurs paraboles nous font voir que le trafic d'argent était commun chez les Juifs, qu'il y avait des banquiers et des usuriers de profession. Plusieurs Juifs se faisaient publicains, c'est-à-dire fermiers des tributs et des itupositions, quoique cet emploi leur attirât la haine publique. Un exemple fameux est Joseph fils de Tobie, qui, sous Ptolémée Êpiphane, se rendit adjudicataire des tributs de toute la Syrie et de la Phéiiicie, et s'y enrichit extraordinairement.
S'il y avait des banquiers et des financiers entre les Juifs, à plus forte raison devait-il y avoir des marchands en gros et en détail : aussi ces deux espèces sont marquées dans TEcclésiastique, lorsqu'il dit qu'elles lui paraissent dangereuses, qu'il est difficile que le marchand évite l'injustice, et que le revendeur ne pèche, du moins par la langue. Il remonte à la source du mal, et ajoute que le plaisir des ri-
(1) On appelle ThaUuud le livre qui contient les traditions des Jai£s.
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[^besses aveugle les hommes et les lift tomber âdns le crime, que le pécbé se trouve engagé et comme cimenté dans la plupart des marchés. C'est ainsi que Dieu rappelait son peuple aux mœurs anciennes, leur faisant voir les puissantes raisons qu'avaient eues leurs pères de mépriser le négoce. ]^ais ils profitèrent peu de ces instructions, et depuis leur entière réprobation ils ont toujours été s'éloignent de plus en plus de la manière simple et naturelle dont les Israélites subsistaient. Depuis longtemps les Juifs n'ont plus de terres, et ne s'appliquent pllis h Tagriculture. Ils ne vivent que de trafic, et encore de» l'espèce la plus sordide : ils sont revendeors, courtiers, usuriers; tous leurs biens ne sont que de l'argent et des meubles ; à peine soBt-ils propriétaires de quelques maisons dans les villes. Plusieurs s'appliquaient à la médecine, et ils s'y adonnaient dès le temps dont je parle ici. L'Ecclésiastique le , montre encore, recommandant l'utilité de cet art^ et de la composition des remèdes. Il est parlé dans l'Ëvatngile d'une femme qui avait beaucoup soufiert de plusieun^ lâédecins, et consumé tout son t)ien en médicaments. Ce que TEcclé- , siastique dit ensuite du grand loisir que demande l'étude de la sagesse, semble montrer que les scribes ou docteurs en faisaient leur unique occupation; mais il fait voir en même temps la nécessité des arts : aussi y avait^il alors chez les îaifs beaucoup d'artisanè. Les apôtres, saint Joseph et Jésus-Christ même en sont d'illustres exemples ; et ce qui est plus remarquable, c'est que saint Paul, quoique élevé dans les lettres, savait aussi un métier. Les Juifs racontent la même chose de leurs plus fameux rabbins.