CHAPITRE XXIX
HospitaUté.
L'hospitalité était d'un usage ordinaire, même entre les païens. Chez les Grecs et les Romains, les hôtelleries publiques n'étaient guère fréquentées par les honnêtes gens. Dans les villes où ils pouvaient avoir affaire, ils avaient des amis qui les recevaient , et qui réciproquement logeaient chez eux quand ils venaient en leur ville. Ce droit se perpétuait dans les familles. C'était un des principaux liens d'amitié entre les villes de Grèce et d'IlaUe, et il s'étendit depuis par tout l'empire romain. Ils regardaient ce droit
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comme une partie de leur religion. Jupiter^ disait -on, y présidait; la personne de Thôte, et la table où Ton mangeait avec lui, étaient sacrées. Les Juifs ^ de leur côté, Tobservaient comme une bonne œuvre, pratiquée de tout temps par les saints, et ils Tobservent encore entre eux.
Il ne faut donc pas s*étonner si les Chrétiens exerçaient rhospitalité, eux qui se regardaient tous comme amis et comme frères^ et qui savaient que Jésus-Cbrist l'a recommandée entre les œuvres les plus méritoires. Pourvu qu'un étranger montrât qu'il faisait profession de la foi orthodoxe, et qu*il était dans la communion de FEglise, on le recevait h bras ouverts. Qui eût pensé à lui refuser sa maison eût craint de rejeter Jésus- Christ même; mais il fallait qu'il se f!t connaître. Pour cet effet, les Chrétiens qui voyageaient prenaient des lettres de leurs évéques; et ces lettres avaient certaines marques qui n'étaient connues que des Chrétiens. Elles faisaient voir Tétat de celui qui voyageait ; s'il était catholique ; si , après avoir été hérétique, ou excommunié, il était rentré dans la paix de TEglise ; s'il était catéchumène, ou pénitent ; s'il était clerc, et en quel rang ; car les clercs ne marchaient point sans le démissoire de leur évéque. Il y avait aussi des lettres de recommandation, pour distinguer les personnes de mérite, comme les confesseurs ou les docteurs, ou ceux qui avaient besoin de quelque assistance {particulière.
La première action de l'hospitalité était de laver les pieds aux hôtes. On voit cette coutume en plusieurs endroits de l'Ecriture ; et ce soulagement était nécessaire , vu la manière dont les anciens étaient chaussés. De là vient que, dans saint Paul, l'action de laver les pieds est jointe à rhospitalité. Si l'hôte était dans la pleine communion de l'Eglise, on priait avec lui et on lui déférait tous les honneurs de la maison : de faire la prière, d'avoir la première place à table, d'instruire la famille ; on s'estimait heureux de l'avoir. Le repas où il prenait part était estimé plus saint. On honorait les clercs à proportion de leur rang ; et si un évéque voyageait, on Tinvitait partout à faire l'office et à prêcher pour montrer l'uniformité du sacerdoce et de l'Eglise. C'est ainsi que le pape saint Ânicet en usa envers saint Polycarpe. Il y a eu des saints à qui l'hospitalité exercée envers les clercs ou d'autres qui venaient prêcher l'Evangile , a été occasion de martyre , comme on le dit du fameux saint Alban eu Angleterre, et de saint Gentien à Amiens. Les Chrétiens exerçaient rhospitalité même en-
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vers les infidèles : ainsi ils exécutaient avec grande charité les ordres du prince qui les obligeaient à loger les gens de guerre , les officiers et les autres qui voyageaient pour le service de TEtat, ou à leur fournir des vivres. Saint Pacôme, ayant été engagé fort jeune à servir dan& les troupes romaines, fut embarqué avec sa compagnie , et aborda dans une ville où il fut étonné de voir que les habitants les recevaient avec autant d'affection que s'ils eussent été leurs anciens amis. R demanda qui ils étaient, et on lui dit que c'étaient des gens d*une religion particulière, que Ton appelait Chrétiens. Dès lors il s'informa de leur doctrine, et ce fut le commencement de si conversion.