CHAPITRE XLVIII
Mœnrs dti clergé.
La liberté de TEglise apporta quelque chaDgemeut à la manière de vi?re des évéques et des clercs. Ce fut alors qu'ils commencèrent à porter quelques marques extérieures de leur profession, quoique, à yrai dire, la différence d'habit n'ait été sensible que depuis la domination des barbares, sous laquelle les clercs conservèrent les habits des Romains comme leur langagA
Plusieurs embrassèrent la vie commune, comme la plus parfaite, à l'exemple de l'Eglise de Jérusalem. Ceux-là logeaient en la même maison, et mangeaient en une même salie, autant qu'il était possible ; du moios ils ne possédaient rien en propre, et ne subsistiûent que de ce que rSglise leur fournissait : c'était une grande famille dont l'évêque était le père. Tels étaient les clercs de saint Eu-* sèbe de Verceil, de saint Martin, de saint Augustin ; et on les, appela clercs canoniques ou chanoines, à la différence de ceux qui ne vivaient pas si exactement selon les canons, et dont l'Eglise ne laissait pas de se servir.
Ceux qui ne demeuraient pas dans la grande communauté étaient au moins deux ou trois ensemble. Les prêtres attachés aux églises de campagne avaient avec eux de jeunes clercs qu'ils instruisaient, dont ils formaient les mœurs, et qui étaient les témoins de leur conduite ; car il était ordonoé à tous les clercs sacrés, prêtres, diacres ou sous*diaores, d'être ainsi éclairés de près, afin que leur vie fût sans reproche. L'évêque lui-même avait un prêtre ou un diacre qui ne le quittait point et qui couchait dans sa chand)re ; et ce fut ce que les Grecs appelèrent le syncelle, qui devint ensuite une grande dignité. Le pape saint Grégoire, n'ayant que des clercs et des moines dans son palais, supprima les laïques pour les services les plus secrets de la chambre ; et la coutume s'est con« servée jusqu'à présent que tous les officiers domestiques du pape soient clercs. Ces précautions étaient des suites du célibat, et par la même raison on ne trouvait pas bon que les ecclésiastiques eussent de grandes relations avec les femmes sous prétexte de piété, ni qu'ils en reçussent
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de petits présents d'habits, d'ornemidnts^ dé firuits ou d*)au« très objets qai tiennent de la mollesse.
Le Teq;)ect poor les eceléi^iastiqaes'était grand. Quoique les évêques n'eussent point de rang entre les puissances temporelles, et qalls ^éciussentî ctimiîie de simples particuliers, sans pompe et sans f^^te e](^rieur, ils ne laissaient pas d'être honorés des magistrats et des princes même. J*ai marqué les honneurs que Gonrtantin rébdit aux Pètes assemblés h Nicée» L'empereur Maxime fit manger k sa table saint Martin avec un de ses prètnes, et Timpératriee sfi femme le servit de ses propres mains; , '
L'usage des Romains était alors de donner à toutes les personnes constituées en dignité différents titres d'Illustre, Glorieux, Spectable, Clarissime^ qui étaient réglés soit^nt le rang des personnes. On donnait aux évoques odui de Saint et de Bienheureux, et on y joignait ceux de Pieux, de Religieux, d'Aimé de Dieu, ou d'autres semblables. Ces titres étaient tellement afTectés aux évêques, qu!on les leur donnait même dans les procédures qu'on faisait contre eux^ comme contre Nestorins au concile d'Bphèse, et contra Dioscore au concile 4é Chalcédoine. On les donnait aux évêques hérétiques; et, dans la conférence daCarthage^ saint Augustin n'hésite point à dire c Le trèsi^iit Emérious et le très-saint Pétilien, quoique ce fussent des donalistes^ C'eût été les offenser que de manquer à ces ft^rmules^ >
Le nom de pape, qui signifie père, mais en marquant une tendresse particulière, a été longtemps commun à tons les évêques, et se doqne encore aujourd'hui à tous le^ pfétres dansTEglise grecque. On disait* également ie^pape Corneille, le pape Gyprien, le pape Jules ^ le pape Atha-» nase. On les traitait de seigneurs, et rien A'est plu^commun dans tes IV* et v* siècles que ces sortesde suscriptions aux lettres t Au seigneur le trèsr^mint, très^fieuas, et très^èné^ rahle N***, évêque. Il était ordinaire, comme j'ai montré, de se prosterner devant eux, et de leur baiser les pieds*. Il ne faut donc pas s'étonner si ces honneurs, qui nous paraissent si grands, ont été attribués au souverain pontife^ pour qui les fidèles ont toujours eu un respect très-particulier.^ que les évêques mômes traitaient de père et de pape, tandis qu'il ne les traitait que de frères, comme il fait encore ; car TËglise romaine a été plus constante que toutes les autres à garder ses anciens usages.
Le respect que les puissances temporelles rendaient aux évêques leur donnait une grande autorité pour prendre en
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main h protection des veuves, des orphelinfe et de toutes les pefBODBCb dignes de oom^assion , partiottltèreiAeiil pour demander la vie des criminels. Ce n^edt ps^ que ceé saints ne fassent zélés pour la justice ; mats fis savafient bm quHl se ferait toujours assee d^exempleè desévërilé, et ils :trâvaiHaient à sauver les âmes. Soit que les condamnée fassent- déjà Giirétiens ou non^ c'était sans doute un puissant motif pour les attirer à la pénitence ou a% baptême^ et cet ameiir de la elémenee rendait rSgtise aimable, même aux païens.