CHAPITRE XHX
Pauvreté des cjercs.
Au milieu de tous ces honneurs, la pauvreté leur était toujours recommandée. En Afrique on ordonnait aux clercs , quelque instruits qu'ils fussent de la parole de Dieu, de travailler à la terre ou de faire quelque métier, pour gagner de quoi se nourrir et se vêtir, sans préjudice de leurs fonctions : ce qui semble devoir plutôt s'entendre des moindres clercs, la plupart mariés, que des diacres et des prêtres, assez occupés d'ailleurs. Toutefois Saint Epiphane témoigne que la plupart des évêques et des prêtres joignaient le travail des majnsàla prédication deTEvangne, choisissant des métiers convenèîbles à leurs dignités et à leurs occupations : non pas qu'ils îgn'orassent lé droit qu'ils avaient de recevoir du peuple leur subsistance, mais pour avoirla salisfkcliôb ihtérieure de n'être à chargé à personne, et pour donner plus abondamment aux pauvres. Çaint Basile s'excuse à Busèbe de Samosate de n'avoir pu lui écrire pendant longtemps, parce que ses clercs étaient occupés à des métiers sédentaires dont ils vivaient, et qui ne leur per omettaient pas de faire des voyages.
Mais de quelque fonds que se pirît la subsistance des clercs, on voulait Qu'ils montrassent toujours l'exemple de la frugalité et de la modestie chrétiennes. Les mêmes cianons d'Afrique recommandent aux évêques que leur table soit médiocre et leujrs meubles vils. Saint Augustin les pratiquait fidèlement, au rapport de Possidius, et Ton voit assez: quel est son ordinaire, puisque cet historien dit qu'outre les légumes et les herbes, il faisait quelquefois servir à sa table de la viande et du vin en faveur des étrangers. Il déclare qu'il ne veut point porter d'habit qui ne puisse convenir i! un sous-dîacre, et être donné à un pauvre. Saif
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Paulin dans le même temps se servait d'ëoaelles de bois et de vaisselle de terre, lui qui avait quitté des biens immenses. Saint Martin visitait son diocèse monté sur un ftne, vêtu fort pauvrement. On admirait les abstinences et les jeûnes de saint Loup de Troyes, de saint Germain d' Auxerre, de saint Hilaire d* Arles. On remarque de saint Epiphane, évêque de Pavie, qu'il ne se baignait point, ne soupait point, et ne vivait que d'herbes et de légumes.
En Orient, saint Basile ne mangeait que du pais avec du sel, ne buvait que de Teau, et ne portait qu'une tunique. Saint Grégoire de Nazianze vivait à peu près de même. Les ennemis de saint Ghrysostome fondèrent une partie de leurs calomnies sur ce qu'il mangeait seul, et vivait fort retiré. Aussi il blâme lui-même un évêque qui porterait des habits de soie, qui irait à cheval et se ferait suivre de plusieurs valets; qui ayant de quoi se loger, ne laisserait pas de bâtir : ce qui revient aux accusations que l'on avait formées contre Paul de Samosate dans le siècle précédent. On lui reprochait qu'il vivait délicieusement, qu'il mangeait beaucoup, qu'il était bien vêtu, qu'il marchait par la ville accompagné de gens devant et derrière, approchant plus de la pompe d'un magistrat que de la simplicité d'un évêque. Cependant il était évêque d' Antioche, la capitale de l'Orient» et la troisième ville du monde.
On était si accoutumé à voir les évèques modestes, que les esprits malicieux ou indiscrets en prenaient occasion de critiquer injustement ceux qui l'étaient un peu moins. Le même saint Ghrysostome s'en plaint : Il y ma, dit-il, qui trouvent mauvais qu'un évêque aille au bain^ qu'il mange et qu'il s'habUle comme un autre, qu'il ait un valet pour le servir, et un mulet pour le porter. Ainsi Ammien Marcellin, païen et ennemi du christianisme, ne manque pas de relever la différence qu'il y avait, même à l'extérieur, dès la fin du iv® siècle, entre le pape et les évêques des provinces, comme s'il y eût eu de quoi s'étonner que l'évèque de la capitale du monde eût une voiture pour pouvoir aller dans les différents quartiers d'une si grande ville, qu'il fût bien vêtu, et qu'il tînt une bonne table où il pût recevoir tout ce qu'il y avait de plus grand dans l'empire. 11 est vrai que saint Grégoire de Nazianze, plus digne de foi, parle à peu près de même des évêques des grandes villes. Mais Ammien demeure d'accord qu'il y en avait encore dans les provinces qui se rendaient recommandables à Dieu et aux hommes par la frugalité de leur nourriture, la pau-
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TTeté de leurs habite et la modestie de leur râsge. Saint Jérôme, incontinent après, nomme le pape Anastase « homme d'une très-riche pauvreté ; > et, dans le siècle suivant, Denis le Petit dit c[ue le pape Gélase était pauvre pour enrichir les autres.