LE DIVAN
Et je n'aperçois que du bleu, du bleu, Du bleu dans la baie;
Le soleil y vient, une heure, au milieu. Faire sa flambée ;
Puis, le carré bleu pâlit vers le soir, Prend un vert turquoise;
Puis il s'assombrit, devient presque noir : C'est comme une ardoise.
Et de signes clairs partout la criblant,
L'invisible craie Vient couvrir alors d'algèbre tremblant
L'ardoise sacrée !
Oh ! ne pas bouger ! ne pas faire un pas
Vers cette fenêtre !
Croire que la cour affreuse n'est pas
Et ne peut pas être !
Oh ! dire au tableau : (( Je ne te permets Que ce qui s'étoile I »
Se placer toujours pour ne voir jamais Le bas de la toile !
Ce serait trop beau! — Ne pas lire tout, Choisir dans le livre ! - —
Mais on ne peut pas ! Sans être debout, On ne peut pas vivre 1
Ce qu'il faut pouvoir, ce qu'il faut savoir.
C'est garder son rêve; C'est se faire un ciel qu'on puisse encor voir
Lorsque l'on se lève;
C'est avoir des yeux qui, voyant le laid, Voient le beau quand même;
C'est savoir rester, parmi ce qu on hait. Avec ce qu'on aime! /
Ce qu'il faut, c'est voir, au-dessus d'un toit.
D'une cheminée, Au-dessus de moi, au-dessus de toi,
D'une humble journée.
D'un coin de Paris, — c'est cela qu'il faut,
Car c'est difficile! — Un ciel aussi pur, un ciel aussi haut
Qu'un ciel de Sicile!