‹ Les musardises, 1887-1893Chapitre 12 sur 67 · LES SONGE-CREUX · texte numérisé non relu

LES SONGE-CREUX

Nous sommes de bien douces gens Qui ne faisons mal à personne.

Contents de peu, point exigeants, Heureux d'une rime qui sonne. Heureux d'un beau vers entendu, D'une ballade commencée, D'une cbimèrc caressée, D'un penser finement rendu.

De bon sens peut être indigents, Détestant tout ce cpii raisonne, Nous sommes de bien douces gens Qui ne faisons mal à personne !

Qu'on laisse aux pauvres songe-creux, Aux rimeurs, aux penseurs élicpies.

Les choses qui les font heureux,

5o LES MUSARDISES.

Leurs rêves et leurs esthétiques !

Laissez-nous poursuivre à l'écart Notre amoureuse musardise; Pour tout ce qui n'est pas de l'art Nous sommes pleins de balourdise; Nous sommes inintelligents Hors de nos vers... Qu'on nous pardonne, Nous sommes de bien douces gens Qui ne faisons mal à personnel

Sans savoir compter jusqu'à trois Nous nous en allons dans la vie; Nous sommes des esprits étroits Qui n'avons qu'une seule envie.

Et nous fuyons dans nos jardins Les contacts blessants du vulgaire.

Lui rendant dédains pour dédains...

Mais ne lui cherchant pas la guerre!

Aussi, daignez être indulgents Au songe-creux qui déraisonne...

Nous sommes de bien douces gens Qui ne faisons mal à personne 1

Février 1888.

La Nature, par qui souvent nous sommes tristes. Nous tous qui l'adorons, les rêveurs, les artistes, — Tandis que jour et nuit nous nous évertuons A vouloir l'exprimer, et que nous nous tuons Au labeur de fixer son image impossible. Nous regarde souffrir et demeure impassible.

Donc, j'étais amoureux de la grande forêt. Son sauvage parfum fort et doux m'enivrait;

Il me fallait ses chants d'oiseaux et ses murmures;

Et, la nuit, je rêvais d'elle, de ses ramures,

Des bouquets nuptiaux que font ses aubépins,

De ses fourrés touffus et peuplés de lapins

Dont on voit brusquement fuir les petits derrières,

Des morceaux de ciel bleu plafonnant ses clairières...

Je l'aimais. Cet amour m'avait pris tout entier

Le jour que j'avais fait un pas dans le sentier

Qui la traverse toute en partant de l'orée.

Je l'avais aussitôt follement adorée.

On y voyait fleurir de grandes, grandes fleurs !

On y sentait un tas de si bonnes odeurs !

Et, le soir, quand chantaient les brises étouffées.

Des endroits noirs semblaient habités par les fées !

On avait peur. Enfm ma tête s'égarait...

Et j'étais amoureux de la grande forêt!

Mais amoureux vraiment, amoureux de ses sources,

De ses ruisseaux croisant dans l'ombre mille courses,

De ses mousses, de ses insectes voltigeant.

De ses feuillages verts, bleu foncé, gris d'argent,

Des enchevêtrements épineux de ses haies,

De ses murons, de ses framboises, de ses baies,

De sa mystérieuse et solennelle paix;

Puis aussi de ses coins dans les taillis épais.

De ses coins retirés qui semblent des alcôves Avec des lits fleuris de petites fleurs mauves !

Et j'aimais les sentiers même où l'on a des peurs Quand les bras sarmenteux des arbustes grimpeurs Viennent en s'étirant vous accrocher la manche, Où l'on se croit suivi soudain quand une branche Vous fait, malicieuse, un brusque frôlement, Et vient vous chatouiller dans le cou, drôlement !

J'aimais cette forêt.

Bien souvent le poète S'éprend ainsi, se met une folie en tête Dont il souffre beaucoup, mais qui dure fort peu Lorsqu'il la satisfait pleinement, lorsqu'il peut Posséder cette idée ou cet objet qu'il aime. Et lui faire un enfant, c'est-à-dire un poème. C'est ainsi que j'aimais. Je mourais du désir De prendre la forêt dans mes vers, de saisir Son charme, son parfum, son silence, et de rendre L'émoi dont m'emplissaient un feuillage vert tendre, Une source, un recoin moussu, quelque oiselet Qui le long du sentier, par terre, sautelait,

54 LES MLSARDISES.

Un rayon qvii glissait dans le feuillage sombre,

Et la fraîcheur exquise, et le murmure, et l'ombre...

Je mourais du désir d'exprimer tout cela !

C'est pourquoi je me dis : « Je serai toujours là

Dans la forêt, notant le moindre frisson d'aile.

Je viendrai chaque jour me remplir les yeux d'elle,

Tâcher de lui voler.de sa beauté, m 'asseoir

Sur le même arbre mort, s'il le faut, chaque soir.

Tant que je n'aurai pas bien traduit son mystère

Et cette forte odeur de feuillage et de terre

Qu'elle sent. Je veux bien me priver de sommeil :

Mais je la surprendrai, la gueuse, à son réveil,

Pour bien voir quelles sont à l'aurore ses teintes.

De quel vert plus brillant ses feuilles sont repeintes.

Et .comment la rosée à leur'bout vient perler,

Et comment tous les plus vieux arbres font trembler,

Dans l'azur matinal, des cimes toutes roses! »

Oui. mon rêve, c'était de traduire ces choses. Mais malgré mes efforts je ne le pus jamais ! Je ne possédai pas la forêt que j'aimais! Et mon amour devint alors de la souffrance. Je fus pris tout d'un coup d'une désespérance

Affreuse. Et comme, un jour, pour la dernière fois.

Assis dans la fraîcheur exquise d'un sous-bois,

Je voulais découvrir les mots exacts pour dire

L'églantier qui fleurit, la brise qui soupire,

Le mystère si calme et frais du clair-obscur,

Les petits airs penchés des clochettes d'azur

Qui se livrent, sans doute, à quelque babillage,

Et les sourires bleus du ciel dans le feuillage.

Le soleil qui parlbis en rais semble pleuvoir,

Je me mis à pleurer de ne pas le pouvoir!

J'étais vaincu, brisé I Soudain, tout mon courage

S'en allait! Je pleurais d'impuissance et de rage!

Je pleurais, suffoqué de douleur, étouffant

D'un de ces gros chagrins de poète et d'enfant!

Et les branches étaient doucement frémissantes.

Et iamais les oiseaux cheminant dans les sentes

N'avaient -été plus gais, les merles plus siffleurs.

Au-dessus de mon front passaient des vols ronfleurs

D'abeilles, de frelons... J'étais couché dans l'herbe .

Et je la sentais douce, odorante. Et, superbe.

Sans savoir que pour elle un homme sanglotait,

La forêt verdoyait, fleurissait et chantait !

La Nature est toujours la grande indifl'érente;

De tous les maux humains elle reste ignorante. Souvent les malheureux l'ont maudite, en voyant Qu'elle les regardait en ne s'apitoyant Jamais, et que devant leurs souffrances cruelles Ses fleurs gardaient leur joie et fleurissaient plus belles, Et qu'elle n'était rien qu'un merveilleux décor! Mais, pour nous qui l'aimons, c'est bien plus dur encor. Pour nous, ses amoureux, les peintres, les poètes. Puisque enfin nos douleurs par elle nous sont faites 1 C'est de son seul amour que l'artiste est martyr. Ne peut-elle donc pas à ses maux compatir, La toujours insensible et sereine Nature, Ou paraître savoir tout au moins sa torture.^

Mais non ! — Et si jadis, forêt, grande foret.

Si, dans son désespoir, celui qui t'adorait

Etait allé se pendre, un soir, à quelque branche.

Cela n'aurait pas fait ftmer une pervenche.

S'attrister un iris, pleurer un chèvrefeuil!

Tes roses d'églantiers n'auraient pas pris le deuil

De leur pauvre amoureux, en fermant leurs pétales 1

Calmes auraient souri tes hautes digitales!

Tes oiseaux n'auraient pas éloigne leurs ébats

Et n'auraient pas jasé ni chansonné plus bas

En voyant balancer ma longue forme brune I

Et quand un ironique et blanc rayon de lune

M'aurait comme vêtu du linceul des défunts.

Ta brise aux chauds soupirs, ta brise aux doux parfums

N'aurait pas tu son bruit de harpe qu'on accorde,

Et des liserons bleus auraient fleuri ma corde 1

Bellevuc, if

ou L'ON RETROUVE PIF-LUISANT

Il bouquinait un vieux Hugo de chez Hetzel Au seuil d'une taverne. Etant de cette race Qui déjeune d'un bock et dîne d'un bretzel, Il m'apparut bien maigre à cette humble terrasse.

Alors, je l'emmenai dans le soir. Il parlait. Le profond Luxembourg nous ouvrit ses quinconces. Je crois l'entendre encor dans le soir violet Maudire l'esthétisme et les Muses absconses.

Je crois le voir encor s'arrêter. — a Mille dious ! d Dit-il au promeneur surpris qu'on l'interpelle, « Notre premier devoir est de chanter pour tous ! « Foin d'un art complique pour petite chapelle !

ou L ON RETROUVE PIF-LUISANT. 69

(( Quand l'importance du cheveu que vous sciez En huit, mes bons seigneurs, n'est pas très bien saisie, Pourquoi vous figurer que des initiés Peuvent seuls s'ingérer d'aimer la Poésie ?

(( Certc, il faut fuir les lourds et stupides moqueurs, Mais craindre, quand on veut écarter le vulgaire. D'y confondre certains qui n'en sont pas, les cœurs Qui sentent grandement, s'ils ne comprennent guère.

« Aimez ces dédaignés et ces silencieux Qui, les vers déclamés, n'en disent rien de juste. Mais à qui l'on surprend des larmes dans les yeux, Tant ils ont bien senti passer le vol auguste !

« Aimez ces ignorants de vos jeux, de leur prix. Et leur simplicité quelquefois justicière; Et songez qu'après tout ce qu'ils n'ont pas compris Ce n'était, bien souvent, que tours de gibecière.

« Ah ! ne préférez pas ces soi-disant experts Qui pèsent au carat les beautés précieuses A ces âmes qui pour répercuter les vers Oi)t la sonorité des âmes spacieuses I »

ou L'ON PERD PIF-LUISANT

J'allais souvent le voir tandis qu'il se mourait.

C'était à mi-chemin du ciel qu'il demeurait, Dessous les toits, et dans une affreuse mansarde Aux murs blanchis, au noir plafond qui se lézarde. J'allais souvent le voir, et nous causions longtemps. Et SCS doigts amaigris étaient plus tremblotants Chaque jour, et sa lèvre était plus violette.

Il me disait :

« Surtout, ne sois jamais poète.

Les vers, mon pauvre ami, c'est ce qui m'a perdu.

ou l'on perd pif-luisant. 6»

Tu le vois, je suis vieux, exténué, rendu Avant l'âge, car j'ai voulu faire ce rêve. La lutte m'a brisé. Non, la vie est trop brève : Pourquoi passer son temps à batailler, pourquoi Ne pas vivre en son coin, sage, et se tenant coi? Le bonheur régulier, crois-moi, la vie intime, Le foyer, une femme et des enfants, l'estime De son quartier. Surtout, ne fais jamais de vers ! N'en fais jamais I Si c'est un innocent travers. S'il te plaît, comme on dit, de courtiser la Muse, Quelquefois, au dessert, en bourgeois qui s'amuse. Tu le peux, et c'est sans danger.

(( Mais si, le soir.

Quand la lune sourit, tu rêves de t'asseoir Sur le vieux banc de pierre au fond du parc, d'entendre La chanson de la brise, et si tu vas t'étendre Par les matins d'été, dans l'herbe, sur le dos, En regardant le ciel avec des yeux mi-clos, Si le rythme t'émeut, si ton être tressaille Quand s'envole une strophe, et si ton cœur défaille Quand un ami te lit des vers à haute voix. Si le désir te prend, devant ce que tu vois, De l'exprimer avec une forme parfaite,

Si tu sens vaguement s'agiter un poète

En toi, n'hésite pas ! étouffe clans ton cœur

Ce serpent! Il y va, crois-moi, de ton bonheur...

Et le bonheur vaut seul vraiment qu'on s'en occupe I

Le métier de poète est un métier de dupe.

Ah ! mon expérience est amère ! Longtemps,

J'ai subi les dédains, les affronts irritants

Des sots; j'ai combattu pour l'art, plein d'énergie!

Je marchais, ébloui toujours par la magie

De mon rêve, mes yeux de fou perdus au ciel!

Je ne souffrais de rien. J'étais même sans fiel

Pour ceux qui me raillaient. J'étais le doux bohème

Inoffensif; j'allais, en penaillons, tout blême,

Et nourri seulement des viandes de l'esprit;

Sans me mettre en souci du vulgaire qui rit,

J'allais, gonflant toujours quelque nouvelle bulle!

J'étais l'extravagant heureux qui noctambule,

Qui trouve, pour dormir, un banc délicieux.

Pour qui tous les plafonds sont trop bas, sauf les cieux.

J'étais le vagabond poète qui balade,

Cherchant des jours entiers un refrain de ballade,

Et qui va devant lui, sans souci des hivers,

Heureux de se chanter à lui-même ses vers !

Je me disais : Mon temps n'est pas venu, mon heure

ou l'on peud pif-luisant. 63

Sonnera. Mais j'ai vu que l'espoir était leurre.

J'ai vieilli, je me suis lassé d'être incompris.

C'est absurde, mais c'est ainsi : le beau mépris

Que nous avons d'abord pour le goût du vulgaire

Tombe avec l'âge. Eh quoi! toujours faire la guerre?

On veut avoir son tour de gloire. On n'en peut plus

Des veilles sans profit, des travaux superflus.

J'ai fait de l'art. Cet autre fait du vaudeville :

Et c'est à lui que va la multitude vile.

C'est lui que l'on acclame. Et moi je meurs de faim!

Eh bien! je me révolte et je crie, à la fin!

Mon cœur veut déverser son trop-plein d'amertume.

Nous autres, je sais bien, notre gloire est posthume

Quelquefois. Il parait que, quand nous sommes morts,

La Gloire, cette femme, a souvent des remords

De ne pas nous avoir aimés. On nous découvre.

Nos vers sont exailés; nos tableaux vont au Louvre...

Mais que nous font de verts lauriers sur nos tombeaux?

C'est vivant que j'aurais voulu quelques lambeaux

De cette pourpre; et, mort, je n'en fais nul usage!

Yois-tu, le désespoir vous étreint avec l'âge

D'être plus inconnu qu'un faiseur de couplet;

Et l'on mendie : « Un peu de gloire, s'il vous plaît!

Daignez avant ma mort m'avancer quelque chose.

Quelques rayons sur ma future apothéose I

Si l'on doit m'admirer plus tard, il vaut autant

Commencer tout de suite, et je mourrai content.

J'ai trop voulu sortir de l'ornière banale,

Dites-vous : quand l'idée est trop originale

On la repousse?... Eh bien! si c'est là le récif

Où j'échouai, je veux bien faire du poncif.

Du poncif, s'il le faut! Mais avant que j'expire.

C'est mon rêve, je veux que le bourgeois m'admire 1 »

(( Oui, vieillis, les plus fiers lutteurs, les plus fougueux Parlent ainsi, lassés d'être incompris et gueux 1

(r Car c'est une tristesse noire De vieillir toujours méconnu.

Alors, n^ayant pas eu la gloire Dans cette vie, on n'a rien eu.

« Comme on a passé sa jeunesse A chasser la chimère, on n'a Rien récolté pour sa vieillesse.

Et quand l'heure affreuse sonna.

ou l'on perd PIF-LUISAiNT. 65

M L'heure de la tristesse, l'heure Des ressouvenirs étoutTants, On se vit pauvre, sans demeure, Et vieux grand-père sans enfants.

(( Trimer, c'est bon quand on est jeune. Mais on change en sj faisant vieux.

On ne supporte plus le jeûne.

On songe qu'on serait bien mieux

« Dans un intérieur confortable Que sous un plafond d'où ça pleut; On songe que se mettre à table Doit être un plaisir, quand on peut!

« On songe qu'une chambre chaude Doit être agréable, le soir.

Avec une femme qui rôde ♦

Autour de vous, blonde, en peignoir;

« Qu'il est doux, lorsque le vent souffle.

D'être, béat, au coin du feu;

Tout en rôtissant sa pantoufle,

De somnoler un petit peu;

« Qu'il est doux de prendre ses aises. De mettre aux chenets son talon, D'avoir, au lieu de quatre chaises.

De bons fauteuils dans son salon !

« Ah ! que de choses on regrette Lorsqu'on eut des rêves trop grands !

Musicien, peintre, poète, Ce sont de fichus métiers. Prends

(( Quelque bon métier qui rapporte; Mets sur ton oreille un crayon Ou des panonceaux sur ta porte.

Et ne cherche pas le rayon !

« Ne fais jamais d'art ! Ne tingère Jamais de penser du nouveau!

Fume un gros cigare. Digère.

Et crains les rhumes de cerveau !

« Bois frais. Tiens-toi dans l'allégresse. Pas de vers, je te le défends.

Vis comme mi coq en pâte. Engraisse.

Fais des ribambelles d'enfants!

ou l'ois PEan pif-luisani. 67

« Du reste, je te dis ces choses, Mon pauvre ami. mais je sais bien Que les conseils des vieux moroses Ne serviront jamais de rien.

(( Et que, si le diable t'}' pousse, Tu seras poète, gamin !

— Mais j'ai parlé trop, et je tousse... Embrasse-moi vite. A demain! »

Le lendemain, j'appris la mort du pauvre hère. Je l'accompagnai seul jusqu'à son cimetière. Puis, ayant vu glisser le cercueil dans le trou, Je marchai devant moi, longtemps, sans savoir oii. Et je songeais : u Jamais je ne serai poète ! Car je n'ai pas le cœur assez brave, et ma tèle S'égarerait à tant souffrir. Je ne veux pas Traîner cette existence affreuse, à chaque pas Me blesser aux cailloux aiguisés de la route. L'Art, oh! l'Art m'attirait et me giisait, sans doute! Mais je veux travailler à faiie mon bonheur. Cet homme avait raison. Il m'a donné la peur

Du calvaire qu'il faut gravir pour être artiste. Je veux vivre impassible et vieillir égoïste 1 » Je m'aperçus alors que j'étais dans les champs, Que les arbres, bouquets de parfums et de chants. S'éveillaient au soleil, et que les verts cytises Invitaient sous leur ombre à des fainéantises; Que le ciel, d'un bleu pâle, avait l'air d'un satin De Chine; que c'était l'adorable matin, L'heure oii la cime des ormeaux tremble et rougeoie. Dans ces odeurs, dans ces fraîcheurs, dans cette joie, J'oubhai tous les maux que l'autre avait soufferts...

— Et je rentrai chez moi pour écrire ces vers.

LE TAMBOURINEUR

A l'heure où l'invisible orchestre des cigales N'exerce pas encor ses petites cymbales, Quand l'horizon est rose et vert, de bon matin. Par les sentiers pierreux de la blanche colline. En jouant un vieil air lentement s'achemine Le tambourineur, beau comme un pâtre latin.

70 LES MLSARDISES.

Sous les jsins parasols d'où pleuvent les aiguilles Qui rendent les sentiers glissants, il fait des trilles Sur le fin gaboulet, comme un merle siffleur. Sa longue caisse aux flots de rubans verts ballante. Il s'en va pour donner une aubade galante A la belle qui l'a choisi pour cajoleur.

11 souffle dans son fifre un air très gai de danse,

Pendant qu'il frappe avec la baguette, en cadence.

La peau du tambourin qui ronfle sourdement.

Le petit galoubet d'ivoire rossignole,

Et le tambourin suit l'olerjte farandole

D'un monotone, un peu triste, accompagnement.

Tambourineur d'Amour, comme je te ressemble! Je vais jouant du triste et du gai tout ensemble : Le tambourin sonore et grave, c'est mon cœur, Bien plus lourd à porter, va, que ta caisse lourde ! Mais, toujours, cependant qu'il fait sa plainte sourde, Sifflote mon esprit, ce galoubet moquetir!

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