‹ Les musardises, 1887-1893Chapitre 35 sur 67 · CHA>ÎSON DANS LE SOIR · texte numérisé non relu

CHA>ÎSON DANS LE SOIR

Mais, clans le lointain de pastel, Ce chant naïf, lent comme un psalme, Etait irrésistible, — et tel One cet instant fut immortel De calme.

Il se fît un tel unisson De ce chant et du paysage, Que le poète eut un frisson.

Et nous vîmes des pleurs sur son Visage.

Puis, de ce ton triste et coquet, Emu, mais où du railleur passe, De ce ton qui laisse inquiet, Qui est son défaut, et qui est Sa grâce.

Cependant que toujours, parmi Le doux bruit du soir qui soupire, Montait sur le val endormi La chanson charmante, il se mit A dire :

l3o I-ES MLSARDISES.

(( 0 chanson qui monte, vieil air, Filet lointain d'une voix pure, Selon la brise vague ou clair, O dentelle de son dans l'air.

Guipure !

(( 0 chanson qui monte dans l'or Du ciel, sur la lande embrumée, Qui flotte au-dessus du décor.

Ruban de son, et moins encor...

Fumée 1

« Ohl qui donc, de cette façon ^lélancolieuse et touchante.

Quel rustique et jeune garçon, Quel bouvier, quel pâtre, ô chanson, Te chante?

(( Quel simple, ignorant de ce qu'il, Oh ! de tout ce qu'il ressuscite De tendre, en moi, de puéril, Ajoute ce charme subtil Au site?

CHANSON DANS LE SOIR. l3l

« Charme dont, languissant musard, Je suis ému jusqu'à la larme, Parce que, inattendu, sans art.

Il éclôt d'un simple hasard, Ce charme I

« Voilà! le fredon d'un vilain, L'odeur d'un pré, la saison, l'heure, Un peu de bleu crépusculin, Yoilà ! ce n'est pas plus malin...

On pleure !

(( Eh quoi! pleurer comme d'amour Pour un Ion Ion la monotone, Pour le dernier soujjir du jour.

Pour le vent dans les arbres, pour L'automne;*

(( De quoi donc souffrent-ils, mes nerfs? De quoi donc, mon âme, es-tu veuve, Pour que, parmi ces champs déserts, Un air tel que tous les vieux airs M'émeuve?

l32 LES MUSARDISES.

(( Est-ce là mon état normal?

De quel ciel suis-je nostalgique?

De quel pays ai-je le mal?...

Tais-toi, chant qui me rends ce val Magique!

« Ah! de mes larmes il appert Que dans un désordre je sombre 1 Quoi! pleurer parce que \'esper S'allume, et qu'une voix se perd Dans l'ombre?

« Savourer le charme anxieux Du moment et de l'atmosphère?

Jouir de l'ouïe et des yeux?

— Hélas! il y a pourtant mieux A faire!

(I II y a pourtant plus d'un but Digne d'un homme jeune et libre !

0 chanson dans le lointain... chut!

jNe serai-je jamais qu'un luth Qui vibre?

CHANSON DANS LE SOIR. l33

<( Je m'en blâme... et toujours, si on Chante un chant dans un loinlahi rose.

Je retourne avec passion A cette délectation

Morose !

<( La Iristessc est un aconit Doux et vénéneux, que j'aspire!

Et mon vivre est selon le rit De ton Jacques d'As yoii Uke it, Shakspeare !

(( Mon' cœur m'échaj)pe, se mêlant A toute fin de jour jolie; Et sitôt qu'un air doux et lent Monte, j'en suce la mélan- Colie!

(( Oui, tout le triste qui coula D'un chant, à l'heure violette, Est suce par moi... Ion, Ion, la...

Comme l'œuf est sucé par la Belette I »

Coteau d'Andillj', iSg.'î.

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