‹ Les musardises, 1887-1893Chapitre 4 sur 67 · LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE

Au son d'un vieux Pleyel qu'un voisin pauvre oblige

A moudre des galops, Chaque jour je m'éveille en murmurant : « Où suis-je? »

Comme dans les mélos.

Je sors de la féerie en mon rêve apparue,

Je sors d'une foret...

Et j'habite un hôtel situé dans la rue

De Bourgogne, il paraît!

C'est une rue étroite, avec peu de silence

Et beaucoup de maisons, Dont les cris les plus gais sont : « La belle Valence ! »

Et : « Les quatre saisons I »

lO LES MUSARDISrS.

L'acajou de ma chambre est, ce matin, d'un style

Si Louis-Philippart, Que de cette atmosphère ingénument hostile

Toute espérance part!

Quelles traces, fauteuils, sur votre velours chauve Laissèrent d'humbles dos!

0 fentes du plafond! ô papier de l'alcove! 0 couleur des rideaux!

C'est aujourd'hui jeudi. C'est le jour où Marseille Tient ses marchés de Heurs.

C'est là que je serais, dans la tiédeur vermeille. Au milieu des flâneurs,

Si je n'avais voulu, pour être ce poète

Que nul ne demandait, Risc|uer d'être à Paris un Daniel Eyssetle

Sans Alphonse Daudet ;

Si je n'avais rêvé le vieux rêve inutile,

A tant d'autres pareil.

De me faire une place au soleil d'une ville

Qui' n'a pas de soleil!

Page 1