I.A CHAMRUE
Je n'ai pas de soleil, et j'ai toujours décembre, Et pas encor d'amour :
Toute mon existence est comme celle chambre Qui donne sur la cour !
L'ami qui vient me voir, joyeux quand il arrive, Est trisle en s'en allant;
El la foi chaque jour me semble être moins vive Qu'il eut dans mon talent.
Sauf qu'il y a toujours sur ma table une rose,
Dans l'àtre une souris Qui s'occupe toujours à ronger quelque chose,
Je suis seul à Paris.
Mais, furtif rongement, mystérieux cinnanie,
L'animal et la fleur Mettent autour de moi, l'une l'odeur d'une aine.
L'autre le bruit d'un cœur.
Je n'ose plus penser que jamais à ma tempe Verdisse aucun laurier,
Et crois me satisfaire en trouvant sous ma lampe Un bonheur d'ouvrier.
la LES MUSARDISES.
Mais je vois sur la table une grande corolle,
Dans l'âtre un petit œil; L'un me dit : a Patience! » — et j'entends sa parole;
L'autre me dit : « Orgueil ! »
Ce sont les deux conseils dont j'ai besoin pour vivre, L'un gris, l'autre vermeil :
Mais le second conseil est moins facile à suivre Que le premier conseil.
Pourtant, le bruit qui ronge et le parfuni qui rêve Me rendent quelque espoir,
Et je me sens moins seul dans l'ombre, et je me lève, Et je ris dans le soir.
Sûr de pouvoir toujours, malgré l'heure grisâtre.
Rire comme je ris.
Tant qu'il me restera, sur ma table et dans l'âtre,
Ma rose et ma souris.
Paris, 1890.