‹ Les musardises, 1887-1893Chapitre 63 sur 67 · LES GENETS · texte numérisé non relu

LES GENETS

Sur ces balais — stupidemenl — dressés du sol S'est abattu tout un doux vol.

Pour se poser — sur ces balais, — dans la campagne. Des papillons viennent d'Espagne.

Des papillons — qui sont des fleurs, — des fleurs qui sont Des papillons! Essainj.»' Buisson.^

LES GENÊTS. a55

Sont-ils des fleurs ? — Sentez leur souffle ! — Ou bien sont-elles Des papillons? \oyez leurs ailes!

Papillons-fleurs, — ces papillons — - se sont, légers, Sur chaque brindille étages I

Les gros en bas, — et, tout en haut — de chaque tige, Le plus petit de tous voltige!

Kl tout ce vol — de papillons — tout palpitants S'installe là pour quelque temps.

Et maintenant, — les vieux balais — ont une housse, Et répandent une odeur douce :

Ça sent si bon — que c'est toujours — comme si on Attendait la procession !

l']t cette odeur — s'en va troubler — toute la lande. Car le vent fait la propagande.

lîalais! balais! — qui vous eut dil. — balais piteux. Que vous seriez si capiteux;'

Et tout d'un coiij) — (mais quel besoin — des fleurs onl-elle Etant des fleurs, d'avoir des ailes?)

L'essaim doré, — qui se souvient — d'être espagnol, Prend au vent d'Espagne son vol !

Que restc-t-il — de For \ivant, — des ailes douces? Quelques noires peliles gousses !

Vous n'avez plus — qu'à frissonner, — genêts frileux. En nous olTrant des balais bleus.

Des balais bleus — pour balayer — devant nos portes L'amas prochain des feuilles mortes!

Balais! balais! — pauvres genêts, — vous êtes laids! Vous n'êtes plus que des balais !

Et vainement — vous murmurez, — ne pouvant croire A la fuite de tant de gloire :

« Qu'est-ce que c'est — que ces fleurs-là — qui fuient aux vciil Il faut consulter les Savants! >•

LES GEMnS.

(( Que voulez-vous! » — vous répoudronl — leurs voix cassées, « C'est des papilionacées!

(( 11 laul avoir, — quaud on a peur — de ces douleurs, Des fleurs qui ne soient que des fleurs!

« Mais quand on veut — des fleurs en or — ayant des ailes, On sait à quoi s'attendre d'elles! »

XYI

Derniers petits chants et derniers ébals Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

On entend encor fuser quelques trilles.

La couleur du ciel commence à muer.

Des coups d'ailes font encor remuer La vigne des murs, le lierre des grilles.

Derniers petits chants et derniers ébals Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

DERNIEUS PETITS CHANTS...

Les échanges vifs que faisaient les branches D'oiselets lancés comme des volants Deviennent plus mous, deviennent plus lents. La lune, au ciel clair, met ses cornes blanches.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Le doux crépuscule a jeté sa cendre; Les lointains sont bleus et vont se noyant; Et la feuille d'or, tout en tournoyant. Du grand peuplier se met à descendre.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Une cloche tinte, une chèvre bêle.

Une fille passe, et chante, et suit l'eau.

Le chant que l'on chante à cette heure est beau

La fdle qui passe à cette heure est belle.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

26o LES MUSAUDISES.

Les pas des marcheurs allardés se pressent. Un rameau, quitté par son chanteur fol, Est encor tremblant de l'élan du vol.

Où vont ces oiseaux qui tous disparaissent.-^

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

La clarté s'esqui\e, et déjà l'on doute Si l'objet qu'on voit est loin ou tout près. S'en revenant seul, lentement, des prés, Un poney ^elu traverse la route.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Un alignement de petites meules

Donne aux champs l'aspect de camps endormis.

L'heure est aux amants, et non aux amis.

Les cœurs vont par deux, les âmes vont seules.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

DERNIERS PETITS CnA>TS... aOl

l>a vie csl soudain comme une inconnue Qui fixe sur vous de trop larges yeux. Il semble que tout soit insidieux.

On s'entend parler d'une voix émue.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

On s'entend parler d'une voix de songe Dont on ignorait la sonorité.

C'est l'heure charmante où la vérité , A tout à fait fair d'être du mensonge.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Et si maintenant la rainette chante Aux bords ébréchés des petits bassins.

C'est que, sur ton cœur ayant des desseins. Cette heure a besoin d'être trop louchante...

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

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