‹ Les musardises, 1887-1893Chapitre 62 sur 67 · LES 13 CK L' F S · texte numérisé non relu

LES 13 CK L' F S

Ils avancent, coiffés de peaux d'agneaux, les bœufs, Flanquant des coups de queue à leur croupe écailleuse, Et sans paraître voir le tournant trop bourbeux, Ni qu'après le tournant la côte est rocailleuse.

Lorsque le char s'enionce et qu'il laut l'arracher, Dans le marbre gluant des «aseaux noirs et roses, Ils soufflent un instant, puis, sans daigner broncher, Ils partent à nouveau, les paupières mi-closes.

Et tandis qu'ils sont là peinant, poussant plus fort.

Les bœufs mystérieux, énormes et timides.

Comme s'ils demeuraient étrangers à l'effort.

Gardent, sous leurs cils durs, toujours, leurs yeux humides.

Un attendrissement semble être en eux monté Que ne peut plus troubler la présente détresse; Et. les voyant souffrir avec cette bouté. J'ai compris quelle était leiu' profonde sagesse.

Ils ne s'étonnent plus, les paisibles bœufs roux, Car ils ont longuement réfléchi sur les choses; Et ce sont devenus des philosophes doux, Patients rumineurs des effets et des causes.

LES JirSARDISES.

Ils ne s'étonnent plus, ils ne s'indignent plus, Sachant qu'on perd son temps en révoltes superbes, Quand la route implacable ouvre ses deux talus, Et qu'il vaut mieux songer en remâchant des herbes I

Ils savent qu'à leur sort ils ne changeraient rien. Mais que chaque moment des plus ingrates vies Peut posséder le rêve, insaisissable bien, Secrète liberté des races asservies I

Qu'importent l'aiguillon cruel, le taon haineux. L'accouplement au joug, les cornes qu'on attache ! Ils ne souffrent de rien, ne vivant plus qu'en eux, Et machinalement accomplissant leur tache.

Qu'importe la charrue et d'avoir entendu Le cri que le bouvier pousse à la capvirade ! . . . Chacun, posant sans bruit son large pied fendu, Rêve, et sent près de lui rêver son camarade.

Ils vont, sans s'occuper des coups ni des faux pas. Trouvant que pour rêver, déjà, la vie est brève. Et que, si grands qu'ils soient, des maux ne valent pas De détourner le sage, un moment, de son rêve !

LES BœuFS. a5I

C/est pourquoi, quand, la ronce accrochant les moyeux , L'ornière sous la roue hostilement se creuse, Au plus fort de la lutte ils gardent dans leurs yeux Cette belle douceur de la pensée heureuse.

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