V. vanté je n'ai repi d'assignation, et qui que ce soit n'a
«|P pu me dire. dans la rue : Paye-^moi ce que tu me dois !
: i.\v':V'la'ti pas encore un bùm fruit de nature, pour ve^
^i^insolenter le monde! Apprends que tout ce quej'a
■X^i.çsi à moi, ça ne doit rien à personne, et toutes les
Vj^'^rké.disanices ne m'ôteraient pas seulement un fétu. On
.\'i>^^^ toi, pour ce que fes. C'est la discorde en
7'% jpersonne, » etc., etc.
. :-; -^ A ce soudain retcHir de la harengère vers ses fa-
çons du carreau de la Halle, le public battait des mains, la salle trépignait, les vendeuses de marée, venues dix ou vingt fois de suite pour entendre la pièce, criaient à l'acteur Corsse :
— Bravo, mon fiston/ ou : — Hardi, marne Angotf Augereau faisait comme les dames de la Halle :
il battait des mains et riait.
L'acte achevé et le dernier couplet chanté, le général demanda à ses aides de camp si Ton jouait encore une pièce. Il voulut attendre le vaudeville final. Mais le citoyen Lagrange frappait à la porte de la loge.
— Qui est là? demanda Augereau. Voyez.
Lorsqu^il apprit ce dont il s'agissait, le général
sortit dans le couloir et écouta le rapport verbal de Lagrange.
— Encore une rixe I fit Augereau avec colère ; et cela a été sérieux?
Lagrange fit signe àPicoulet de parier
— Oui, général, répondit Picoulet au hasard, sans trop savoir ce qu'il disait.
— Pouvez-vous m'adresser un rapport demain matin, à Tétat-major de la place?
— Oui, général I fit Picoulet.
— Ah ! sacrebleu, dit Augereau, les clichyens finiront par nous échaufiter trop les oreilles I Un tas de clampins qui boivent des limonades, tandis que nos camarades mangent des cartouches, là-bas I Ah I ces messieurs rêvent plaies et bosses? Ah ! cela les amuse de jouer à la bataille I Eh bien, tonnerre I
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on leur en donnera; ils auront de quoi se divertir I
— Alors, général, demanda le citoyen Lagrange, vous décidez...?
— Ne vous occupez de rien, ça me regarde, fit Augereau ; mais avant deux mois, il ne restera pas plus de muscadins dans Paris que dans le creux de ma main.
Picoulet regardait d'un air hébété la main du gé^ néral. /
Augereau congédia d'un geste les deux agents en disant à Picoulet :
— Je compte sur votre rapport!
Puis rentrant dans sa loge :
— Allons, dit-il à ses officiers, amusons-nous encore ; mais nous nous donnerons avant peu d'autres distractions que celle-ci, je vous en réponds.
Et il se mit à regarder d'un air bourru la toile, qui n'était pas encore relevée.
Picoulet rentra chez lui sans savoir le chemin qu'il suivait. Paméla était couchée et, le nez dans la ruelle, faisait semblant de dormir. La veille, le pauvre Picoulet eût appelé ce repos «le sommeil de l'innocence.» Il alluma sa lampe, prit du papier, une plume, et rédigea le rapport qu'on lui demandait; mais sa main seule marchait et sa tête était ailleurs. Ses idées le fuyaient.
— Je me moque pas mal ric tout cela, se disait-il. Il s'agit bien des clichyens !
Et il regardait en soupirant le lit où, dans la pénombre, bonne amie sommeillait, étendue.
— Des conspirations! Favrol! Louvet! Les muscadins I Qu'est-ce que cela me fait, à moi? ajoutait Picoulet en soupirant.
Pourtant il reprenait la plume ; il écrivait, puis il s'arrêtait, songeait et laissait passer les heures.
Il se rappelait maintenant ce dragon qu'il avait rencontré installé dans la boutique de bonne amie^ quai des Morfondus, et il frissonnait.
— Je ne l'aurais jamais cru, se disait-il.
Le petit jour le surprit, travaillant et songeant tour à tour; sa lampe charbonna, fuma, s'éteignit. Alors Picoulet s'étendit dans l'unique fauteuil qu'il possédait et, la tête appuyée au dossier, il fit un somme. Paméla l'éveilla lorsqu'elle se leva pour s'habiller.
Picoulet lui sourit instinctivement, oubliant ce qui s'était passé la veille, et il lui dit doucement : — Bonjour, bonne amie.
Puis, songeant à la rue des Bons-Enfants, il soupira, se reprocha ce bonjour qu'il trouva lâche, et, glissant son rapport dans sa poche, il descendit après s'être trempé la tête dans l'eau et s'être un peu contraint pour manger son pain et son chocolat d'habitude. La migraine étreignait son front. Il eût souhaité être malade, se coucher et en finir.
Lorsqu'il remit à l'état-major le rapport à un lieutenant de service, l'officier crut devoir le féliciter de son zèle.
— Oh I dit Picoulet, je fais mon métier, voilà tout!
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Et, en se rendant à son poste, au ministère de la police, Jean-Baptiste répétait, comme un homme qu'une idée unique absorbe, étreint, accable et va tuer peut-être : -•
— Maintenant les conspirateurs euvent bien faire ce que bon leur semblera. Ce n'est pas moi qui les troublerai... Favrol peut bien aller et venir, ce n'est certainement pas Picoulet qui lui mettra la main au collet... Le Directoire peut bien être menacé, ce n'est pas moi qui le sauverai. La politique ? Les affaires ? Le salut public ?. . . Ah bien I s'il n'y avait que moi pour m'en occuper I... A quoi bon demanderais-je de l'avancement à présent? Pour faire plaisir à bonne amie ! Bonne amie m'a fait trop de peine I Bonne amie m'a trompé I J'aurais pu devenir je ne sais quoi, secrétaire général, ministre de la Police, ministre... (et Picoulet souriait encore vaguement à ce Têve évanoui). Je ne serai jamais rien qu'un pauvre diable. Voilà l'ouvrage des femmes : — je suis un homme fini I