Les musées d'Allemagne
es musées de l'Allemagne ne sont pas aussi connus qu'ils mériteraient de l'être. Viardot, le premier, avait attiré sur eux l'attention, et le volume qu'il leur a consacré dans la série de ses études sur les galeries de l'Europe fut publié en 1844. Il serait aujourd'hui aussi aisé qu'inutile de relever les erreurs assez nombreuses, qu'il a pu commettre, et il nous paraît plus juste de rappeler ici qu'il a frayé une voie inexplorée jusqu'à lui. Comme il aimait la peinture, à force de voir et de comparer des tableaux, son goût s'était formé peu à peu. Si d'ailleurs on se reporte au temps où il écrivait, si l'on songe aux ressources dont disposait la critique, les erreurs ou les oublis qu'il a pu commettre sont tout à fait explicables. Les catalogues d'alors — et bien des musées en étaient même dépourvus — mentionnaient sans les discuter les attributions les plus contestables, et les indications qu'ils fournissaient sur les artistes n'étaient guère mieux fondées. C'est à partir de 1 85 1 seulement que les catalogues du Louvre, dus à M. F. Villot, inaugurèrent à cet égard un progrès décisif, et ils ont depuis servi d'exemple à toute l'Europe.
Il appartenait également à un Français de faire bientôt mieux apprécier la richesse des collections de l'Allemagne. Très épris des maîtres hollandais, de Rembrandt surtout, pour lequel il professait un véritable culte, Bûrger avait à diverses reprises signalé l'intérêt que- pouvait offrir l'étude de ces musées, et bien qu'il se plaçât à un point de vue un peu exclusif, il devait, avec sa verve chaleureuse, contribuer puissamment à stimuler l'opinion. La critique, du reste, commençait à comprendre qu'au lieu de ces vagues dissertations, esthétiques ou littéraires, auxquelles pendant trop longtemps elle s'était complu, il y avait à préparer le terrain même de ses études et à recueillir un à un les matériaux qui lui manquaient. Très résolument, en tous pays, elle s'était mise à l'œuvre, et une abondante moisson de documents, de dates et de faits précis l'avait récompensée de son patient labeur. Dans cette œuvre commune, les archives comme les musées fournissaient leur contingent de découvertes, et l'histoire des diverses écoles, l'histoire même de l'art dans son ensemble, se dégageait peu à peu de ces recherches partielles et des monographies consacrées aux principaux maîtres par des érudits ou des hommes de goût.
Grâce à ces travaux consciencieux et persévérants, grâce au courant d'idées qu'ils provoquèrent, le public, de son côté, était devenu de plus en plus sympathique aux arts. Il avait reconnu l'utilité pratique que présentent les musées, les enseignements que les industriels aussi bien que les artistes y peuvent trouver, le noble délassement