‹ Les musées d'AllemagneChapitre 11 sur 62 · Deutscher Nation Herrlichkeit. Cologne · texte numérisé non relu

Deutscher Nation Herrlichkeit. Cologne

logues et des critiques d'art ont voulu en trouver la trace dans des caractères peints en grisaille au bas des volets extérieurs du triptyque, et que nous reproduisons ici dans l'ordre où ils se présentent.

Ces caractères mystérieux, de dimensions inégales, espacés sur les deux panneaux à des intervalles irréguliers et n'ayant par conséquent point l'air d'y figurer une suite, ont naturellement provoqué bien des commentaires et des discussions. Suivant une interprétation donnée par Wallraf et admise par Passavant, ces caractères, rapprochés ainsi : M.IV.O.X., formeraient la date : mille quatre cent dix (1410). Une semblable interprétation, qui suppose un système de numération tout à fait bizarre et un mélange de chiffres romains et de chiffres arabes dont, à notre connaissance, il n'existe pas d'autre exemple, nous parait tout à fait inadmissible. Cette date de 1410 ne se concilierait aucunement, d'ailleurs, avec celle de 1447 qui, d'une façon parfaitement régulière et authentique, est portée sur le tableau de Darmstadt. Il n'existe pas, en effet, entre l'exécution des deux ouvrages de différence bien sensible et, si l'on voulait absolument en trouver une, elle serait plutôt, croyons-nous, à l'avantage du Dombild où la largeur et la beauté sont supérieures. Toutes deux, d'ailleurs, se rapportant à la pleine maturité de l'artiste, ne sauraient être ainsi séparées par un intervalle de près de quarante années et nous croyons qu'on doit les considérer comme à peu près contemporaines.

Sans insister plus longtemps sur ce point, examinons l'œuvre en elle-même. Les faces extérieures des volets, quand ils sont fermés, représentent Y Annonciation de la Vierge. Sur le battant de droite, les ailes déployées et couvert d'un ample manteau rouge à passementerie dorée, l'ange remet à Marie, en signe de la dignité qu'il vient lui offrir, un sceptre et une bulle revêtue d'un sceau rouge sur laquelle le peintre a naïvement retracé les premiers mots de la Salutation : « Ave Maria ». Surprise dans sa prière, la jeune fille se détourne avec modestie, et,

d'un geste ingénu, elle manifeste son humble soumission à la volonté divine. Ses traits sont nobles et purs. Un long manteau blanc est jeté par-dessus sa robe bleuâtre. Les deux personnages, en grandeur naturelle, se détachent sur le fond d'or d'une draperie ornée de palmettes régulièrement disposées. Un prie-Dieu gothique et un vase de décor persan, d'où s'élèvent de longues tiges de lis blancs, composent tout l'ameublement de ce tranquille réduit. La douce clarté de la couleur, son effacement, la justesse des expressions, tout ici est en harmonie avec le caractère de la scène, et il y a comme une atmosphère de sérénité, de calme et de recueillement autour de ces deux êtres aussi purs l'un que l'autre et si bien faits pour se comprendre.

A l'aspect volontairement effacé de cette composition succèdent, lorsqu'on ouvre les volets du triptyque, la pompe et la magnificence du triomphe ; c'est comme un merveilleux écrin qui laisse éclater les splendeurs qu'il recelait. Mouvement des lignes, richesse du coloris, variété des épisodes et des expressions, on n'imagine pas contraste plus saisissant. Au centre du tableau du milieu, Y Adoration des Mages, la Madone, assise sur un trône, est vêtue d'une robe et d'un manteau bleus, de ce bleu admirable, à la fois savoureux et doux, que Stephan savait travailler avec un art si délicat et qui, sans parler de bien d'autres traits, suffirait à faire reconnaître ses ouvrages. La robe comme le manteau sont doublés d'hermine, et les agrafes ainsi que la couronne de brillants et de pierres fines que porte. la Vierge sont du travail le plus précieux. Quant au visage de la jeune fille, il reproduit avec un grand charme un type qu'on rencontre fréquemment en Allemagne : des traits réguliers, un ovale assez plein, le front large, un teint d'une grande fraîcheur et des cheveux soyeux d'un blond clair très fin. Les yeux baissés vers le divin enfant qui repose sur ses genoux, Marie semble vouloir reporter sur lui les honneurs qui lui sont rendus et, tout entière à son intime bonheur, elle s'unit du fond de son âme à l'adoration des Mages. Cette Vierge et celle de la Salutation, bien que différentes d'expression, sont deux créations d'une beauté supérieure et d'un style aussi élevé qu'original, deux chefsd'œuvre qui ne craignent aucune comparaison. La figure du petit

Jésus, d'ailleurs, n'est pas ici moins remarquable. De la main droite, deux de ses doigts levés en l'air, il bénit les pieux voyageurs et,

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