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BUIRE EN EMAIL DE LIMOGES

par Pierre Raymond.

(Musée National Bavarois.)

Dessin de Mlla Marie Weber.

1. Le sous-directeur du Muse'e National, M. de Weber, a publié dans l'Art (1879, tome I", pages 9 et 47) un intéressant travail sur cette collection.

de l'impératrice Cunégonde, appellation évidemment inexacte, puisque l'ornementation de ce coffret présente une analogie positive avec celle d'autres objets trouvés à Tournay, dans le tombeau de Childéric II, et qui sont aujourd'hui au Louvre. Comme spécimens de l'art gothique, nous citerons un lustre en fer forgé, plusieurs bijoux, épingles, breloque, bague et chaîne en argent ciselé; enfin, une serrure avec sa clef provenant du château de Siegburg.

On n'a pas cru devoir écarter absolument les objets qui n'offrent qu'un intérêt purement archéologique ; mais on les a du moins relégués à part et un cabinet contigu renferme les instruments de torture, les chevalets, les roues ou les sièges garnis de pointes acérées qui, en se rapprochant, étreignaient les malheureux patients. D'autres objets y figurent également qui servaient à des châtiments moins cruels, mais appropriés aux excès qu'il s'agissait de réprimer. Telles sont les couronnes et les longues tresses de paille, coiffures destinées aux femmes de mauvaise vie, ainsi que les tonneaux décorés de peintures dans lesquels on enfermait les ivrognes pour les promener par les rues. On a même étalé sous le porche, nous ne chercherons pas à quel titre, plusieurs canons français, trophées de la dernière guerre, autour desquels se pressent les curieux, et, parmi ces canons, une pièce de rempart prise à Strasbourg et portant la marque glorieuse des vingt-huit projectiles qui l'ont atteinte et mutilée.

Au premier étage, il n'y a plus trace d'ordre chronologique, ni même de préoccupations nationales. Les objets recueillis sont de toute provenance, et on les a disposés, sans aucun choix, par genres d'industries. Ce sont d'abord des émaux, parmi lesquels un plat et une buire exécutés à Limoges en 1 558 par Pierre Raymond, pour la famille Tucher de Nuremberg; puis, la céramique, avec des spécimens assez remarquables des fabriques de Meissen, de Berlin, de Hoechst et de Frankenthal ; des grès du Rhin ; des plaques de faïence de Nuremberg ayant servi à la décoration de ces grands poêles monumentaux qui sont en usage en Allemagne ; mais tout cela pêle-mêle avec des majoliques modernes de Minton, des verres de Venise, et des échantillons clairsemés, et assez peu heureux, de Sèvres, de la

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Chine et du Japon. Plus loin, des étoffes et des tentures anciennes, des tapis de Perse et des tissus de Lyon ; puis deux selles turques en velours brodé d'or ou d'argent et incrusté de pierres précieuses, et un yatagan persan, ces trois pièces ayant fait partie du butin de

PLAT EN EMAIL DE LIMOGES, PAR PIERRE RAYMOND. (Musée National Bavarois.) — Dessin de Mlle Marie Weber.

guerre pris par le duc Maximilien- Emmanuel, sous les murs de Vienne, en 1 683. Parmi les armes, quelques-unes montrent un travail très fin, d'autres sont assez étranges, comme le casque hongrois en acier qui a été trouvé dans le lit de l'Inn; d'autres enfin, et en grand nombre, d'une exécution très grossière. Çà et là, des souvenirs qui n'ont

d'autre intérêt que leur provenance , par exemple , les étriers à éperons gigantesques, en argent doré, ayant appartenu au duc Christophe de Bavière, un prince dont la force et les prouesses herculéennes sont restées légendaires; puis une souquenille de Frédéric II, usée jusqu'à la corde et qui atteste les habitudes peu raffinées de l'ami de Voltaire. Plus loin, la défroque des électeurs et les habits de gala des derniers souverains ; ou bien encore de vraies puérilités, comme les petits ménages et les jouets d'enfants; et enfin, parmi les instruments de musique, cette guitare tout à fait primitive, façonnée pendant le siège de Paris par deux soldats bavarois, avec des boîtes à cigares et des crins de cheval.

Au second étage, rempli en grande partie d'oeuvres allemandes, groupées par époques — ■ à partir de la Renaissance — nous retrouvons le classement chronologique. Il y a là une vraie profusion de meubles sculptés, de coffets, de bahuts ; une intéressante collection d'ivoires où nous signalerons une buire et deux poires à poudre ; une autre buire en noix de coco, montée en acier par un orfèvre allemand, ainsi qu'une coupe de topaze enfumée, également remarquable par la rareté de la matière et la largeur du travail, et qui appartenait à la duchesse Anne, femme du duc Albert V. Parmi les innombrables tapisseries, les unes représentant des scènes de la vie de saint Paul ont été fabriquées en Flandre, d'après les dessins de Raphaël ; d'autres, assez lourdes et peu harmonieuses, ont été tissées en Bavière. Dans les ouvrages d'orfèvrerie, quelques-uns sont de provenance italienne, comme ce marteau en argent repoussé et " doré qui a servi au pape Jules III pour inaugurer le Jubilé du 24 février I5501 et dont la riche décoration est attribuée, sans vraisemblance, à Michel-Ange. Une balance et une coupe en argent ciselé, bien que de fabrication allemande, montrent aussi une grande finesse de travail. Mais tous les produits de l'industrie germanique sont loin de témoigner d'un goût aussi pur : dans les nombreuses horloges, qui proviennent pour la plupart de Nuremberg, les formes sont anguleuses, bizarres,

1. Ce marteau, donné par Gre'goire XIII au duc Ernest de Bavière, avait disparu; il a été retrouvé en i865, chez un orfèvre de Landshut qui l'a cédé au Musée National.

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hérissées d'ornements exubérants, et le mérite de l'exécution ne répond pas assez à l'abondance et à la richesse de la matière.

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