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SELLE TURQUE

(Musée National Bavarois.) — Dessin de M,le Marie Weber.

A mesure qu'on avance vers les temps modernes, les progrès du mauvais goût s'accusent de plus en plus. Si par hasard, au milieu de

cet encombrement des salles, on découvre quelque objet digne d'être remarqué, il y a gros à parier que son origine n'est pas germanique. Après Durer et ses élèves, il n'y a plus, à proprement parler, d'art allemand, et les produits des industries de luxe confirment la rapidité de cette décadence. Toute trace d'originalité a disparu et, après avoir vainement cherché leurs inspirations en Italie, les fabricants se tournent vers la France qui, seule désormais, va les pourvoir de modèles.

C'est au Musée National de Munich qu'il faut voir ce que devient l'art industriel d'un pays lorsqu'il ne vit plus que d'imitation. On se ferait difficilement l'idée d'un appauvrissement aussi complet. Les témoignages n'en ont pas été épargnés et les spécimens du rococo allemand s'étalent ici avec une inconcevable complaisance. Comment notre style Louis XV, si fin, si souple, si aisé dans ses allures, a-t-il pu inspirer ces formes extravagantes et prétentieuses ? Ce ne sont partout que meubles ventrus aux cuivres gauchement contournés, trumeaux peuplés de bergers rougeauds ou de nymphes rebondies, lourdes volées d'amours, massives guirlandes et entassements multipliés des ornements les plus bizarres. Il ne faut pas un grand effort d'esprit pour replacer dans leur vrai cadre ces contrefaçons de nos élégances et pour se figurer quelqu'une de ces petites résidences germaniques aux jardins parsemés de temples et de statues, aux bosquets en treillages sous lesquels s'égare tout un monde empesé de principicules, d'électeurs, de margraves et de conseillères intimes, qui, se modelant en tout sur Versailles, s'évertue à en copier les manières, prend le formalisme ridicule de l'étiquette pour la politesse, la préciosité du jargon pour les grâces du langage, et pousse la contrefaçon jusqu'à vouloir singer par ses bourgeoises débauches les scandales éhontés de notre cour.

Tout ce qui remplit les dernières salles est de ce goût faux et pesant auquel l'Allemagne s'est obstinée au siècle dernier, et qui étonne d'autant plus qu'en fait de décoration et de mobilier on peut admirer à Munich même, dans la Résidence, et surtout dans les châteaux des environs, à Schleissheim, à Nymphenbourg et Amalien-

LES MUSÉES DE MUNICH

bourg, des merveilles d'élégance et d'invention dues à des artistes français du xvme siècle, tels que Robert de Cotte, Dubut, les deux Cuvilliés, de l'Espilliez, etc. ' Quant aux productions purement allemandes, nous ne voyons pas trop, en vérité, comment ces tristes épaves d'un passé qui n'a rien de glorieux peuvent servir a à l'hon-

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