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ÉCOLE DE NAPLES

J'ai eu déjà l'occasion, dans les analyses précédentes, de faire observer que Naples n'avait pas précisément une école, c'est-à-dire une filiation de maîtres et d'élèves, suivant un commun système, et se distinguant du reste des peintres par un style qui leur fût propre. Les peintres qui ont travaillé à Naples étaient pour la plupart étrangers au pays, et apportant un style étranger; et ceux, au contraire, qui sont nés dans le royaume de Naples, ont presque tous

travaillé hors de leur pays et dans des styles différents. Ainsi le Zingaro, ce bohémien, ce chaudronnier ambulant, que l'amour fit peintre à Naples, et qu'on appelle communément le fondateur de l'école, était Vénitien, disciple de Lippo le Dalmate, et Ribera, le plus grand des maîtres dont elle s'enorgueillit, était Espagnol, disciple de Ribalta de Valence et du Caravage ; ainsi le Josépin et Salvator Rosa allèrent s'établir à Rome, tandis que le Calabrese et Stanzioni se rattachaient aux Bolonais par l'imitation de Guerchin, Andréa Vaccaro par l'imitation de Guide, et que Luca Giordano, travaillant dans toute l'Europe, copiait les maîtres de tous les pays. Iln'y a donc, dans ce qu'on nomme l'école napolitaine, que des individualités. Ribera étant rendu aux Espagnols, et Stanzioni (qu'on appelle aussi le cavalier Massimo), ne se trouvant point à Munich, nous mentionnerons brièvement les cinq ou six peintres napolitains que réunit la Pinacothèque.

Antonio Solario, appelé lo Zingaro (1382-1455) : Saint Ambroise, évêque de Milan, et Saint Louis, évêque de Toulouse. Ces figures en pendants, de grandeur naturelle, sont aussi belles que curieuses, et donnent une haute idée des vieux maîtres que les Napolitains nomment TrecentisU parce qu'ils sont nés dans le quatorzième siècle, dont les dates se marquent entre 1300 et 1400. Le Zingaro en couronne la liste, où brille aussi son beau-père NicoP Antonio del Fiore,

Giuseppe Cesari, appelé le Cavalier d'Arpino, ou le Josépin (1560-1640) : une Vierge glorieuse entre sainte Claire et un pape, dans le style maniéré, mignon, joli, qui fait du Josépin l'antipode du Caravage, tous deux également loin du vrai beau.

Andréa Vaccaro (1598-1670) : une belle Flagellation, d'un style intermédiaire entre Caravage et Guide.

Matlia Preli, appelé de sa province natale il Calabrese (1613-1669) : une Madeleine en demi -figure, simpleéchantillon d'un talen t véritable et solide, qui ferait quelque-

fois du Calabrais 1 égal de Guerchin, s'il n'était pas son imitateur.

Salvator Rosa (1615-1672) : poète, musicien, acteur, Salvator Rosa fut encore peintre d'histoire, de batailles, de marines et de paysages. La Pinacothèque n'a de lui ni tableau d'histoire, comme la Conjuration de Catilina, du palais Pitti, ou le Jésus parmi les docteurs, du musée de Naples, ni quelqu'une de ces mêlées confuses et sanglantes, de ces mers bouleversées par la tempête, qu'on trouve à peu près dans toutes les grandes collections. Mais elle a six paysages, et dans la manière qui convenait le mieux à son humeur sombre et bizarre, à son pinceau hardi et capricieux, une nature inculte, stérile, sauvage, mais animée par quelques scènes vivantes : un ermite en prière, des bandits en embuscade, des cavaliers, des pêcheurs. On peut citer comme modèle et chef-d'œuvre du genre le paysage catalogué sous le n° 665, où se voient quelques brigands au milieu de roches escarpées.

Luca Giordano (1632-1705) : la première questionqu'on a le droit d'adresser en voyant le nom de ce 'peintre éclectique et cosmopolite, qui s'est fait un genre de tous les genres et un style de tous les styles, c'est celle-ci : Qui a-t-il imité? à Madrid, j'ai pu répondre : Raphaël, Guerchin, Velazquez, Ribera, Rubens et les petits Flamands. Mais à Munich, où le temps me manquait pour examiner convenablement tant d'oeuvres excellentes, n'ayant donné qu'une faible attention aux médiocrités, je n'ai remarqué de Luca Giordano que ses imitations de Ribera. C'est dans la manière du Spagnoletto, son maître à Naples, qu'il a peint son propre portrait et celui de son père, de ce brave marchand de copies, vendues pour des originaux, qui, lui répétant sans cesse pour l'encourager dans un travail lucratif : Luca, fa presto, finit par lui laisser ce noble surnom. C'est encore dans la manière de Ribera que sont peintes trois têtes de philosophes anciens, qu'on dirait copiées de quelque série du maître. Quant aux autres ouvra-

Di

ges de Giordano, le Massacre des Innocents, la Mise en Croix, le Suicide de Lucrèce, etc., je n'en ai gardé nul souvenir, et je ne saurais donner sur eux aucun renseignement précis, pas plus que sur un échantillon de son élève Solimène.

J'ai hâte, après ces longues nomenclatures des écoles passées, d'aller à la Glyptothèque pour changer de spectacle et de sujet, pour trouver, en sculpture les plus vieux modèles de l'art antique, en peinture les plus récents essais de l'art moderne.

LA GLYPTOTHÈQUE .

Au début de l'article précédent, nous avons expliqué comment l'électeur Maximilien-Joseph , devenu roi de Bavière, avait pu composer sa Pinacothèque par la réunion des galeries de Dusseldorf, Schleissheim, Manheim et Munich, auxquelles il ajouta la collection Boisserée. La tâche était moins facile pour former un musée de sculpture. En 1808, trois ans après l'érection de la Bavière en royaume, Munich ne possédait pas encore une seule œuvre originale de l'antiquité. On se mit h l'œuvre, et huit ans plus tard, quand la paix succéda aux guerres impériales, et que le sort de la Bavière fut fixé par les décisions du congrès de Vienne, la collection des antiques était déjà si considérable, que Ton dut songer à leur construire un abri digne d'eux. La Glyptothèque fut élevée. Cette formation rapide, presque instantanée, d'un musée de sculpture antique et moderne, qui, sans avoir l'importance impossible du Vatican ou du Capitole, peut du moins rivaliser avec toutes les autres collections du monde, est un bel exemple des prodiges que sait enfanter une ardeur éclairée. Faible et pauvre en comparaison des grands États de l'Europe, sans victoires, sans conquêtes, sans recourir à ce que Paul-Louis Courrier appelait d'illustres pillages, la Bavière s'est acquis un musée tout entier, plus riche, en nombre du moins, que le British- Muséum de Londres, où les Anglais n'ont mis les marbres du Parthénon que par une espèce de vol à main armée, et tandis qu'on nous reprenait les plus glorieux trophées des triomphes de la république et de l'empire, sans que nous fissions le moindre effort pour couvrir, dans notre Louvre, ces vides à jamais regrettables.

Commencé en 1816, l'édifice de la Glyptothèque a précédé de dix ans celui de la Pinacothèque. Le même architecte, M. Léon de Klense, les a construits l'un et l'autre, et chacun dans un style aussi différent que leur destination. Tous deux sont des bâtiments isolés, placés hors de la ville, entourés d'élégants jardins ; tous deux ont des for- , mes vraiment monumentales; mais l'un, extérieurement décoré dans un goût aussi moderne que l'art dont il abrite les productions, est allongé comme une galerie, tandis que l'autre, orné dans tout son pourtour à la manière antique, se replie sur lui-même, et forme le carré parfait. Comme les habitations des Grecs, des Romains et des Arabes, celuici n'a d'autre ouverture dans les murs extérieurs que la porte de la façade pratiquée sous un fronton à colonnes. C'est de la cour intérieure, par des fenêtres aussi hautes que le seul étage dont se compose l'édifice, que les salles reçoivent la lumière. Toute leur décoration, du pavé jusqu'aux voûtes, est réglée avec intelligence et bon goût. Ainsi, les parois sont revêtues de stuc k teintes vives et foncées, telles que le rouge antique ou le jaune d'ambre, ce qui fait mieux ressortir et mieux voir les vénérables débris de l'art ancien que le ton grisâtre de la pierre ou le ton blafard de la chaux. Les salles sont au nombre de douze, et portent les noms suivants : Salle égyptienne, salle des incunables, salle des Éginètes, salle d'Apollon, salle bachique, salle des Niobides, salle des dieux, salle troyenne, salle des héros, salle des Romains, salle des sculptures à couleur et salle des modernes. Dans ce nombre, il en est dix qui renferment des productions de la statuaire aux di- * verses époques de l'art, depuis l'Inde ancienne jusqu'à nous, et deux, qu'on appelle aussi salles des Fêtes, qui sont seulement ornées de peintures monumentales. Nous suivrons l'ordre adopté dans le classement des ouvrages de sculpture, parce qu'il nous semble le plus conforme à la chronologie et à la raison ; nous indiquerons successivement les principales pièces de chaque salle, en réservant, pour ter- •

miner, les salles de peintures, qui nous offriront une occasion naturelle d'examiner les essais de nouvelle renaissance tentés de nos jours par l'art allemand.

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