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SALLE DES INCUNABLES

On a donné le nom d'incunables (incunabula, berceau) aux plus anciens essais de la statuaire grecque, lorsqu'elle imitait encore le style hiératique de l'Egypte, ou celui des Assyriens et des Phéniciens, ses maîtres les plus immédiats, ou celui des Étrusques, dont la belle époque est contemporaine aux premiers temps de l'art grec. On a donné le même nom aux imitations de ces essais primitifs, que le goût déréglé de la décadence et les tentatives d'une rénovation prise à l'origine remirent à la mode sous les derniers empereurs païens. De l'une ou de l'autre époque, les incunables sont de simples curiosités archéologiques.

Il n'y en a point de plus précieuses à la Glyptothèque que les bas-reliefs d'un char étrusque, dont les débris furent trouvés en 1812 près de Pérouse. Ces bas-reliefs contiennent des fables babyloniennes, des fables de l'Égypte et des fables de l'Asie Mineure. On y trouve la figure de cette reine ou déesse Omorca, qui régnait dans les ténèbres, avant la création, sur des animaux de formes étranges, et que son mari, Baal, coupa en deux pour en former le ciel et la terre; — la figure du dieu Oannès, moitié homme, moitié poisson , qui s'élevait sur la mer Erythrée pour prêcher les hommes et leur enseigner l'agri-

culture, les arts et les lois; — le Minotaure, dessiné à l'égyptienne, la poitrine en face, la tête et les jambes de côté, la déesse Espérance, un sphinx ailé, deux lions dévorant un cerf, semblables aux lions de Persépolis, etc. Ces bas-reliefs en bronze sont travaillés dans le genre que les Grecs appelaient sphyrèlaton , et que Ton considère comme la manière primitive de sculpter le métal. Ce sont des lames très-minces, irrégulières, battues avec le marteau, et accouplées au moyen de petits clous. Les détails sont terminés par une ciselure à la main. C'était dans la même forme que fut fabriqué le Jupiter en bronze de Sparte, que Pausanias appelle «la plus ancienne statue qu'on ait faite de ce métal. » «Elle n'est pas dune seule pièce, ajoute-t-il, mais composée de parties fabriquées séparément à coups de marteau, puis ensuite ajustées les unes aux autres, et fixées ensemble par des clous. Cette statue est, dit-on, l'ouvrage de Learchus de Rhegium, élève de Dipœnus et de Scillis, ou, suivant d autres, de Dédale luimême. » (Laconie, chapitre xvu). Comme ce char de bronze, fait en Étrurie, réunit diverses imaginations des Ghaldéens, des Egyptiens et des Perses, il serait une preuve que les anciens Étrusques eurent pour maîtres les Phéniciens, qui faisaient un grand commerce sur leurs côtes. C'est aussi par l'intermédiaire des Phéniciens que les Grecs, au dire de Winckelmann, auraient, dans le même temps que les Étrusques, connu les productions de l'art hiératique des Égyptiens *.

Près de ces curieux bas-reliefs se trouvent deux côtés de la base triangulaire d'un autel ou d'un candélabre étrusque, découverts dans le même temps et dans le même endroit. Ils sont aussi travaillés en sphyrèlaton, mais d'un style postérieur, plus parfait, plus grec, et les figures sont très-

1. Si Winkelmann eût vécu de nos jours, il aurait su que c'était surtout l'art des Assyriens que les Phéniciens ont fait connaître aux Grecs.

délicatement ciselées. Sur l'un de ces fragments se voit Hercule couvert de la peau du lion de Némée ; sur l'autre, Junon-Lanuvine, vêtue de la peau de chèvre à cornes et portant au bras gauche le bouclier béotique.

On peut citer encore, parmi les incunables des premiers temps, une tête de guerrier grec en marbre de Paros, travaillée dans le genre des statues d'Egine, dont nous parlerons tout à l'heure, mais moins finement ; — une autre tête d'homme en terre cuite, plus ancienne encore, dont les traits ne sont qu'indiqués dans une ébauche. Cette tête était de celles qu'achevait le peintre en les colorant ; — une Venus très-ancienne, ouvrage des Grecs, puisqu'elle est en marbre du mont Hymette, mais du style encore tout égyptien, car elle n'a point de hanches, et porte une robe à plis roides et gonflés comme ceux des étoffes apprêtées dont on habillait les statues dans les temples de la haute antiquité.

Les incunables d'imitation romaine, tels qu'une statue du vieux Bacchus, Liber pater, un buste de sacrificateur, etc., sont de faible importance.

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