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ÉCOLE DE TOLÈDE

Celte école, à qui Ton doit donner le premier rang d'âge parmi celles de l'Espagne, nous fournit sur-lechamp l'occasion d'indiquer plusieurs regrettables lacunes. Je ne parle pas des inforrnes ébauches de Fernan-Gonzalez, qui remontent à Tannée 1400, ni des essais un peu postérieurs de Jnan Alfon, par qui furent peints les retables de la chapelle del Sagrario et de celle de los Reyes nuevos dans la cathédrale de

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ïolècle, ni môme des œuvres plus avancées d'Antonio del Rincon, Inigo de Comontés, Pedro Berruguete, père d'Alonzo, appartenant tous à la fin du quinzième siècle ; il serait sans doute fort difûcile de trouver des échantillons de ces vieux maîtres hors des églises où ils exercèrent un art à son enfance. Mais, parmi les maîtres qui les suivirent, qui portèrent Tart à sa maturité, et qui ont laissé un grand nombre d'ouvrages portatifs, de tableaux enfin, comment excuser l'absence, et de celui qui passe pour le fondateur de récole, et de celui qu'on reconnaît pour le plus illustre des élèves qu'il ait formés? L'un est le Greco (Domini que Theotocopuli), que nous trouverons bientôt au nouveau Miiseo iiacional; l'autre est Luis i'ristan, qui manque à toutes les collections publiques de Madrid. Cet éminent artiste, qui a plus influé sur la direction du talent de Velazquez que les propres maîtres de celui-ci, Herrera et Pacheco, a pourtant laissé d'assez nombreux ouvrages, non-seulement à Tolède et au bourg de Yepès, mais à Madrid môme, dans des cabinets d'amateurs, ouvrages dont Cean- Bermudez cite les litres et les propriétaires à l'époque (1800) où parut son Diccionario historico.

Privée du Greco et de Luis Tristan, Fécole de Tolède, qui s'est fondue dans celle de Madrid aussitôt (jue cette dernière ville eut remplacé comme capitale de la monarchie espagnole la vieille capitale des Golhs, n'aurait à présenter qu'une liste bien courte. Nous y ajouterons, pour la commencer, le nom de Moralès, qui peut, quoique né à Badajoz, vers 1509, s'y rattacher par ses études et son style.

Luis de Moralès fut appelé le Divin; non pas, j'imagine, comme Raphaël, par le cri de l'admiration contemporaine qui proclamait ainsi son mérite et sa

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supériorité ^ mais simplement pour indiquer, pnr un mot trop fastueux sans doute, le choix de ses sujets, toujours religieux, toujours empreints d'une sainte douleur et d'une ardente piété. Ce nom , dans un sens, lui a porté malheur; on lui attribue volontiers tous les ouvrages de ses imitateurs et tous ceux de son temps qui ont la moindre analogie avec sa manière. Trouve- t-on quelque Ecce Homo bien sec, bien décharné , bien livide , quelque Mater dolorosa aux joues creuses, aux lèvres pâles, aux paupières rougies, tïit-ce une horrible caricature, on s'écrie aussitôt : « Voilà un divin Moralès ! » Ceux qui ont examiné attentivement ses bons ouvrages, les tableaux qui lui appartiennent par des preuves historiques, ceux-là ne sont pas si faciles à prodiguer son nom.

On peut accepter pour tels ses cinq tableaux du musée de Madrid : uneTête du Christ, ww Ecce Homo ^ une Vierge aux douleurs^ une Madone et une Circoncision, Ce dernier me paraît le plus im.portant et le meilleur ; mais dans tous, Moralès se montre pleinement. S'il a les défauts habituels de son époque , s'il est minutieux et léché, surtout dans Texécution de la barbe et des cheveux; si Ton peut lui reprocher trop de dureté dans les contours et trop peu de relief dans le modelé, au moins faut-il reconnaître qu'il dessinait avec soin et correction, qu'il entendait savamment Tanatomie des nus, et rendait admirablement la fine dégradation des demi-teintes; il faut reconnaître surtout qu'il excellait dans les expressions de douleur religieuse, et que nul n'a mieux réussi à peindre les angoisses poignantes d'un Christ couronné d'épines, ou d'une Vierge percée des sept épées de douleur.

Contemporain de Moralès, Blas de Prado est de

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Tolède, où il a laissé la plupart de ses rares ouvrages. Le musée de Madrid n'en a qu'un seul ; c'est une espèce de Vierge glorieuse , entourée de saint Joseph, de saint Jean l'Évangéliste et de saint Ildefonse, qui reçoit du docteur Alfonso de Villegas l'hommage de son livre mystique Flos Sanctorum, qu'il écrivit au déclin de l'âge, après avoir fait des comédies dans sa jeunesse. Cet ouvrage est l'un des meilleurs de Blas de Prado, dont nous aurons occasion de nous occuper plus longuement à l'Académie. Il est à regretter que son meilleur élève, le moine Fray Juan Sanchez- Cotan, n'ait pas à Madrid le moindre échantillon d'un talent simple, calme et tranquille comme la vie du cloître.

Un autre moine, élève du Greco, n'a, comme Blas de Prado, qu'un seul ouvrage au musée, mais probablement le plus important de son œuvre. Ce moine est Fray Juan Bautista Mayno, qui fut professeur de dessin du roi Philippe IV, lorsqu'il n'était encore que prince des Asturies; cet ouvrage est une allégorie sur la reprise de je ne sais quelle province révoltéedes Flandres par le favoricomte-ducd'Olivarès. Mayno s'y montre habile imitateur de l'école vénitienne, et particulièrement de Paul Véronèse. On reconnaît aussi, dans les nombreux détails de ce grand tableau, Tartiste qui sut toujours donner à ses personnages des mouvements naturels et gracieux , l'artiste à qui Lope de Vega lit ce compliment dans son Laurel de Apolo :

Juan Bautista Mayno A quien el arte debe

Aquella accion que las flguras raueve (1).

(1) « Mayno à qui Vart doit cette action qui fait mouvoir les figures,

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J'ai cité tout à Fheure, parmi les peintres de Tolède, Morales, né à Badajoz ; il faut encore ranger dans cette école Pedro Orrente, né à Monte-Alegre, près de Murcie, mais qui vint mourir à Tolède. On le croit élève du Greco, et la grande similitude de sa manière, non avec celle de ce maître excentrique y mais de ses bons disciples Mayno et Tristan, peut être acceptée pour preuve suffisante. Le Greco avait étudié chez les Vénitiens ; il propagea leurs méthodes et leur style. Mayno imita de préférence Paul Véronèse ; Orrente prit le Bassan (Jacobo da Ponte) pour modèle. On trouve, en effet, parmi les quatre ou cinq N tableaux qu'il a laissés au musée de Msidrid, après avoir travaillé à Murcie, à Valence, à Séville, wnBerger avec des brebis et des chèvres ; un autre Berger avec des vaches et des poules; enfin une Adoration des bergirs dans la crèche , tout à fait dans la manière du peintre de Bassano. On y trouve le même choix de sujets, les mêmes teintes rougeâtres et dorées , la même habileté et la même grâce à peindre les animaux, avec plus d'originalité et de caprice peut-être, mais plus de négligence aussi dans le fini des détails.

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