‹ Les musées d'EuropeChapitre 3 sur 26 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ijet ouvrage sur Rome doit prendre naturellement place dons la série des musées d'Europe avec des divisions bien nettes : la Rome antique, les ruines de son architecture, les sculptures de ses musées, Vatican et Capitole ; la Rome papale, les catacombes, les basiliques des premiers âges, les églises et les fontaines du xvme siècle, les palais, les collections, les jardins, les statues, tout un monde entassé dans ce champ clos où s'est joué si souvent le sort de l'humanité. Dans cette Rome, qui est la Rome moderne, le Vatican, demeure fermée de la papauté, forteresse religieuse où la vie ecclésiastique de la catholicité a conservé son organisation séculaire, il se trouve que l'art de la Renaissance italienne brille, épanouit, illumine l'ombre de sa lumière éclatante. Les papes ont allumé ces multiples flambeaux, inconsciemment sans doute, et non seulement par un dilettantisme de prélats romains, mais par un goût d'art et de luxe alors particulier à l'Italie. Le catholicisme n'a pas été autrefois opposé à l'art

iln Vatican

comme il l'est aujourd'hui, maintenant qu'il se satisfait de la répétition monotone des plus fades images. Il en a été, au contraire, le client le plus empressé, le plus actif, en France, au moyen âge, comme en Italie, même en Espagne, où la persécution de l'hérésie lui si ardente, si cruelle. La Réforme se mit en réaction contre cette collaboration demandée aux artistes, le temple nu s'opposa à l'église ornée, parée comme un théâtre, mais cela n'empêche que c'est un irtiste de la Hollande protestante, Rembrandt, qui a été, humainement, le plus profond interprète de l'Ancien et du Nouveau testament, et que c'esl l'Allemagne protestante qui a chanté, comme une vaste forêl sous le vent de l'espace, les plus vastes et •uvantes symphonies, fenons-nous au sujel de ce livre. Entre tous ceux qui sont offerts

Place du Capilolc. Dessinée par Michel-Anyc.

par Rome, c'est au Vatican, et particulièrement à la Chapelle Sixtine, et plus particulièrement encore à Michel-Ange, que cei essai a été consacré. A la Sixtine même, l'irruption de cette personnalité si simple, si grandiose, a marqué la fin d'un temps, l'avènement d'un temps nouveau. De la vie de travail, de besogne si orgueilleuse, accomplie si humblement par ce grand homme qui vécut comme un ouvrier, comme le manœuvre de son génie, de cette vie longue et souffrante, dominée de si haut par l'esprit, est sortie l'image d'une humanité nouvelle. Auprès des artistes qui ne sont que des artistes, et ce n'est pas pour les diminuer qu'ils sont désignés ainsi, Michel-Ange est un poète et un voyant. Nulle convention acceptée dans son œuvre. Il rompt avec la monotonie des répétitions rituelles où s'est trop complu l'art italien.

Au plafond de la Sixtine, il déploie un cycle humain de grâce formidable et de rébellion colère, il évoque la vie passionnée de l'être parmi le mouvement des sphères, il ne se satisfait pas des bénévoles représentations de la madone et de l'enfant, mais hardiment, il appelle à l'existence les femmes et les enfants anonymes par lesquels la foule se relie, se continue le destin de la terre.

I e livre ne prétend à aucun jugement définitif de cette grande œuvre où est venue, où viendra encore se mesurer l'émotion et, se perdre la rêverie des passants d'un jour : qu'on veuille bien seulement l'accueillir comme une description aussi attentive que possible des for s inattendues en un tel lieu par lesquelles s'est manifesté

librement un génie solitaire.

l'hn t du Capitole.

Statue antique de Marc Aurèle.

Socle de Michel \ nge.

Place Saint-Pierre, vue du toit de la Basilique

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