‹ Les musées d'Europe. La peinture au Louvre;Chapitre 18 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

les grands génies de la peinture, et peut-être plus profondément qu'aucun autre, mais il est surtout un homme qui raconte la vie par la peinture. Le récit qu'il a fait de son passage à travers le monde n'est pas tout entier au Louvre, mais ce que le Louvre possède suffit à faire resplendir sa pensée dans le mystère de son art.

Ce qu'il a cherché, c'est d'abord une concentration de la lumière de plus en plus vive pour arriver à l'expression la plus profonde. C'est ensuite une forme de moins en moins arrêtée quant aux lignes, de plus en plus précise et dense quant aux volumes, pour arriver à la sensation de la vie la plus complète. Il est donc parvenu à déterminer la forme par les effets de la lumière, à communiquer à son œuvre le mouvement lumineux de la vie. Chez lui, rien de fixe, rien de rigide, mais la respiration des êtres dans la perpétuelle ondulation de l'atmosphère pénétrée de soleil. Il y a un point plus éclairé, plus vif que les autres, dans chaque tableau de Rembrandt, et ce point est un produit, le résultat d'une progression lumineuse qui commence aux régions où il semble que l'ombre soit absolument opaque. Regardez mieux, et, même dans cette ombre, vous apercevrez le tressaillement roux et doré qui va croître jusqu'au resplendissement total. Aucune solution de continuité, l'œuvre a l'unité absolue, au point que l'on peut voir en elle aussi bien une décroissance qu'une croissance de la lumière. Chacune des toiles sera alors un monde avec un centre qui éclaire et échauffe toutes les parcelles en surface, tous les plans en profondeur.

On peut suivre cette recherche de Rembrandt au Louvre, en essayant de classer les toiles possédées par le Musée. On peut partir des portraits de Rembrandt jeune, nu-tête ou en toque, datés de 1635 1634, 1637. Un petit Philosophe en méditation est aussi de 1633, et l'autre Philosophe est vraisemblablement de la même époque Déjà, c'est l'art de Rembrandt, cette représentation de la pensée en travail dans le silence, perdue dans un recoin du logis, sous l'escalier en spi-

raie, en face de la petite fenêtre ouverte sur l'espace : par cette fenêtre la lumière entre, se répand sous les voûtes, caresse et réchaufife le vieillard. C'est la même lumière qui apporte son rayon et sa chaleur dans le Ménage du menuisier, pour l'homme au labeur, la mère

Rembrandt.

Le Bon Samaritain.

penchée vers le berceau, l'enfant nouveau-né qui tressaille et s'épanouit au tiède contact (1640). La forme prend une grandeur subite, l'expression devient poignante et dramatique avec les Pèlerins d'Emmaûs, où la lumière qui éclaire le Christ semble une lueur souterraine, venue d'un caveau mortuaire, tant le visage a la couleur de la

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