Les musées d'Europe. la peinture étrangère
I. — ÉCOLES DE FLORENCE, DE SIENNE, DE L'OMBRIE. — CIMABUE. — GIOTTO. — TADDEO GADDI. — BARTOLO DI MAESTRO FREDI. — FRA ANGELICO. — GENTILE DA FARRIANO. — PISANELLO. — PAOLO UCELLO.
l/N ne saurait trouver au Louvre les éléments d'une histoire complète de la peinture italienne. Les grandes œuvres sont fort heureusement restées aux murailles pour lesquelles elles ont été faites, la plus grande quantité des tableaux de chevalet est aux musées et aux galeries des villes d'Italie, enfin les musées et les collections d'Europe ont leur part. Néanmoins, le Louvre, si restreinte que soit sa réunion d'oeuvres des xine7 xive et xve siècles, offre tout de même à notre curiosité et à notre étude quelques pages de haut intérêt par leur date, leur beauté, leur expression.
Ainsi, pour prendre tout d'abord l'école de Florence, qui est,
avec l'école de Sienne, au point de départ de l'art italien, nous nous trouvons posséder, par une heureuse fortune, la Vierge aux anges, de Cimabue (1240-1302), qui ressemble à la peinture faite pour l'église San-Francesco de Pise, laquelle a été décrite par Vasari : « Cimabue fit ensuite pour la même église un grand tableau représentant l'image de Notre-Dame avec l'Enfant Jésus à son cou et un grand nombre d'anges autour d'elle: le tout sur un fond d'or. Il fut enlevé, il y a peu de temps, de l'endroit où il avait été mis primitivement, afin de construire l'autel de marbre que l'on y voit maintenant, et placé dans l'intérieur de l'église à côté de la porte, à main gauche.» La peinture du Louvre est une des premières œuvres issues de la tradition gréco- romaine sauvegardée pendant le moyen âge. Son caractère byzantin est indéniable. Une grande Vierge en robe d'un rouge sombre, en mante bleue rabattue sur la tête, aux grandes mains de squelette, se tient, inclinée de côté, sur un trône. Elle porte un enfant Jésus, qui semble déjà un petit homme, une sorte de nain, tant son expression de visage est vieille et soucieuse. Autour de la mère et du fils, six anges s'échafaudent, tout pareils de physionomie à la Vierge. C'est un art à la fois de mosaïque et de miniature, marqué de grandeur farouche et de gaucherie naïve, qui subit des formules et qui s'essaie instinctivement à la recherche.
Cimabue.
La Vierge aux Anges.
Cette recherche de la vérité resplendit avec un éclat autrement vif chez Giotto, l'élève de Cimabue. Giotto (1276- 1337) est le premier maître de la peintureitalienne, le vrai fondateur d'un art de nature, et c'est de lui, après la longue obscurité qui suit la mort de la Grèce et de Rome, que pourrait être datée la Renaissance. Ni us n'avons malheureusement de ce grand artiste que le seul tableau de Saint François d 'Assise recevant les stigmates, provenant de Saint- François de Pise.
La figure du
Giotto.
François d'Assise.
moine, le paysage du rocher et des arbres, et les petites scènes de la vie de François d'Assise ajoutées au bas du tableau, suffisent à faire mesurer le chemin hardiment parcouru par Giotto après qu'il a quitté Cimabue. De même, un petit tableau désigné comme appartenant à son école, après avoir été attribué à Orcagna : Les Obsèques de saint Bernard, savante composition, avec les évêques, les moines, le prieur, autour du mort, dans le décor du bâtiment monacal, belle harmonie blanche contrastée d'or et de noir.
Taddeo Gaddi (1300-1366), élève de Giotto, assemble des figures naïves et nobles et d'autres plus nettes et expressives, dans la décoration d'autel à trois compartiments où il retrace la mort de Jean-Baptiste, le Crucifiement, le Jugement de Judas Iscariote. Un autre Gaddi, Agnolo Gaddi (1333-1396), par une Annonciation, figure la Vierge en une dame sérieuse, très pénétrée du rôle qui lui échoit. Tous les peintres de Sienne et de Florence de cette époque, les élèves de Giotto, de Masaccio, représentent sans cesse l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l'Adoration des Mages, la Vierge et l'Enfant, la Présentation au Temple, la Crucifixion, et des épisodes de la vie des saints, parmi lesquels la mort de Jean-Baptiste est un de leurs sujets préférés. Ils mêlent en de curieux bariolages les costumes orientaux, romains, italiens ; ils cherchent la vérité d'un geste, d'une attitude, l'expression d'une physionomie ; ils composent des drames. On peut observer leurs traits communs et leurs diversités individuelles à l'aide de l'un des sujets qui viennent d'être dits, apprendre la lente formation d'un type et aussi quelle brusque trouvaille naît de l'esprit d'observation. On distinguera la douceur de Sienne de la nervosité de Florence, et les influences réciproques. Sienne dure moins longtemps, mais lègue son charme aux artistes de l'Ombrie. La recherche des Siennois était peut-être trop spéciale, trop portée vers le tableau précieux. Il y en a un bel exemple avec Bartolo di Maestro Fredi