‹ Les musées d'Europe. la peinture étrangèreChapitre 10 sur 46 · PORTRAIT DE VÉNITIENNE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE VÉNITIENNE

grandeur aisée, de son faste délicieux.

Les Noces de Cana suffiraient pour le définir complètement, avec leur bariolage de costumes si bien opposés. L'épisode de la vie du Christ devient un extraordinaire carnaval, un festin superbe :

les peintres de Venise donnent un concert aux souverains d'Europe, et c'est l'apparition même de Venise

dans l'histoire, avec ses palais de marbre, sa fête, sa couleur d'Orient, son caractère d'auberge splendide, — l'auberge des rois qu'elle sera encore deux siècles plus tard. Véronèse peint tout cela inconsciemment, en se jouant ; il a surtout le souci de l'ordre dans la profusion, et de l'atmosphère blonde faite de tous les reflets des couleurs. Mais nous le possédons avec infiniment de variété par Suzanne, Eslher, les Pèlerins d'Emmaiïs, le Repas chez Simon le Pharisien, — par des exemples de ses grandes décorations : Jupiter foudroyant les crimes, et le Saint Marc, — par un tableau de chevalet de mouvement souple, de couleur argentée et phosphorescente : Y Incendie de Sodome, — par la délicieuse Vierge

Véronèse.

Suzanne et les Vieillards.

Véronèse.

Photo Giraudon.

Evanouissement d'Esther.

entourée de sainte Catherine, de saint Benoît, de saint Georges, — par un Portrait de femme qui le révèle attentif à la tournure et à l'expression.

On doit au moins inscrire ici les noms de Palma Vecchio, Bonifazio, Bassan, chez lesquels on trouvera la beauté de la peinture vénitienne, ample, dorée, voluptueuse, foyer de chaleur et de vie, la plus belle peinture du monde. Mais l'histoire de l'art de Venise est presque épuisée avec Véronèse. Il faut passer un siècle pour trouver Tiepolo (1696-1770), plus léger, mais clair, délicat, savant, puis quelques peintres qui fixent la physionomie de la Venise du xvme siècle en fines architectures, comme Canaletto (1697-1768), en silhouettes prestement touchées, comme

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VÉROXÈSE.

L'Incendie de Sodome.

Guardi (1712-1793), tous deux au Louvre. C'est la fin de Venise. On peut contempler la glorieuse ville dans les portraits précis qui ont été tracés par ces savants peintres de ses monuments, de ses eaux, de ses gondoles. Antonio Canale, dit Ganaletti ou Canaletto, peintre et graveur, débuta par des décorations de théâtre apprises dans l'atelier de son père. Il continua ses études à Rome, étudia les monuments de l'antiquité, les magnifiques ruines dans les paysages, et, revenu à Venise, se donna tout entier à la représentation des aspects de sa ville natale. La Vue du Grand Canal et de l'église de Santa Maria delta Salute que possède le Louvre est une de ses belles pages

Francesco Guardi.

Photo Girtnnhin.

Vue de Venise.

architecturales, exactes, d'une perspective si rigide, où le charme de l'eau et du ciel ajoute sa couleur de mer paisible et de nuée harmonieuse à la science linéaire de la façade, du dôme, de la place et de l'escalier de l'église, à la rangée des maisons alignées sur le quai, à la manière pittoresque dont sont groupées les embarcations pressées. On jugera le talent d'Antonio Canale devant cette unique toile, mais son œuvre de peintre est infiniment variée, visible à Venise, d'abord, puis dans tous les musées d'Europe. Il est aussi un graveur de premier ordre, comme son neveu Bernardo Bellotto, dit aussi Canaletto, qui a laissé des images de Dresde d'une étrange et forte beauté, ce qui ne l'empêche pas d'être aussi un peintre, auquel est dû probablement un tableau du Louvre, Vue de la place

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