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ALPHONSE DE FERRARE ET LAURA DE DIANTI

Le Titien.

PhnU) Giraudon.

La Vierge et l'Enfant adorés par plusieurs saints.

pointu et à longue barbe, un nègre à turban blanc et des Turcs à manteaux somptueux, enturbannés eux aussi, et dans le fond, des groupements et des passages de gens, presque une foule. Le coloris est aussi étrange que la composition, à la fois contrasté et harmonieux.

Tiziano Vecelli, dit le Titien (1477-1576), est le grand artiste représentatif de Venise, le réalisateur du tableau à la couleur riche, chaude, comme spongieuse, qui réunit les formes par la savante répartition des valeurs. Les œuvres du Titien qui sont au Louvre

Le Titien.

Photo G i ra v

La Mise au tombeau.

font splendidement cette démonstration : la Sainte Famille, la Vierge et V Enfant, la Vierge au lapin, le Christ couronné d'épines, la Mise au tombeau, le Concile de Trente, Jupiter et Aniiope. François 7er, Alphonse de Ferrare et Laura Dianli, Y Homme au gant, et d'autres portraits d'hommes. Titien a la sérénité des grands poètes qui savent la vie. Il dit le tumulte cruel du supplice du Christ, le silence respectueux de l'ensevelissement, en même temps qu'il agence la scène comme un opéra italien, où chacun a son attitude voulue et théâtrale. Il anime en fête païenne la surprise d'Antiope par le satyre Jupiter. Il est paysagiste avec une largeur, une abondance incomparables ; il harmonise splendidement les verdures avec les lointains bleus, avec les robes rouges et bleues, les chairs ambrées

Le Titien.

Jupiter et Antiope.

de ses vierges et de ses saintes. Il emplit de lumière blonde la salle du concile de Trente. Il peint de graves et chaleureux portraits comme celui de l'Homme au gant, et cet autre à la barbe noire en éventail, et cet autre aux cheveux rabattus sur le front.

UHomme au gant, qui n'a pas d'autre nom, est, dans son anonymat, une des figures les plus réelles, les plus vivantes de la peinture. La main nue et la main gantée sont pareillement magnifiques, d'un jeune patricien au goût parfait, en sévère et fastueux costume noir. Le visage, jeune et beau, aux traits bien dessinés, exprime une sorte d'inquiétude. Ce n'est pas seulement la fixité dans la pose, l'émotion peut-être devant le grand peintre, il y a comme une pensée tendue vers le danger derrière ce front bien modelé et solide, ces yeux grands ouverts qui regardent le vide, cette bouche serrée par le secret.

Titien ajoute, à la série des portraits de François Ier, celui qui fut

sans doute peint, dit Michelet, au second voyage du roi en Italie, figure de profil au long nez, à la bouche friande, à l'expression de malice et de rouerie spirituelle, malgré l'apparat.

Il crée une des beautés de la peinture avec le portrait de Laura Dianti, aux épaules larges, aux petits seins, aux cheveux blonds ondes, au doux visage pensif et secret. Il y a une ressemblance évidente entre cette Laura Dianti du Louvre avec la Femme aux bijoux de Munich, la Flore de Dresde, la Flore de Florence, image de beauté multipliée par les soins d'un amant épris, Alphonse d'Esté, qui la fit succéder à Lucrèce Borgia, et qui trouva un des maîtres de la peinture pour immortaliser la beauté d'une créature éphémère.

Barbarelli, dit Giorgione (1477-1511), est resté comme l'émule du Titien, malgré sa courte existence. Ce que l'on possède de lui suffit

Le Titien.

Photo Giraxidnn.

Portrait de François IeT.

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d'ailleurs pour sa gloire. Au Louvre, sa Sainte Famille, et surtout son Concert champêtre, sont parmi les œuvres rares.

Le Concert est une réunion de deux hommes habillés et de deux femmes nues. L ' un des hommes, enrouge, tient un luth.

Une femme, assise, joue de la flûte, et l'autre est debout auprès d ' un puits. Un beau paysage se déploie, un troupeau marche à l'ombre des arbres. Toute la lumière est comme concentrée dans les deux belles créatures, aux chairs denses, dorées comme des fruits d'automne. C'est une des grandes œuvres de la peinture que ce quatuor d'amour si ingénument mis en scène dans le paysage d'été, assemblée tranquille des deux seigneurs devisant, des deux beautés vénitiennes apparues dans leur nudité comme aux temps mythologiques auxquels rêvait la Renaissance. On peut rappeler ici une œuvre française du xixe siècle, le Déjeuner sur l'herbe, d'Edouard Manet, inspirée à la fois de Raphaël et de Giorgione.

Le Titien.

Photo GifWudon.

L'Homme au gant.

GlORGONE.

Concert champêtre.

Jacopo Robusti, dit le Tintoret (1518-1594), montre Suzanne au bain par une belle femme, longue, souple, servie par deux suivantes, épiée par deux vieillards. Il esquisse un Paradis où le Christ, couronnant la Vierge, est entouré d'une foule d'apôtres, de pères, de docteurs, de saints, de saintes, d'anges, en un arrangement de vaste décoration. 11 peint un homme vieux, à la chair grisâtre, au visage ravagé. C'est peu pour donner l'idée du Tintoret, dont l'œuvre est considérable à Venise, mais la Suzanne exprime au moins très fortement et très richement les qualités du peintre. En revanche, un autre grand peintre de Venise, Paolo Caliari, dit le Véronèse (1528-1588), se présente au Louvre dans tout le déploiement de sa

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